VIE ADMIRA IM. F
aiiïsî c'est mentir et se moque; de lui. De même l'humble serviteur tié Dieu, qui se donnait véritablement, qui sait sa misère, sa bassesse et son néant, ne se facile pas si on lui dit qu'il est mauvais et misérable, parce qœ c'est la vérité. Au contraire, il se réjouit, parce qu'on le lui dit pour son amendement. Mais si on l'honore, en disant du bien de lui, en le proclamant saint par exemple, comme il sait bien qu'il ne l'est pas, mais qu'il est mauvais, il voit qu'on se trompe, en disant ainsi faussement du bien de lui. Puisqu'il n'a rien de bon, c'est se moquer de lui comme on se moque du nè^re, en lui disant qu'il est blanc; et il en éprouve un véritable tourment.
lâl. Voici les choses auxquelles cette personne s'attache fortement et dont elle ne se départ pas, parce qu'elles offrent une route sûre. C'est d'abord de prendre avec la grâce de Dieu un grand soin de vivre exempte du moindre péché de pensée, de parole ou d'action. S'il lui vient quelque pensée qui ne soit pas de Dieu ou pour Dieu, elleélè^e aussitôt son cœur vers le ciel en se disant : « Tes pensées doivent être toutes en Dieu et pour Dieu » ; elle éloigne ainsi celles qui ne sont pas telles, et elle demeure avec Dieu. Elle converse beaucoup avec lui et très peu avec les hommes. Si l'occasion s'offre de traiter avec eux, elle examine s'il convient ou non de le faire ; si intérieurement elle ressent quelque plainte et si elle voit qu'elle aura lieu de s'en repentir ensuite, elle prend le parti du silence. Cette précaution est fort utile pour garder la pureté du coiur et la paix, de l'àtné. Dans ses œuvres et en toutes choses, elle cherche à plaire à Dieu et à vaincre sa propre volonté et son amour- propre. Voilà ce qui concerne la pureté de son àme. Pour la conserver, elle
prie la Vierge Marie d'intercéder pour elle, et par sa >ainte pureté de lui obtenir de son Fils la pureté d'aine qu'elle désir'-.
Elle s'arme ensuite de l'amour de Dieu et delà Sainte Vierge, en s'efforçant de les attirer sans cesse dans son âme et dans son cœur: elle les conjure aussi de lui enseigner à faire leur volonté et de l'aider à pratiquer c tte volonté avec un cœur embrasé du désir de les contenter en toutes choses.
Elle embrasse alors la sainte humilité et le trésor si précieux du mépris, du dégoût, de la haine et de l'horreur de soi-même. Le mépris de soi nait de la claire connaissance que l'on a intérieurement de sa bassesse. Le dégoût de soi naît de la connaissance que l'on a de l'infection de son corps et de la grande puanteur que causent à l'àme tant d'infects péchés. La haine de sol est causée par le grand amour que l'on a pour Dieu ; car l'àme sait d'une part qu'elle est mauvaise, et que le mal est odieux et abominable ; d'autre part, elle aime Dieu ; et plus elle l'aime, plus elle voit le mal qu'elle a fait en l'offensant si souvent, plus aussi elle se hait et s'abhorre pour avoir offensé un si grand Seigneur. Si elle se regarde et qu'elle contemple ensuite une aussi grande Majesté que celle de son Dieu envers qui elle est déloyale, méchante et traîtresse, elle s'abhoriv, comme on abhorre une chose détestable. Ce sentiment résulte de son amour extrême pour Dieu et du profond regret qu'elle a de l'avoir offensé; l'amour, en effet, excite l'àme à connaître le mal qu'elle a fait en offensant un Dieu si bon : et à mesure que l'amour croit dans l'àme, croissent aussi le repentir, la douleur et le très ferme propos de ne plus jamais offenser Dieu, dût-il lui en coûter mille vies. L'infection qui est pour ainsi dire répandue dans tout l'être de cette personne,
la fait grandement souffrir ; aussi, quelle haine elle se porte et combien elle abhorre le péché ! Après la pureté du cœur, l'humilité et l'amour de Dieu, vient l'abandon entier de l'àme à son Dieu.
Tout ceci est sûr et elle tient pour suspect et redoute tout le reste, par exemple : les visions, les révélations, les paroles intérieures ou extérieures, les consolations spirituelles. Bien que les choses de ce genre luiarrivent sans qu'elle y pense, à l'improviste, elle s'en détie et se garde bien de s'y attacher. Si pendant qu'elle est occupée de Dieu, il lui semble que Dieu ou sa Mère lui parlent; de peur d'être trompée, elle les quitte brusquement sans répondre; ensuite, elle redoute de se mettre en leur présence, quoiqu'ils lui parlent avec beaucoup de tendresse, l'appellent par son nom et lui témoignent beaucoup de bonté. Elle ne veut et ne désire que l'amour de Dieu et du prochain, avec l'humilité de cœur, une pureté angélique et un abandon entier de l'àme et du corps à son Dieu. Son abandon est tel qu'elle consent volontiers à ce que Dieu fasse d'elle ce qu'il lui plaira, sans tenir compte de sa volonté propre, quand même il la jetterait en enfer, munie de sa grâce, et lui en ferait subir toutes les peines. Mais pour les faveurs extraordinaires, n'osant se prononcer à leur égard, elle s'en éloigne et les fuit en tremblant. Elle y renonce à cause de son amour même pour Dieu: et elle dit à ce Souverain Maître, en élevant son cœur vers l ui : « Seigneur, je vous aime tant que je crains de vous offenser en quoi que ce soit C'est donc pour ne pas vous offenser que j'agis ainsi et que je m'enfuis loin de vous; car n'ayant oas l'évidence que ces choses soient bonnes, je puis être trompé et vous offenser. Or je ne veux que vous. »
Cette personne dit un jour à Dieu : « Ah ! Seigneur,
si j'étais dans votre grâce I » et il lnifnt répondu : « Tu // es déjà et tu y seras toujours. » Une autre fois comme elle conversait avec Dieu, la Sainte Vierge lui <lit en l'ar>pelant par son nom : « 0 mon fils, combien je Vaime , quel tendre amour fai pour toi! » (I) Les consolations et les visites que cette personne reçoit de Dieu et de sa mère pendant les repas, sont telles qu'elle ne peut les décrire ; elles la contraignent à s'interrompre. Son repas est celui d'un homme qui n'est plus en lui, mais en Dieu ; car elle n'a plus ni goût ni inclination pour ce qui touche à la nourriture et ne mange que par nécessité.
Si Dieu lui envoie quelque peine ou quelque tentation, elle s'efforce d'en profiter en la recevant de la main de Dieu, comme une chose d'un grand prix, et elle l'embrasse avec amour pour lui : « Seigneur, mon Dieu, lui dit-elle, je ne vous en aimerai que davantage, pour la précieuse faveur que vous me faites en m'envoyant cette épreuve à souffrir pour votre amour. Je souffrirai non seulement cela, Seigneur, par amour pour vous, mais encore, avec votre grâce, tous les tourments de l'enfer.» Alors la tentation ou la peine disparaissent, pour laisser place à la consolation et à la joie.
En traitant avec Dieu cette personne lui exprime par dessus tout le très vif désir qu'elle a, qu'il lui fasse connaître ses fautes dès cette vie, comme elle les verra au moment de son jugement, afin qu'elle s'amende avant de mourir. Eu effet, elle ne connaît pas ses fautes et elle est soucieuse des intérêts de son àme. Mais en lui faisant une semblable demande, elle est bien déterminée avec le secours de sa grâce, à risquer non seulement la
i. « 0 hijo, como te quiero con encarecimiento de amor ! »
vie qu'elle possède, mais toutes celles qu'elle pourrait avoir, uniquement par amour pour lui et afin de lui être agréable. Elle lui demande donc de lui enseigner
ce qu'elle doit faire et de lui donner sa grâce pour la pratiquer.
■622. Un jour, pendant le repas, elle éprouva un très vif désir de mourir d'amour pour Dieu ; et comme elle demandait cette grâce à Dieu avec les plus ardentes supplications, le Seigneur lui accorda le degré d'amour qu'elle désirait. Depuis lors, l'amour de Dieu est tout son bien et toute sa vie. Dieu étant la vie de son âme, elle compte pour rien celle du corps. Il en est de même de tout le reste, s'il s'agit de contenter Dieu, parce que Dieu est tout son bien et elle ne désire que lui.
Lorsqu'elle demande quelque chose à Notre-Seigneur en faisant interré 1er Notre-Dame, celle-ci lui répond : « Tiens-toi pour assuré, mon fils, que je ferai ce que tu me demandes. »
DE SAINT ALPHONSE ROORTOrEZ. loi
MEMOIRE écrit en juin 1609.
1S3. Pour ce qui concerne la crainte de Dieu, bien qu'elle ait reçu des faveurs spirituelles que l'on apprécia ordinairement beaucoup, elle ne se rappelle pas s être enorgueillie à leur occasion, ni les avoir jamais désirées, quelque bonnes et saintes qu'elles parussent; elle les a toujours redoutées au contraire. Elle s'empressait de les oublier. Quelque fois, elles lui semblaient mériter sa gratitude et elle avait alors du scrupule de ne pas se sentir reconnaissante ; mais cela tenait à ce qu'elle s'attachait à la sainte crainte de Dieu. Plus ces choses lui arrivaient souvent, plus elle les craignait et les fuyait. Elle élevait aussi son cœur vers Dieu et lui disait: «Vous savez bien, vous mon Dieu, que je fuis ces choses par amour pour vous. Je ne puis vous tromper ; car vous savez la vérité et vous savez que c'est mon amour pour vous qui me les fait redouter à cause du danger que je cours de vous offenser, vous que j'aime tant. » Son aversion pour les faveurs spirituelles a été si grande, qu'elle éprouvait comme de l'impatience à leur venue, même quand elles étaient accompagnées des meilleures marques. Elle les craignait et les fuyait à cause de son extrême désir de plaire à Dieu ; enfin, elle allait jusqu'à désirer qu'il lui survint quelque grande persécution qui fit tout évanouir et la délivrât de la crainte d'être trompée.
lS'ï. Après un grand nombre d'années passées dans
cette épreuve, un jour qu'elle s'occupait de ce sujet, tout à coup (c'est-à-dire avec la rapidité de la foudre) elle fut éclairée d'une vive lumière accompagnée de la crainte de Dieu qui vint la frapper au cœur et y laissa sensiblement gravée une empreinte permanente. Son àme reçut alors l'assurance qu'elle n'était pas trompée et qu'elle ne le serait pas à l'avenir, parce que Dieu la délivrerait de ce danger en mettant en elle sa crainte, qui l'empêcherait de donner elle-même entrée à ces choses extraordinaires.
1125. Cettevisite,oùelle reçut à la fois cette lumière extraordinaire et la crainte de Dieu, la laissa en outre animée d'un très vif sentiment de reconnaissance envers i)ieu. Or un pareil sentiment ne lui était pas ordinaire dans les visites de cette nature ; son àme était au contraire toujours sous une impression de crainte et elle se réfugiait sur le terrain de l'humilité et delà crainte de Dieu. A partir de ce moment, bien qu'elle ait continué à avancer avec précaution, en mettant tout son soin à contenter Dieu, elle a été délivrée de la pusillanimité, et son cœur ne cesse de déborder de joie; quant à sa reconnaissance pour les bienfaits de Dieu, elle est pour ainsi dire infinie. En effet, lorsqu'elle s'élève par l'intelligence vers les régions du ciel, elle aperçoit une infinité de bienfaits inénarrables de la part de Dieu ; et si elle redescend vers la terre, elle demeure abimée à la vue des biens qu'elle en a reçus, soit pour l'âme, soit pour le corps: «Seigneur, lui dit-elle, que j'ai peu d'amour pour vois?Comment se fait-ilque je ne meure pas d'amour pour vous? Pour vous, à qui je dois tout ; pour vous qui, comme Dieu et comme homme, avez tant fait pour moi, pour mon corps et pour mon àme ? » En ceci, c'est à peine s'il peut y avoir de raisonnement ;
parce que, par une vue intellectuelle, l'âme voit avec une grande clarté les bienfaits qu'elle a reçus de Dieu, tant pour l'âme que pour le corps, bienfaits qui sont comme incompréhensibles. Elle descend ensuite en enfer et considère comment Dieu l'a tant de fois délivrée de ces peines éternelles; car elle reconnaît avoir mérité d'être tourmentée pour ses péchés, en subissant tous les tourments des damnés. Elle est donc anéantie en présence de ce qu'elle doit à Dieu : aussi ne cesse-t-elle de le louer, de le bénir et de lui rendre grâces de ce qu'il ne l'a pas châtiée et précipitée en enfer. Qu'en serait-il d'elle envce moment, si elle était là pour l'éternité (m (Sternum) ?
Ces pensées excitent en elle de grands désirs. Elle lit à Dieu : « Oh! Seigneur, que ne m'avez-vous fait la grâce de me jeter en enfer, avant que je n'eusse péché, en m'y laissant autant de temps qu'il vous aurait plu ! Au mo;ns je ne vous aurais pas offensé et je vous aurais servi en demeurant dans votre grà'*e ! » Elle parle ainsi à son Dieu, par douleur de l'avoir offensé et à cause de son désir de le servir en vérité et de lui plaire. Elle s'encourage alors, en disant à Dieu : « Seigneur, où donc est l'amour infini avec lequel je devrais vous aimer, vous plaire et vous servir? où sont la reconnaissance et l'amour infinis que je vous dois ? Gomment est-ce que je ne meurs pas d'amour 1 Ah ! que je meure maintenant d'amour, car je ne fais plus cas de ma vie, mais seulement de vous, qui êtes ma vie. Non, avec votre grâce, je n'estime plus la vie du corps, mais vous seul, qui êtes ma vie. »
Ce que ressent cette personne, lorsqu'elle passe devant un rucitix et y voit ce que Jésus-Christ a souffert pour elle et pour le monde entier, est presque merveilleux. Elle lève alors les yeux au ciel, considère que le Sei-