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ou le permette. Cette personne reçoit donc toutes choses, non de la part du prochain ou du démon, mais de la main de Dieu. C'est Dieu qu'elle regarde; détournant les yeux des créatures, elle les tient fixés vers lui, et elle considère comment les adversités procèdent de sa main. Elle ne le voit pas seulement par la foi qui est credeve quod non vides; mais c'est pour elle une chose manifeste et évidente, et qui, par suite, n'a plus besoin d'être crue. Au moment de la tentation ou delà contrariété, elle nes'arrê'e donc ni au démon, ni à la créature, quelle qu'elle soit, qui lui a causé du dommage ou qui lui en cause actuellement, mais elle traite la chose avec Dieu et les remercie pour la précieuse faveur qu'il lui fait en lui donnant en ce moment quelque chose à souffrir pour son amour. C'est ainsi qu'elle se moque des démons. Ils sont bientôt en fuite, parce qu'elle ne s'en prend pas à eux et qu'elle va de suite traiter la chose avec Dieu, en lui témoignant combien elle estime l'épreuve qu'il lui donne à souffrir pour son amour. Voici ce qu'elle dit à son Dieu : « Seigneur je vous rends grâces, je vous loue et vous bénis pour la précieuse faveur que vous me faites en me donnant cette épreuve. » Elle fait en même temps des actes intérieurs de ^oie et d'allégresse et s'affectionne à la peine présente, par amour pour Dieu.
1S». Entre autres dévotions, ;'ai celle de demander à Dieu et à la Sainte-Vierge sa Mère, d'ordonner et d'harmoniser ma vie et de me préparera bien mourir. Je demande encore à Dieu d'expier mes fautes en ce monde plutôt que dans l'autre; et je le prie de me découvrir maintenant mes fautes publiques et secrètes, comme on les connaît lorsque l'àme quitte le corps, afin que j'y apporte renié le dès aujourd'hui, et que je
m'amende avec sa grâce; car, après cette vie, il n'y a plus de remède.
Je porte aussi beaucoup d'intérêt à mes très chers Pères et Frères captifs, et une de mes dévotions est de prier pour eux Dieu et la Sainte-Vierge. Je les leur confie, afin qu'ils tassent d'eux ce qui est suivant leur bon plaisir, qu'ils les traitent comme leur propre bien et en prennent soin en toutes choses. Je ne demande pas à Dieu d'enlever leurs peines, mais de les doubler, si c'est sa plus grande gloire et si c'est pour eux l'occasion de remporter de plus belles couronnes. Je demande la même chose pour moi ; car je ne sache pas qu'il y ait et qu'on puisse souhaiter en cette vie de chose plus grande et plus propre à plaire à Dieu que celle de souffrir des croix pour son amour ; que Dieu nous donne ce trésor, qui n'est pas connu! Amen! C'est une chose si précieuse,en effet, que s; les anges pouvaient envier aux hommes la faculté de souffrir pour Dieu, ils le feraient, à cause du grand bien qui se trouve dans les souffrances ; et nous, nous fuyons ces croix si précieuses I C'est une folie évidente.
Je reme's donc ces serviteurs capti's, mes frères, entre les mains de Dieu et de la Sainte-Vierge sa Mère, afin qu'ils aient soin d'eux et les gardent de tout péché. Quant aux souffrances, que Dieu les multiplie pour eux et pour moi-même, autant qu'il voudra, pour sa plus grande gloire, pour sauver nos âmes et pour nousdonner une plus bellecouronne, pourvu qu'il nous départisse aussi sa grâce; et il en sera ainsi, si nous savons profiter de ce trésor, en soutirant nour Dieu.
La troisième dévotion de cette personne consiste à prier ave? des gémissements la divine Majesté de remédier à l'épouvantable malheur qui frappera l'Espagne si l'on ne chasse pas les Anglais de. tous les états, de
toutes les possessions de notre Roi et des terresdetous les grands, de telle sorte que pas un ne demeure parmi nous; elle supplie Dieu de ne pas nous châtier ainsi pour nos péchés; mais de l'aire en sorte que tous nous le servions en vérité et lui soyons agréables. Cette personne recommande ceci à Dieu nuit et jour comme une affaire de souveraine importance; et, si elle échoue, on en verra les conséquences dans l'autre vie, lorsqu'il n'y aura plus de remède. Dieu nous délivre d'un si grand mal et d'un si grand malheur pour les âmes (1)1
iâO. Afin de mettre son unique soin à contenter Dieu, cette personne s'efforce d'oublier son corps. Lorsqu'elle est à table, qu'on lui donne quelque chose ou qu'on ne lui donne rien, qu'on se souvienne d'elle ou qu'on l'oublie, elle ne demande rien, même s'il lui manque quelque chose, ce qui lui est arrivé parfois. Si l'on sert un mets savoureux, elle lait des actes de dégoût, comme si ce mets était quelque chose de répugnant : c'est afin de ne pas trouver de saveur à ce qu'elle mange ; en outre, par amour pour Dieu, elle laisse un peu du meilleur de ce qu'elle prend. Elle avertit celui qui sert, s'il manque quelque chose à celui qui est près d'elle ; mais s'il lui manque quelque chose à elle-même, elle se tait, dissimule, et se mortifie pour
1. Ap"è> vin t-cinq ans de lutte iucessanle eutp* l'Espacue et l'Ânaleierre, sous le rètrue de Philippe 111 en Espatme et sous celui de Jacques 1er en Angleterre, lesdeux nalions signèrent, au mois d'août 1604 un traité, de paix dont les principales conditions furent, entre autres, la liberté de commerce entre les sujets des deux souverains; les Anglais ne devaient pas être molestés en E-patrne pour cause de relisiou, excepté dans le cas de scandale. Ce traité avec les protestants anglais ne pouvait pas manquer de présenter un danrer pour la foi des catholiques espagnols, et Alphonse, qui brûlait d'un zèle ardent pour le salut des âmes et prévoyait les funestes résultats de cette libre coinniimication, Ips déplorait et demandait à Dieu qu'il ne s'ensuivit pas de péril pour les âmes.
l'amour de Dieu. Si ce qu'on lui donne est froid ou mal apprêté : si, par exemple, les œflfe sont froids, elle se tait et mange tel quel ce qu'on lui a donné. Elle est honteuse et confuse devant Dieu de se voir bien traitée et d'avoir en tout au delà du nécessaire. On lui donna un jour des œufs à la coque et, par inadvertance, celui qui servait, les lui apporta crus. Cette personne reconnaissant qu'ils étaient crus, se hâta de 1rs avaler, pour ne pas perdre cette lionne occasion ; et, lorsque celui qui servait, revint en toute hâte les chercher pour les faire cuire, il ne trouva que les coques.
130. Un autre jour.on servait un plat de citrouilles. À l'insu de l'acheteur et du cuisinier, les citrouilles se trouvaient être amères. Le cuisinier les avait cuites avec de la viande. On apporta le plat de citrouilles et de viande au réfectoire : dès qu'on y eut goûté, on ne put en supporter l'amertume, car je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de plus amère, et personne ne put en manger. Mais tandis que vaincu par l'amertume, chacun s'abstenait, par une faveur spéciale de Dieu, cette personne mangea de la viande et des citrouilles en grande quantité: et si l'on n'eût chargé quelqu'un de les lui enlever, elle en eût pris encore davantage. Cependant, comme ce devait être une sorte de poison, son estomac en fut aussi bouleversé que si elle eût pris un très fort purgatif; et depuis il lui est resté de Padversion pour les citrouilles 1).
1. « Je mangeais ce jour-là auprès du supérieur, dit le P. Marirnon, et à peine eus-je pris la première bouchée des citrouilles que je la rejett.ii avec dégoût eu disaut : Mors est in olla. Le supérieur douna aussitôt 'les ordres : et la première chuse qui vint à son esprit fut de faire enlever les citrouilles au frère Alphonse. On alla, mais trop tard ; il ne lui restait plus que quelques bouchées à prendre pour avoir terminé. »
131. Il lui arriva encore cette autre chose. Pendant plusieurs années, on lui donnait la nuit des œufs à la coque; presque toujours ces œufs sentaient mauvais; néanmoins, en dépit de leur mauvaise odeur, elle les prenait sans rien dire. Un jour, entre autres, on lui donna un œuf qui devait avoir été longtemps sur le nid delà poule; car il était pourri et sentait extrêmement mauvais ; le blanc et le jaune n'étaient plus séparés, mais il n'y avait plus que du jaune corrompu. Cependant, pour se mortifier, cette personne ]e prit avec avidité et l'avala. Je crois que les choses fâcheuses qui nous arrivent, venant de la main de Dieu, sont un grand trésor pour l'àme, si elle les accepte et les embrasse pour l'amour de Dieu ; car il n'y a à faire aucun cas des prospérités, où l'homme se recherche lui-même. Dans les adversités, au contraire, il cherche Dieu et se vainc pour son amour. Que Dieu nous ouvre les yeux de l'àme ! Amen !
i32. Pendant que cette personne était continuellement dans un si haut état d'union avec Dieu, le supérieur craignant r relie ne se rendit malade, lui dit de ne pas marcher ainsi dans la présence de Dieu ; elle en éprouva un peu de regret, mais elle s'efforça d'obéir. Or, plus cette personne fuyait la présence de Dieu, plus cette divine présence augmentait en son came ; Dieu se communiquait à elle en dépit de ses elïor;s pour le fuir. Ce fut comme une lutte entre Dieu et elle ; finalement, elle se laissa vaincre. Pour d'autres, la recherche de la présence de Dieu est pénible ; pour cette personne, c'est un repos et une consolation, non -seulement pour i ame, mais aussi pour le corps s'il est fatigué : c'est pour elle une chose aussi douce et aussi facile, qu'il est aisé, pour celui quia bonne vue, de
voir un objet aimé, situé devant ses yeux. Par suite, dès qu'elle le vent, en un moment, elle se trouve seule avec Dieu et la Sainte Vierge.
133. Le mépris que cette personne a conçu pour elle, a empêché le démon de la rendre présomptueuse; elle se sait en effet vile et abjecte et voit clairement qu'elle n'est rien, qu'elle est même moins que rien et la plus mauvaise créature qui soit au monde. Le mal qu'elle aperçoit en elle l'oblige à s'abaisser et à s'humilier jusqu'aux abîmes ; et tout ce qui d'autre part se trouve en elle, la fait trembler. Elle vit perpétuellement dans la sainte crainte de Dieu qui est un excellent remède contre l'orgueil ; là où réside cette crainte salutaire, il ne peut même entrer ni vaine gloire ni orgueil d'aucune sorte. Elle n'a pas la présomption de se connaître parfaitement ; mais le peu qu'elle connaît d'elle, suffit pour la faire trembler.
Un jour le démon, ne pouvant faire pénétrer l'orgueil en son cœur, l'attaqua d'une autre manière ; mais, grâce à Dieu, sans réussir davantage.il lui représenta qu'on l'honorerait après sa mort et il lui mit sous les yeux les honneurs de la sainteté, afin qu'elle les acceptât. Il prétendait renverser par ces représentations de l'avenir celui qu'il ne pouvait abattre par celles du présent. Suivant sa coutume, cette personne recourut à Jésus et à Marie, ses très humbles souverains ; elle leur exposa le cas et, prosternée devant eux, elle leur demanda leur assistance. Sa prière fut entendue et exaucée; et, en un moment, elle fut délivrée non seulement pour cette fois, mais pour toujours, le tentateur ne sachant plus par où entrer.
On voit par là combien il esr important de recourir à Jésus et à Marie dans tous nos besoins. Dieu lui fit
cette miséricorde d'une façon spéciale, qui n'est pas connue d'un grand nombre ; mais elle ne peut expliquer la chose humainement, c'est-à-dire indiquer comment Dieu l'éclaira et lui vint en aide dans cette circonstance, parce que tout cela se passa spirituellement entre Dieu et la Sainte-Vierge, et son aine. Je crois que cette tentation doit être la plus grande de celles qui arrivent aux serviteurs de Dieu; je crois aussi que le meilleur remède consiste à recourir à Jésus et à Marie, si pleins d'humilité, en se jetant à leurs pieds.
13^. Cette personne désire quatre genres de mort. Premièrement, elle demande instamment à Dieu de mourir d'amour. Secondement, elle lui demande de mourir de douleur et de regret de l'avoir offensé ; elle sait, en effet, quel est ce Dieu qu'elle a tant offensé; elle connaît la grandeur du mal qu'elle a fait et toute l'iniquité, dont elle s'est rendue coupable. Troisièmement, comme elle désire ardemment plaire à Dieu, elle lui demande instamment de lui pardonner ses péchés et de lui accorder la grâce de la faire tomber morte à l'instant, si jamais elle doit l'offenser dans la moindre chose, alors qu'elle a tant d'amour pour lui. La quatrième mort, si on peut l'appeler ainsi, vient de ce qu'il règne en son cœur une si vive et si amoureuse reconnaissance envers Dieu pour tojs les bienfaits et pour toutes les grâces qu'elle en a reçus, qu'emportée par son amour et sa reconnaissance, elle se meurt d'un très vif sentiment de gratitude et elle se demande avec étonnement comment tous les hommes et elle-même ne meurent pas d'amour pour Dieu,
135. Elle demande encore instamment à Dieu Notre-Seigneur de lui faire souffrir toutes les peines de
l'enfer, tout le temps qu'il lui plaira, afin que personne n'offense la divine Majesté et ne soit damné, mais que lous, au contraire, nous jouissions de sa gloire et le servions fidèlement avec un parfait amour et avec une amoureuse reconnaissance (1).
1. A la fia de ce mémoire, le P. Jean Torrens ajoute le paragraphe suivant :
« Comme le saint frère allait communier ie jour de l'Octave de la fête du corps de Nôtre-Seigneur, il lui vint devant l'autel un prend scrupule à cause d'un péché qui l'affligeait beaucoup ; dans sa peine extrême il recourut, suivant sa coutume à Jésus et Marie; la sainte Vierge lui apparut et lui dit que ce péché, peme et coulpe, lui était pardonné. Aussitôt après, Notre-Seigneur lui apparut aussi, lui donna un baiser de paix et disparut. Là-dessus, il s'en alla communier sans plus de scrupule. Ceci arriva dans la grande chapelle. »
MEMOIRE écrit en janvier 1610:
13(5. Un jour, une dame nommée Samartina, femme d'un chevalier, étant très malade, on demanda à cette personne de prier pour elle. Elle le fit, et pendant qu'elle priait, il lui fut répondu nettement (pour éloigner ses craintes habituelles d'être trompée) que cette dame vivrait et pourrait se lever le cinquième jour. La chose arriva comme on le lui avait révélé. Dans cette circonstance, elle recommanda instamment cette malade à la Très Sainte Vierge et à son Fils, en priant comme elle a coutume de le faire pour tous ceux qu'on lui recommande et pour elle-même; c'està-dire en demandant au Seigneur de disposer et d'arranger tout suivant sa plus grande gloire et le bien de l'àme; car elle compte le reste pour rien, et il n'y a rien de plus à désirer. Or, pendant qu'elle priait ainsi en la présence de Dieu, elle eut connaissance que sa demande était exaucée ; on l'assura intérieurement que si la malade mourait, il en résulterait de la gloire pour Dieu et du bien pour son àme, parce qu'elle mourrait dans la grâce de Dieu ; si au contraire elle ne mourait pas présentement, il en résulterait une plus grande gloire pour Dieu, parce qu'elle mourrait ensuite dans une plus grande sainteté; la prolongation de sa vie procurerait donc une plus grande gloire à Dieu et un plus grand bien à son àme. Plusieurs fois elle sentit au fond de son cœur une particulière certitude
DE SAINT ALPHONSE RODRIGUEZ. I6o
que les choses se passeraient ainsi. Le Père Recteur envoya cette personne chez la malade avec la relique de la signature de notre Bienheureux Père. Après avoir parlé un bon moment des choses de Dieu avec la malade, elle dit aux personnes présentes, parmi lesquelles était son mari, de se mettre à genoux pour réciter trois Pater Noster et trois Ave Maria à Notre Bienheureux Père et un Salve à la Mère de Dieu, en leur recommandant la malade. Alors la relique fut placée sur sa poitrine, et nous partîmes. A peitie étionsnous sortis que, par les mérites de Notre Bienheureux Père, Dieu opéra un miracle manifeste; car celle que son mari tenait déjà pour morte, comme il le dit à cette personne, fut, contre toute prévision, subitement et entièrement guérie ; elle se leva pleine de force, comme si elle n'eût pas été mala le et sa santé se trouva même plus robuste qu'auparavant. Gloire en soit à Dieu ! Amen I
13T. Cette personne reçut une lumière et une connaissance sensible et intellectuelle tout à la fois; elle vit l'état d'une àme privée de la grâce et de la faveur de Dieu. De même que, à notre mort, le corps demeurant sans àme et sans vie n'est plus qu'un cadavre; ainsi, dès que l'àme meurt par le péché mortel, elle est privée de sa vie, qui est la grâce de Dieu ; par suite, elle nJest plus bonne à rien, non plus qu'un cadavre, est infecte comme celui-ci, ne profite plus et est tout à fait méprisable. Elle demeure dans le mépris de Dieu, parce qu'elle est privée de la vie, qui est la grâce de Dieu. Demêmedoiic qu'un homme est en vie tant qu< l'àmeest en son corps, tandis qu'il devient incapable de toute opération, dès que 1 aine est absente ; de même, si la grâce de Dieu fait défaut, l'âme i;c fait aucune œuvre
méritoire, aucune action qui plaise à Dieu ; et cela jusqu'à ce qu'elle recouvre la grâëe.
Par cette soudaine vision intellectuelle, cette personne connut le misérable état d'une âme, qui est privée de la grâce de Dieu et est en état de péché mortel. Dieu l'éclaira ainsi, afin qu'elle fasse tous ses efforts pour vivre toujours dans la crainte de Dieu'et se garif\' de tomber dans la tentation.
Supposez qu'un air corrompu envahisse quelqu'un subitement avec tant de force qu'il le fasse mourir instantanément, ce sera l'image de la perte de la grâce, qui fait mourir Pâme subitement. Que Dieu nous en préserve dans sa bonté infinie ! Amen !
138. Une autre fois, pendant son oraison, cette personne vit nos dix captifs resplendir comme dix soleils. Elle en conçut alors un vif désir qu'ils fissent luire la lumière de l'Evangile sur ceux qui les retenaient prisonniers et qu'ils les convertissent à la vraie foi.
Une nuit pendant qu'elle dormait, elle vit qu'elle était en oraison ; et, lorsqu'elle s'éveilla, il lui sembla qu'elle avait dormi quatre heures de suit?, en demeurant pendant ce temps dans une oraison pleine de ferveur et d'amour. Pendant cette oraison, elle traitait avec Dieu et avec la Sainte- Vierge, de ce qui concernait les captifs en question ; car elle pense souvent à eux pendant le jour. Lorsque ces faveurs ou d'autres semblables lui arrivent, cette personne demeure interdite et toute confuse, comme celui qui aurait commis une faute notable devant plusieurs personnes. Ce n'est que dans l'abandon complet d'elle-même entre les mains de Dieu qu'elle trouve, sans crainte de se tromper, la sécurité et le rë]x>s. Lorsqu'elle prie pour les autres, elle
remet aussi toutes choses entre les mains Dieu pour sa gloire et le pour bien des âmes. Ainsi tout va bien et sûrement. Quant SLtiï choses extraordinaires, elle les craint, quelque maintes qu'elles paraissent. Beatus vir qui semper est pdvid'us (1 .
139. Un' jour, elle se préparait pen lant la messe à i)ir la sainte communion dans notre église et elle
conversait avec Dieu, lorsqu'une tentation, dont on a déjà parlé et dans laquelle elle avait un peu succombé, lui reviut à la mémoire. En proie à cette inquiétude, elle cria vers Dieu en lui demandant par Ion Hc ce. te faute, et Notre-Seigneur lui répondit qu'elle était déjà effacée. Délivrée de la peine très grande qu'elle éprouvait, elle ressentit intérieurement une paix, une joie et une consolation particulières.
140. Il lui arriva encore ceci. Comme elle faisait les exercices, le Père qui les donnait ayant développé le sujet de méditation, elle se retira. Mais comme elle avait coutume de remercier Dieu à la On de son oraison pour la grâce présente ; de faire beaucoup d'offrandes en reconnaissance des faveurs reçues dans l'oraison et de tous les bienfaits dont Dieu Favait comblée pendant sa vie ; enfin de prier Dieu Noire-Seigneur pour elle et pour d'autres personnes, le Père n'ayant pas dit de faire ces différents actes, elle revint pour l'avertir (2). Celui-ci lui dit de faire ce qu'il avait dit, parce que c'était renseignement de notre Bienheureux Père. Elle baissa la tèle et s'en alla, bien déterminée à ne faire que
1. Prov., xxviii, 14. — Suivant Im Vulgate : « Bealus homo... Bienheureux l'bomme qui est toujours rempli de craiute. »
2. Ceci se rapporte à divers act*s qu'Alphonse faisait tans sa méditation ordinaire; comme on le voit dans se? autres écrits, t. g. dtns son Petit trdiU d* l'oraioUn geurtc et décote.
ce que le Père lui avait dit. Elle ne fit donc ni action de grâces, ni offrande, ni demande, mais l'oraison seulement. Après celle-ci, elle reçut une visite extraordinaire ; une très grande paix lui fut subitement donnée et elle connut par là que Dieu l'avait visitée et consolée ainsi, parce qu'elle s'était soumise à l'obéissance.
1-41. Elle a été parfois tentée, de ne pas considérer quelques personnes comme aussi saintes qu'il convient. Son remède est de rentrer en elle-même ; elle y trouve tant de maux et de péchés qu'elle n'est, lui semble-t-il, qu'un démon. Chez les autres, au contraire, elle ne voit pas dépêchés, mais seulement des bonnes œuvres ; alors tous en comparaison lui paraissent des anges, elle les estime donc tels. Quant à elle, discernant clairement ses misères, elle se méprise et se considère comme le plus grand pécheur qui soit au monde ; car elle croit qu'il n'y a personne qui ait commis autant de péchés, aussi se regarde-t-elle comme ce qu'il y a de plus mauvais sur la terre. C'est ainsi qu'elle accroit la bonne opinion qu'elle a des au très et arrive à ne voir de mal qu'en elle.
143. Lorsqu'il survient à cette personne des adversités, des épreuves, soit de la part des hommes, qui la persécutent; soit de la part des démons, qui la tentent ; soit de la part de Dieu, qui lui envoie des maladies ; et, en général, dans toute espèce de peines ou de contrariétés, elle tient la conduite suivante: elle fait des actes de foi, elle croit fermement que c'est Dieu qui lui envoie ces travaux, qui les lui donne pour son bien, en raison de son grand amour pour elle, et que par suite elle doit les recevoir de sa main bénie et non des créatures,qui ne peuvent rien sans Dieu. Elle remercie donc
Dieu de tout son cœur de lui donner quelque chose à souffrir pour sou amour. Pendant qu'elle souffre, elle a un regard sur Dieu; elle tient son cœur élevé vers lui et reçoit tout de sa main; de sorte qu'elle prie et se mortifie tout à la l'ois devant Dieu. De cette manière, Dieu triomphe par elle, parce qu'elle reçoit tout de sa main et non des créatures. En effet, le moyen le plus relevé peut-être pour imiter Jésus-Christ, est de se vaincre soi-même, de vaincre le monde et les démons. Par cette victoire, on obtient la perfection et la sainteté. Cette personne a eu bien des luttes en cette vie avec le démon, le monde et la chair ; et elle a combattu en employant, avec la grâce de Dieu, diverses pratiques très hautes et très saintes ; mais il n'y en a aucune dont elle suit plus satisfaite que de celle-ci, parce qu'alors elle combat pour la gloire de Dieu. Cet exercice consiste, lorsqu'on est dans le travail de l'épreuve, à élever son cœur vers Dieu, en lui disant: «Seigneur, je vous rends grâces, je vous loue et vous bénis pour la précieuse faveur que vous me laites en me donnant cette peine à endurer pour votre amour ; » ou bien : « Seigneur je vous aimerai de plus en plus pour la grâce que vous me faitesen me donnant cetteépreuveà souffrir pour votre amour. »
143. Comme un scrupule relatif à sa vie passée la tourmentait, elle recourut, comme elle a coutume de le faire dans ses peines, à Jésus et à Marie. La Sainte- Vierge la consola en lui disant que la coulpe et la peine étaient pardonnées; Xotre-Seigneur vint aussi à elle ; il l'embrassa et la baisa sur les lèvres Le scrupule disparut et elle demeura consolée.