‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 58 sur 87 · P. Joseph de Villestas · texte numérisé non relu

P. Joseph de Villestas

a. Ce passade est obscur ; voici comment un Père espagnol l'explique : « Enteu lioesta persoua que el coiazoues el sello de la diviua Yoluutaii y que éra voluntad de Dio? que, conel ejercicio interior del aima delaute de Dios, mortificandose su voluntad, alcanzase esta uran cosa de que en su corazon no se halle otra cosa, ni para si, ni para otro. » Tel est le sens que nous avons adopté (note du traducteur) .

t. P. Jean T»rrens.

DE SAINT ALPHONSE RODRIfrUEZ. 183

quec'était une chose vraiment grande, difficile et coûteuse ; mais qu'il s'offrait à l'aider, et qu'il ne l'oublirait jamais. Ce grand enseignement la plongea dans la crainte et dans une profonde humilité ; sentiments qui durèrent plusieurs jours et qui durent encore, parce qu'elle a peur qu'il n'y ait quelque illusion secrète. Plus en effet une chose est élevée, plus est grand le danger d'orgueil qui peut s'y cacher ; tandis que dans les tentations que l'âme doit combattre, on voit le danger ; on peut donc le fuiret s'humilier. Non seulement ces choses lui inspirent de la crainte, mais elles la font trembler ; en effet, plus l'âme aime Dieu, plus son amour pour lui la fait marcher dans la crainte de l'offenser.

Pressée par l'amour, cette personne élevait donc son cu'ur vers Dieu et lui demandait de ne pas permettre qu'elle fût trompée. Dieu, de son côté, la rassurait, en lui répondant de ne rien craindre.

Elle recourut un jour à la Sainte-Vierge pour le même motif, et Notre-Dame lui répondit : Là où je suis, il n'y a rien à craindre ; j'ai soin de toi; fais ce qu'il (mon Fils) fa dit; ce qui voulait dire : « Fais ce qu'on t'a enseigné, pendant que tu servais la messe. »

Cette personne marche donc en la présence de Dieu avec toute l'affection de son cœur, en aimant la volonté divine eu tout ce qu'elle ordonne, parce qu'elle ne vit plus, mais que c'est Dieu et sa sainte volonté en toutes choses qui vivent en elle. Elle devait, d'après ce qui vient d'être dit, acquérir par la pratique, une parfaite conformité avec cette adorable volonté; mais Dieu permit que Satan la tenta à propos des jugements divins, l'amenant à retourner dans son esprit, comment et pourquoi Dieu permet ou veut des choses comme celles-ci : que les uns se sauvent et que

les autres se damnent, alors qu'il peut faire que tous se sauvent. Gomme elle était embarrassée dans ces pensées, elle éleva son cœur vers Dieu et écarta tout raisonnement, pour se délivrer. Elle vit alors que Dieu est infiniment bon et sage; qu'il nous aime infiniment; que tout ce qu'il ordonne est saint et bon; et qu'ellemême était comme si elle n'existait pas et n'avait pas reçu l'être. Que faire dans une semblable perplexité, pour se délivrer des illusions et de tout péril? Aller vers celui qui peut rassurer l'àme, c'est-à-dire vers Dieu, de qui seul vient toute sécurité. C'est pourquoi cette personne se réfugia dans le sein de Dieu, et s'abandonna à lui; alors le démon resta seul et confus. Elle triompha ainsi de la tentation, avec la grâce de Dieu. Mais comme Dieu est très enclin et très prompt à venir en aide à ceux qui vont lui demander assistance, bien vite il lui fit part de ses faveurs et elle se trouva par un acte plein de ferveur, élevée eî transportée en sa présence. Là, il lui communiqua de graudes lumières sur ce sujet, avec beaucoup de consolation et de profit pour son àme ; mais ces choses étant purement spirituelles, ne se peuvent pas bien expliquer. De cette épreuve elle retira un grand enseignement pour l'avenir, à savoir, qu'il faut, avec la grâce de Dieu, fuir aussitôt la tentation et laisser le démon dans la confusion, en cherchant un refuge assuré près de Dieu.

161. L'amour que Notre-Seigneur me témoigne, me fait trembler; il m'aime d'autant plus que je m'humilie davantage, et la Sainte- Vierge m'aime avec une tendresse particulière. Pendant que je servais la messe, la Sainte Vierge se montrait si favorable que j'avais peur, et d'autant plus qu'elle me témoignait plus de bonté. Mais elle, voyant ma frayeur, me dit un jour : « Et tu

ne veux pas que je t'aime, alors que tu m aimes tant?» Elle me répéta un autre jour deux ou trois fois l'enseignement concernant l'abandon à la volonté divine, qu'elle m'avait donné pendant que je servais la messe. Seulement une si grande chose ne s'acquiert pas en se reposant; il faut se vaincre et se mortifier. C'est pour ce motif que Dieu envoie à lame des travaux et des délaissements, des maladies et des douleurs; ces épreuves, les unes secrètes, les autres publiques, font pratiquer la vertu et conduisent à la perfection. Xotre- Seigneur agit ainsi à l'égard de cette personne, pour l'enrichir avec le secours de sa grâce. Quant à elle, misérable et digne d'être abhorrée de tout le monde, elle se hait, et celui est un très grand tourment de voir une chose si vile et si détestable. Elle ne se voudrait pas voir, elle désirerait que personne ne se souvint d'elle et que tout lui manquât; parce que, si elle pouvait se dérober à tous les hommes, et en être délaissée, elle traiterait seul à seul avec Dieu, s'abandonnerait à lui sans réserve, et serait toute à lui. La pensée du coucher lui est pénible, et il lui répugne d'aller manger; elle va au réfectoire, parce que l'obéissance l'y oblige. Elle est détachée du monde et de tout ce qui est du monde: elle ne peut comprendre comment, ce monde étant si vain, il y en a qui l'aiment, lui et ses vanités; car tout cela s'en va en fumée. Elle ne comprend pas non plus comment on néglige de s'occuper des trésors éternels de Dieu. Le monde lui paraît fou et dénué de jugement.

162. Pendant que cette personne recommandait à Dieu et à la Sainte-Vierge le vice-roi, qui était très malade et sur le point de mourir, elle vit en esprit que la Sainte-Vierge le tenait étendu sur ses genoux et déjà

mort; la Sainte-Vierge lui dit qu'elle se chargeait de relui qu'elle lui recommandait avec tant de ferveur. Elle comprit, après la mort du vicê-roi(i), que le sens caché de ces paroles était que la Sa in te- Vierge se chargeait, non de la vie du corps, mais de celle de l'âme. Le vice-roi mourut donc, parce qu'il ne demandait à Dieu autre chose que son honneur, sa gloire et le salut de son àme; et l'on peut croire qu'il se sauva et mourut dans la grâce de Dieu.

163. J'ai tant d'aversion pour ces choses (2) que je ue voudrais ni en parler, ni les écrire, ni les laisser connaître par qui que ce lût; car elles sont plus dangereuses que profitables. Le monde en fait grand cas, parce qu'il est peu éclairé, tandis qu'il devrait estimer les vertus solides; pour elle,elle est devenue, par amour, une même volonté avec la volonté de Dieu, et elle s'est abandonnée tout entière en toutes choses à cette divine volonté; car dans les choses extraordinaires on court le danger de s'enorgueillir et de tomber, tandis que, dans la pratique des vertus solides, on ne court aucun risque. Elle ignore aussi quel fruit et quel profit l'âme retire de ces choses et d'autres semblables. C'est pourquoi, dès qu'il lui arrive quelque l'ait de ce genre, comme des conversat;ons (avec Dieu ou avec ses Saints , elle les évite, par une crainte filiale d'offenser Dieu. Elle élève alors son cœur vers lui, en disant: Seigneur, je ne veux que votre amour et l'accomplissement de votre volonté; quant à ce que je vous demande maintenant, je vous supplie de faire ce qui sera pour votre plus grande gloire et me fera vous mieux servir. En priant ainsi, elle ne donne aucune attention à son

1. D. Jeuii Yillaparut y Sariz, qui mourut le 22 décembre 10 lu.

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