Les choses extraordinaires
corps, mais seulement à son âme; et Dieu lui accorde toujours ce qu'elle demande de. cette façon. Dieu lui
répondît, en lui offrant la souffrance : « f.ri oùjê
il n'a a rien à craindre; je prendrai soin de toi, fais
ce qui t'a été dit •> .
164. Pour parvenir à une grande perfection. Dieu lui a enseigné, comme on l'a dit plus haut, un exercice qui est à la t'ois, je crois, le plus pénible de tous les travaux ici-bas et le moyen le plus élevé pour atteindre cette perfection avec la icràce de Dieu. Il semble être purement spirituel, se passer dans l'àme seulement, comme si le corps dormait et l'àme veillait. Le voici : l'àme se trouve, par la permission divine, extrêmement tourmentée par tout ce qui se passe ordinairement au moment de la mort: sa souffrance surpasse alors toutes les épreuves et les persécutions du monde, quelque grandes qu'elles soient, ainsi que les tentations de toute sorte que l'enfer peut inventer, comme les horribles épreuves par lesquelles cette personne a passé pendant quelques années. Les infirmités et les douleurs corporelles ordinaires, quelques grandes qu'elles soient, sont peu de chose auprès de la peine dont je parle, laquelle se passe uniquement dans l'àme st accompagnée de grandes désolations. Mais si cette peine excède toutes les autres, avec la grâce de Dieu, elle est aussi profitable à l'àme et elle lui procurera un jour de plus grands fruits de gloire. Le meilleur remède que cette personne puisse trouver, consiste à élever vers Dieu son cœur tout brûlant du désir de le servir, en lui disant : « Seigneur accablez-moi autant qu'il le faut pour que vous receviez une plus grande gloire et pour que je vous plaise davantage; faites de moi ce que vous voudrez, puisque je suis tout à vous:
188 VIE ADMIRARLE
je me réjouirai et je vous aimerai de plus en plus pour la grâce que vous me faites en me donnant cette épreuve, afin que je la souffre pour votre amour». Elle accepte cette peine par un acte intérieur d'amour, en ne regardant que Dieu et recevant tout de sa main, non des créatures ni des démons. L'âme fait alors la volonté de Dieu et elle lui est fort agréable; tout concourt à la gloire de Dieu et au bien de l'âme, parce que l'âme sert Dieu parfaitement pour lui-même, en se renonçant. Par cette voie, l'âme parvient à se donner à Dieu sans réserve. Elle en est alors possédée et est toute à lui ; il en résulte pour elle beaucoup de consolation et de repos en Dieu. Dieu l'éclairé, la console et a soin d'elle, comme de son propre bien. Enfin, elle voit les grands trésors qui sont cachés dans la souffrance supportée pour Dieu ; souffrance qui nous est donnée, afin que nous l'embrassions pour l'amour de Dieu et que nous lui en rendions grâces.
165. Son âme est si remplie d'amour pour Dieu et pour sa sainte volonté ; elle est si désireuse de lui plaire en tout, que la volonté de Dieu lui étant connue, rien au monde, voire même les peines de l'enfer, ne pourrait l'empêcher de l'accomplir, avec le secours de sa grâce. Elle ressentirait même plus de joie à faire la volonté de Dieu, qu'elle n'éprouverait de peine à souffrir les tourments de l'enfer pour son amour. Il n'y a dans son cœur aucune entrée pour l'angoisse ou la tristesse, vu la grandeur de son amour pour Dieu et son désir extrême de ne faire jamais sa volonté propre, et de faire uniquement celle de Dieu. Dieu nous aime d'un amour infini, il ne peut donc vouloir rien de nuisible à notre âme, mais seulement ce qui lui est bon et salutaire. Il s'en suit qu'il n'y a rien de plus désirable
ni de plus aimable que l'accomplissement delà volonté de Dieu en nous; tout contribue alors à la gloire de Dieu et au bien de nom- àme, car Dieu choisit toujours pour cette àme qu'il aime tant, ce qui lui convient le mieux. Qu'elle accepte donc tout comme venant de sa main, et non des créatures, et qu'elle sache profiter de" l'épreuve qui lui est envoyée. « Seigneur, faites votre volonté, non la mienne », dira-t-elle. Elle prononcera ces paroles avec amour et reconnaissance, si elle considère la fin pour laquelle Dieu lui envoie Tépreuve ; car cette fin est pleine d'amour, et pour son plus grand bien ; elle a pour objet de procurer à lame des degrés de grâce ici-bas, et là-haut des degrés de gloire, si elle accepte tout pour l'amour de Dieu. Voilà la fin pour laquelle sont données les épreuves ; c'est par cette route qu'on atteint la perfection et la sainteté. Que l'àme se donne donc toute à Dieu, et qu'elle lui dise : « Recevezmoi, Seigneur, car je suis à vous. Mon Dieu, faites de moi ce que vous voudrez ; prenez vous-même soin de me faire agir en tout suivant votre bon plaisir, puisque je suis tout à vous. »
De là vient que cette personne aime tant la grande vertu de l'obéissance; car obéir au supérieur, c'est faire et exécuter sûrement la volonté de Dieu ; et c'est une grande chose de contenter Dieu en faisant sa volonté. En obéissant et en souffrant beaucoup pour Dieu, l'àme fait évidemment sa volonté ; et si elle observe encore ce qui suit, avec la grâce de Dieu, elle atteindra en peu de temps une grande sainteté. Cette pratique consiste à prendre un soin extrême pour plaire à Dieu, que, dans toutes ses pensées, toutes ses paroles et toutes ses actions, toutes ses affaires et celles d'autrui, elle cherche la volonté de Dieu. « Seigneur, lui dira-t-elle, traitez-moi selon votre bon plaisir, je m'en réjouirai;
faitos que je fasse toujours votre volonté, et non la mienne » Cette personne demande aussi à Dieu de lui pardonner ses péchés, et si elle doit l'offenser, de la Faire tomber morte auparavant : elle demande instamment à la Sainte-Vierge de lui Obtenir de son fils, cette grâce ,de ne pas offenser celui qu'elle aime tant. Pour éviter d'offenser Dieu, avant de dire ou de taire une chose quelconque, qui la concerne ou qui concerne le prochain, elle rentre en elle-même, se met en la présence de Dieu et lui recommande la chose en question. Si son àme murmure quelque peu intérieurement, elle ne la l'ait pas, parce que c'est un signe certain qu'elle ne plairait pas à Dieu, en la faisant ; mais si son àme ne se plaint pas et demeure ensuite en paix, c'est un signe que la chose plait à Dieu. En suivant cette conduite dans toute action qui se présente, l'âme qui désire plaire à Dieu, acquiert une grande paix et elle reçoit de Dieu de grandes lumières, avant et après l'action.
166. Un jour que cette personne,étant à table, avait devant elle une assiette à soupe, le supérieur lui envoya dire de manger l'assiette. Elle prit son couteau et se mit à racler l'assiette. Un autre, l'apercevant, lui demanda pourquoi elle faisait cela. Elle répondit que le supérieur lui avait dit de manger l'assiette. Mais il sembla à cet autre qu'elle devait manger, non l'assiette, mais ce qu'elle contenait ; elle le lit à cause de lui, et mangea seulement le contenu de l'assiette.
16T. Voici la méthode qu'elle suit pour surmonier avec la grâce de Dieu, les tentations, les persécutions et toute espèce de travaux, de douleurs et d'infirmités, enfin toute sorte d'épreuves. Elle élève sans retard son
cœur vers Dieu et le regarde ; alors elle voit comment cette épreuve vient de sa main et non des hommes ou des démons. Si Tamt; pratique ceci en esprit de foi, Dieu lui donne un*' lumière surnaturelle, pour voir clairement que c'est lui qui envoie l'épreuve. Alorselle ne se tache contre personne, et elle reçoit tout de la main de Dieu et non des créatures. Pour retirer de là un grand fruit, que l'âme médite cette vérité: Dieu nous aime d'un amour infini, et par suite ne peut vouloir pour l'homme que ce qui lui est bon et ce qui peut le faire croître en grâce et en gloire, comme sont les épreuves, dès que l'homme les accepte pour l'amour de Dieu. La pratique de cette personne consiste donc à élever son cœur vers Dieu, et à lui dire,en fixant humblement les yeux sur lui : « Seigneur, je vous rends grâces, je vous loue et vous bénis pour la grande grâce que vous me laites en me faisant souffrir ceci pour votre amour. » Je ne connais pas de plus grand trésor pour l'âme en cette vie au point de vue de l'éternité, que de souffrir pour Dieu; et c'est parce que Dieu nous aime tant qu'il nous donne à souffrir, afin de nous enrichir du prix de ces souffrances dans le ciel, et de nous parfaire et de nous sanctifier ici-bas par la pratique des vertus.
168. Afin que Dieu lui accorde ce qu'elle demande, pour elle ou pour ceux qui se recommandent à ses prières, elle suit la méthode que voici :
Elle s'excite d'abord à un grand amour envers Dieu et envers le prochain, et elle prie ensuite Dieu d'accorder, soit à elle-même, soit à la personne qui lui a recommandé quelque intention, ce qui sera à la plus grande gloire de Dieu, et pour le plus grand bien de l'ame. Si la chose demandée ainsi est bonne et salu-
taire, Dieu l'accorde toujours, parce qu'il aime beaucoup les âmes et ne veut que leur bien ; il en résultera même beaucoup de gloire pour la divine Majesté. Cette personne demande donc ce qui est pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, Dieu exauçant les prières faites ainsi sans avoir égard à la chair et au sang. Hors de là, il n'y a rien à demander à Dieu pour soi ou pour tout autre ; cela seul qui est ordonné à cette double fin, est d'un grand prix pour l'àme et pour le corps ; tout le reste, tout ce qui est suivant la chair et le sang, est de nulle valeur. 11 faut donc en toute chose dire à Dieu : « Seigneur, je vous supplie de disposer de ceci, d'ordonner cette entreprise suivant votre plus grande gloire et pour le bien de mon àme, afin que je vous plaise davantage » ; et Dieu exaucera cette prière.
1G9. Dans les tentations, elle emploie ce remède, qu'elle a reconnu être très efficace. Dès qu'il lui vient une mauvaise pensée, elle fait le signe de la croix devant elle. Là, en effet, se trouve le démon. Elle lui dit en même temps : « Adore la croix, demande à Dieu pardon de tes péchés; » et le démon, plein de confusion, s'enfuit aussitôt.
170. Depuis le matin à son réveil jusqu'à son coucher, cette personne s'etforce de s'entretenir amoureusement avec Jésus et Marie. Elle leur recommande ses intérêts et ceux du prochain, et elle les trouve toujours favorables. Le soir, lorsqu'elle va se mettre au lit, elle s'asperge d'eau bénite eu faisant des signes de croix sur elle-même et en récitant des Gloria Patri. Elle asperge aussi son lit d'eau bénite, de la tête au pied, en disant : « La bénédiction du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » et en ajoutant aussitôt : Deus, in adjutorium me uni
intende, avec le Gloria Patri. Enfin, elle se recommande à la sainte Vierge et à son ange gardien. Dès qu'elle s'éveille, elle récite les litanies de la sainte Vierge, qu'elle sait par cœur; elle fait ensuite avec le secours de la grâce, son oraison du matin. Durant le jour, elle observe avec beaucoup de soin en quoi elle plaira davantage à Dieu, afin d'exécuter, avec l'aide de sa grâce, le bon plaisir divin. Laus Deo t
MÉMOIRE écrit en juin 1611.
1T1. Compte de ce qui se passe chez cette personne. Il lui semble que la poursuite des richesses est une des plus grandes futilités et extravagances de l'homme en cette vie. Il faut se contenter du nécessaire, car on n'a pas besoin de plus ; tout ce que l'on y ajoute, fait vivre dans de grandes inquiétudes, soit pour se le procurer, soit pour le conserver ; et la cupidité fait oublier Dieu et son àme. Celui qui ne désire rien, et se contente de peu ou. du nécessaire, vit dans la paix, et dans la joie, en ne songeant qu'à plaire à Dieu. Avec les richesses acquises, accumulées, entrent bien vite, le vain honneur, l'orgueil, l'estime de soi, le désir d'être estimé et honoré par les hommes ; et c'est un des plus grands malheurs qui puissent arriver que de s'estimer beaucoup. Plus l'àmeen effet est précieuse aux yeux de Dieu, plus elle est vile et méprisable à ses propres yeux; et plus elle est précieuse et estimable à ses yeux, plus elle est vile et méprisable aux regards de Dieu. C'est pourquoi les serviteurs de Dieu fuient le plus possible les honneurs, et regardent avec raison comme un grand malheur d'en être l'objet ; car sitôt qu'ils sont honorés et estimés, il est à craindre qu'ils ne s'attachent à ces vanités et que l'orgueil ne se glisse secrètement dans leur cœur ; en outre, la préoccupation qu'ils en ont, ne leur permet plus de se recueillir comme ils voudraient. Aussi ceux qui connaissent le monde, n'estiment rien tant que d'y vivre aussi oubliés
de tous les hommes que s'ils n'existaient pas ; oubliés du monde et l'ayant en oubli, ils peuvent en effet se donnée tout à Dieu, et dire avec saint Paul : Conversatio nostra in cœlis est (1).
Cette personne triomphe d'elle-même par la lutte intérieure, sous le regard de Dieu, et elle s'exerce à se mépriser, elle et tout ce qui est au monde. Qui non reuuuliat omnibus guœ possidet, non potest meus esse discipulus (2j. Pour remporter cette victoire, elle se met souvent en la présence de Dieu. Alors, son ame d'une part voit Dieu, de l'autre se voit elle-même toute remplie de misères, de péchés et de bassesses ; reconnaissant qu'elle est la faiblesse même et le néant, elle parle à Dieu avec un profond respect et lui demande humblement le mépris d'elle-même. En même temps, elle t'ait un acte de ce mépris; et si elle continue à faire cet acte, Dieu se communique à elle de plus en plus. Elle joint à cette demande celle du mépris de toutes les choses de ce monde, et Dieu lui donne une grande connaissance de leur vanité, au point qu'elle les a en aversion. Enfin, de ce double mépris, une fois obtenu, elle s'élève plus haut en demandant à Dieu de l'estimer et de l'adorer souverainement ou même infiniment, de l'aimer et de le remercier infiniment. On profite toujours en demandant de cette manière, parce que la prière est accompagnée des actes intérieurs des vertus; or ces actes sont nécessaires pour que Dieu donne les vertus.
Outre l'exercice intérieur de l'oraison et delà mortification, dont il vient d'être question, une chose qui,
1. Philippe, III, 20. « Pour nous, nous vivons déjà dans le ciel.»
2. Lue. xv, 23. «Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ue peut pas être mon disciple. »
avec la grâce de Dieu, lui est très utile, est un entier abandon de son âme au bon plaisir de Dieu : « Seigneur, lui dit-elle, puisque je suis tout à vous, faites de moi tout ce que vous voudrez, je m'en réjouirai. » Elle se met en même temps en la présence de Dieu, se représente sa puissance infinie et considère comment tout vient de lui. Alors son âme s'abandonne à lui en toute humilité, pour qu'il dispose d'elle suivant son bon plaisir,elle fait en même temps de fervents actes d'amour de Dieu et accepte d'un cœur joyeux tout ce qu'il veut relativement à elle, quelque amer et pénible que ce soit ; il lui suffit que Dieu l'envoie et qu'il le veuille. Ces deux choses, l'humilité et l'abandon entre les mains de Dieu, sont essentielles. Elles préparent l'àme; de sorte que, si les mépris, les affronts, les persécutions et les tentations viennent en réalité, elle est prévenue et prête à combattre et à vaincre ses ennemis, en embrassant toutes les épreuves qui l'atteignent; elle parvient même, au moyen des actes intérieurs de ces deux. vertus, à changer ce qui est amer en douceur et ce qui est doux en amertume.
1TS. Pour faire toujours la volonté de Dieu, cette personne s'exerce en deux choses,qui comprennent toute conformité à la volonté divine. Le premier exercice consiste à s'habituer à faire cette sainte volonté en toutes les choses contraires et pénibles qui lui viennent d'autrui, en les acceptant par amour pour Dieu et pour agir selon son bon plaisir. Dès qu'une contrariété survient, elle élève donc son cœur vers Dieu et s'entretient dans des sent'm^nts de joie et d'allégresse, en disant : « Seigneur, je vous rends grâces, je vous loue et je vous bénis pour la précieuse faveur que vous me faites ^n me donnant ceci à souffrir pour votre amour. »
A lois, s'il s'agit de tentations, le démon s'enfuit.
Le second exercice est celui-ci. Eu tout ce qui procède d'elle, pensées, paroles, réponses aux questions, affaires personnelles ou concernant le prochain, conseils et avis à donner, elle prie Dieu de l'éclairer, afin qu'elle agisse en tout suivant sa sainte volonté, et ne fasse rien sans sa permission- Elle reconnaît qu'elle a cette permission, si sa conscience lui dicte défaire la chose, sans se plaindre en la présence de Dieu. Alors elle parle, si elle doit parler; elle a^it, si elle doit agir. Sinon, elle n'agit ni elle ne parle. Elle rentre donc tout d'abord en elle-même et consulte Dieu pour savoir ce qu'il veut, afin de s'y conformer. Si Dieu l'avertit de ne pas prendre de détermination, en lui faisant voir clairement les inconvénients et les dommages qui en résulteraient, elle renonce à ce qu'elle se proposait de faire; mais si, lorsqu'elle procède avec cette circonspection pour discerneret accomplir la volonté de Dieu, elle goûte intérieurement une grande paix, c'est un signe que Dieu veut qu'elle agisse ou qu'elle parle; et elle demeure ensuite en paix sans avoir de regret, parce que ce qu'elle a dit ou fait, est selon Dieu et sa volonté. Si au contraire, elle se plaint intérieurement, s'inquiète, et ne peut prendre une détermination, c'est un signe manifeste, qu'il ne convient pas de faire ce qu'elle se proposait; si, malgré cela, elle se détermine à le faire, elle s'en repentira ensuite et elle vivra dans le regret et l'inquiétude. Telle personne vit toujours en paix, parce qu'elle a fait la volonté de Dieu ; telle autre est inquiète, parce qu'elle a fait la sienne.
C'est pourquoi celte personne veille sans cesse à acquérir la paix de l'âme, en se renonçant afin, d'agir toujours suivant le bon plaisir de Dieu. Cette pratique fait acquérir la pureté du cœur et elle est très impor-
tante : Beati mundo corde quoniam ipsi Deum videbiuit (l). La sagesse, la prudence et la discrétion consistent à taire la volonté de Dieu en toutes choses, comme le dit saint Paul : Nottte fie ri imprudentes, sed intelligentes quœ sit voluntas Dei (2). 11 veut manifestement dire que la meilleure et la vraie prudence consiste à faire la volonté de Dieu, jusque dans la manière de manger et de boire.
1T3. Il lui vient quelque fois des tentations déshonnêtes. Voici comment elle se comporte à leur égard. Aussitôt que ces tentations se présentent, elle élève son cœur vers Dieu, reçoit cette petite tribulation de sa main et lui dit : « Seigneur je vous rends grâce, je vous loue et je vous bénis, pour la grande faveur que vous me faites en me donnant eette peine à souffrir pour votre amour. » Elle s'offre en même temps à souffrir cette tentation et toutes celles qu'il plaira à Dieu de lui envoyer. Elle agit de même à l'égard des autres épreuves.
1T4L Elle emploie encore un autre moyen contre les démons, par exemple dans les tentations déslionnêtes. Elle leur commande avec empire, tait avec le bras droit une grande croix devant elle, et leur ordonne de se prosterner, de s'humilier et d'adorer la croix. Elle dit en môme temps trois fois : Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi, quiàpropt'er çrucem tuain redemisti mnnduni, et ensuite: In nomine Jesu omne genu flectatur, cœlestium, terrestrium et inferno-
1. Matth., v, 8. « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. »
2. Eph., v. 17. « Ne soyez pas sans prudence, mais sachez discerner la volonté de Dieu, »
riim(i). Elle leur commande alors de faire des actes le contrition et de demandera Dieu pardon dé leurs péchés ; et comme ilsn'ont pasla patience del'entendre,
ils s'en vont au plus vite. Si elle se trouve en la présence de quelqu'un de ces esprits, et qu'ils la tentent Le cette sorte, elle leur intime le même ordre par ses regards sévères, par son visage et tous ses gestes, et ils iisparaissent aussitôt.
1T5. Quelquefois, lorsqu'elle entend lire les Evangiles, ou qu'elle lit quelque trait de la vie des Saints, il lui vient certaines tentations, comme des doutes et les dégoûts. Comme ces tentations refroidissent son amour et sa ferveur, elle recourt à Dieu. « Désormais, lui dit-elle, je veux encore mieux vous servir ». Quant aux démons, elle les brave et les méprise ; et parce qu'ils sont orgueilleux, ils s'en vont aussitôt.
1TG. Une tentation qui lui est toujours très pénible, parce qu'il s'agit d'une chose de grande importance est revenue l'importuner il y a quelques jours ; ce fut la crainte d'être renvoyée de la Compagnie. Elle s'en affligea au point, qu'elle se mit à traiter de tout son cœur la chose avec Dieu; et elle s'excita, avec l'ai ! le sa grâce, à abandonner le tout entre ses mains p*,i;r qu'il disposât de sa personne, en ceci et en toutes choses, suivant son bon plaisir. Son âme ressentit alors une grande paix et un grand calme. Gomme elle ne voulait que la volonté de Dieu, Dieu se communiqua tellement à elle, que pendant le peu de jours qu'elle traita de cette affaire avec lui, elle en reçut plus de grâces que durant l'espace de deux ans. La tentation disparut donc, mais
1. Pliilipp., ii, 10. « Au nom de Jésus, tout genou fléchit, au ciel, sur la terre et dans les enfers, »
cette personne aurait désiré qu'elle persistât, à cause des grands dons que Dieu lui taisait pendant cette lutte. Quelques jours après, elle revint; mais l'ennemi ne put tenir le champ de bataille, parce que Dieu soutenait cette personne pendant le combat.
APPENDICE