‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 61 sur 87 · Luc, x, 16. « Qui vous écoute, m'écoute · texte numérisé non relu

Luc, x, 16. « Qui vous écoute, m'écoute

propre jugement, au lieu de suivre une voie très assurée, en faisant la volonté de Dieu. Ou bien, qui voudra en savoir plus Ion? que Dieu, qui 'ait le commandement? En fait d'obéissance, il ne faut avoir égard à aucune créature, mais seulement à Dieu, qui ordonne et commande par l'homme.

19T. La principale prière que fait cette personne, consiste à demander à Dieu ces quatre amours : L'amour de Dieu, l'amour de Jésus, l'amour de la Vierge Marie, Notre Souveraine, et l'amour du prochain: elle dit donc à Dieu : « Seigneur, je vous recommande ces quatre amours et le salut de tous les hommes jusqu'à la fin du monde ; et je vous demande de souffrir, avec votre grâce, toutes les peines de l'en er, atin que vous, Seigneur, ne soyez pas offensé et que personne ne soit damné; afin que tous, après vous avoir servi sur la terre, nous vous possédions dans le ciel. »

198. Cette personne passe les nuits dans les souffrances, et c'est la moindre des peines qu'elle éprouve, soit le jour, soit la nuit ; car pleine du désir de souffrir, elle a demanlé encore plus de souffrances, et Dieu lui a accordé sa demande. Lorsqu'elle est dans l'épreuve même, elle prie encore Dieu . de lui donner à porter tout ce qui pourra contribuer à sa plus grande gloire et à son service. Le lit et le temps du sommeil, sont pour elle une excellente occasion de souffrir ; il lui est même arrivé, une ou plusieurs fois, de trouver que le lit avait été pour elle pendant la nuit une plus rude pénitence, que si elle s'était donné la discipline tout ce temps jusqu'» l'heure du lever. Dans celte peine, elle ne conna t d'autre remède que de souifrir pour 1 amour de Dieu, et elle le remercie de la grâce qu'il lui a fait

de lui donner une si précieuse occasion de souffrir pour lui.

199. Ces jours-ci, on sert des oranges au réfectoire. Or,il y a un certain no t bre d'années, quelqu'un trouva que cette personne en mangeait beaucoup, et \e lui dit; elle prit alors la résolution de n'en plus manger; et depuis cette époque, elle n'en a plus mangé au réfectoire, si 'e n'eu lorsque parfois l'obéissan e les donne confites, a,-ant le dessert. Autrement, elle n'en prend jamais, pour se punir d'en avoir jadis mangé avec tant de plaisir

SOO. Une de ses grandes pénitences, pénitence secrè.e, consiste dans vue claire et immédiate qu'elle a d'elle-même, par suite d une lumière spéc:al * qui lui vient de Dieu. Elle se trouve en effet si souillée et si abominable, qu'elle ne se voudrait plu» voir; elle s'abhorre, se hait et se déte te, et cela très justement. Si elle pouvait fuir sa chair, en gagnant des contrées éloignées, elle le ferait bien volontiers ; car quelle consolation ce serait pour elle en ce monde de ne plus voir cet ennemi mortel, de ne plus l'entendre, de ne plus avor de commerce a- ec lui ! il est loisible à celui qui souffre de mauvais traitements de la part de quelque ennemi de s'en aller, au loin dans un autre pays, où il peut demeurer en paix, sans craindre quelque mauvais coup. Mais cette personne ne peut se quLter ainsi, et elle eA dans une peine extrême. Son ennemi est sa propre chair, il la persécute jour et nuit, pour lui ta:re faire ce qu'elle ne veut pas, el même pour lui faire cornu» tire le péché. T amer sans cesse avic elle c -t:e misérable chair, sans pouvoir s'en débarrasser lai est un grand tourment, non seulement à cause

du danger de pécher, où elle l'a mise bien souvent et la met encore; mais aussi en raison des maux qui lui sont survenus, pour avoir fréquemment offensé Dieu en rêvant à ses convoitises. On conçoit ce que souffre son àme en la compagnie incessante d'un ennemi si perfide, qui mérite d'être souverainement abhorré.

SOI. Un jour que cette personne avait à traiter une affaire personnelle importante (1), elle alla suivant sa coutume consulter Dieu et la Sainte Vierge; Dieu lui fit connaître ce qu'elle avait à taire, il la consola et la rassura. Mais celte personne ne sachant à quel esprit elle avait à faire, se résolut, pour dissiper ses inquiétudes, a. en parler à un Père (2) et à lui demander conseil. Notre-Seigneur lui dit que ce Père lui dirait de faire ce qu'il venait de lui conseiller. C'est ce qui arriva; le Père lui donna le même conseil; elle se trouva parfaitement consolée, et Jésus et Marie s'unirent pour l'embrasser tendrement.

SOS. Il lui vien t quelques tentations,qu'elle repousse, aveclagràcede Dieu, en élevant son cœur vers lui et en recevant l'épreuve, non du démon ni des créatures, mais de la main de Dieu. Pendant la tentation, elle dit : « Seigneur, je vous rends grâces, je vous loue et je vous bénis pour la très grande faveur que vous me

i. Voici cette affaire personnelle importante. Un provinciallui avait défendu d'écrire po'ir les autres, parce qu'il jugeait qu'ils se laissaient emporter par l'excès de l<ur piété à considérer connue des relique? les obiets qui avaient appartenu à Alphonse. Le saint Frère se demanda alors, s'il ponv.dt écrire pour lui-même les sentiments et les lumières qu'il avait dans l'orai-nn, parce qu'il pourrait arriver que, plus tard, d'autres se servissent de ses écrits ; mai? il ne put soumettre sou doute au P. Provincial, parce qu'il était déjà mort.

2. Le P. Jeau Torrens, qui fut recteur du collège de Monlésion de 16U7 à 16ii.

faites en m^ donnant cette peine à souffrir pour votre famour ». Elle considère en effet la tentation préseï te eomme une chose très précieuse et elle accepte de la souffrir, non seulement avec amour pour Notre-Seigneur, qui est présent, mais aussi avec un cœur joyeux, pour lui plaire davantage.

C'est en ces actes intérieurs, fai ts par amour pour Dieu, que consiste le trésor de grâce eL de gloire d'une âme. Si elle ne les fait pas, elle ne progresse pas, parce qu'elle ne se fait pas violence; tandis que, en pratiquant ces actes intérieurs, elle se renonce, embrasse la croix et suit Jésus-Christ.

203 Cette personne aime à servir la messe, parce que, après la consécration, elle jouit d'un entretien très familier avec Notre-Seigneur. C'est alors qu'elle traite avec lui de ses affaires et de celles du prochain. C'est alors qu'elle lui demande aide et assistance, afin que tout tende à sa gloire et au bien des âmes. En même temps, elle reçoit de précieux enseignements et de grands secours.

304. Lorsqu'elle doit communier, elle se trouve très bien de la coutume de s'y préparer pendant la messe à laquelle elle assiste. Sa préparation est la suivante : elle ne se représente pas Jésus-Christ, là où il est car ce qu'on se représente, n'est pas la chose ellemême, mais l'image de la chose) ; mais par des actes de foi, c!1j va adorer son Dieu ; et par des actes d'amour, elle l'aime. Elle le reçoit ensuite spirituellement, se prosterne à ses pieds en faisant des actes d'humilité, et Ta lore.

Alors il se découvre à son âme et se communique à elle, en proportion de son humilité. Lorsqu'elle reçoit

ce grand Dieu, elle élève aussitôt son cœur vers lui, en suppliant toutes les créatures du ciel et de la terre de l'aider à remercier celui qu'elle vient de recevoir; puis elle entre au dedans d'elle-même, où se trouve son Dieu lui rend grâces, le bénit pour la laveur qu'il lui a faite en venant loger dan, sa pauvre maison, et lui dit trois Gloria P"tri.E\\e lui païuVainsi : «Moi, Seigneur, je vous rends grâces, je vous loue et je vousbénispour la grand»' faveur que vous me faites en venant me visiter et me consoler, tout indigne que je sois d'un si grand bien'ait». Elle le contemple alors au dedans d'elle et l'a loreavecunefoi vive etdegrandssentimet.tsd'amour, dans ce temple où il est accompagné d'une multitude innombrable d'anges, qui l'adorent et jouissent de sa gloire.

MÉMOIRE écrit en juin 1615.

&05. Cette personne recourt sans retavd à Jésus et à Marie pour ses intérêts et pour ceux que le prochain lui recommande. La Sainte Vie"ge lui dit. un jour : « Ta m'es fidèle, et moi je ve te serais pas fidèle? » Elle les trouve toujours favorables; mais elle leur demande toujours ce qui est pour le service de Dieu et pour sa plus grande gloire; car en citte vie, il n'y a pas à désirer ou à demander autre chose que la gloire de Dieu et le salut des âmes.

20G Un jour quelle avait passé quelque temps à faire une lecture sur l'humilité, • lie s'endormit sans y prendre garde ; et pendant qu'elle éiait profondément endormie, elle fut blessée d'un tel amour de Dieu, qu'elle crût en mourir.

SOT. Un aute jour qu'elle rendait grices à D:eu après le dîner, elle se trouva en p ésence de la Sainte Vierge, a1 ec laquelle elle était très fa mi lié e à table comme partout, Noire-Dame Un dit d'écrire pour la gloire de Dieu, les dévotions qu'elle pratiquait à son é^ard; et comme elle hésitait, parce qu'elle craint toujours d être trompée, la Sainte Vierge lui répéta, atin de la rassurer, que ce serait pour la^loirede Dieu. Ces dévotions, qu'elle p:aJquedtpuis i n grandi non.b e d'années, sont les sur ahles : Le chapelet dereite Souveraine bien-aimée, de la mère de Dieu qu'elle chérit

23î VIE ADMIRABLE

tendrement, chapelet qu'elle r'cite avec d'abondantes consolations; ses très saintes Litanies, qu'elle sait par cœur; le saint office de sa très sainte Conception, qu'elle sait aussi par coeur ; douze fois le Salve et douze fois YAve Maria,en l'honneur de sa très sainte Conception, ce qui l'ait vingt- quatre prières, correspondant aux vingt-quatre heures du jour et delà nuit. Elle demande ainsi qu'à toute heure, Notre-Dame prie son fils bienaimé de la préserver de tout péché; car en raison de son amour extrême pour Dieu, elle désire d'un grand désir que, après lui avoir pardonné ses fautes, il permette qu'elle tombe morte plutôt que de l'offenser encore en la moindre chose.

208. Elle demande très souvent à Dieu quatre amours : Le premier, c'est son amour infini; le second, l'amour infini de Jésus-Christ ; le troisième, l'amour de la Vierge, mère du Dieu infi i ; le quatrième, un amour sans bornes pour les âmes. Cet^amour du salut des àmts, qui s'étend à toutes les âmes, est tel que, bien dei fois le jour, elle-prie Dieu ainsi : « Seigneur, fa:tes-moi plutôt souffrir avec votre grâce toutes les peines de l'en'er, si par là je pui? 'obtenir que vous ne soyez offt-nsé de personne, qu'aucune àme ne soit damnée, et que tous au cont aire nous vous servions comme vous le méritez et jouissions un jour de votre gloire. »

309. Le jour de la Toussaint, cette personne entendait la messe avec sesFrèr.'s; suivant sa coutume e\\>* se recom mari lait à la Sainte Vierge, à sa mère sainte Anne, à saint Joachim son père, à son saint époux saint Joseph, à tous les Patriarches et Prophètes, à tous les Apôtres et Evangélistes, à tousjes Mar-

tvrs et Confesseurs, à tous les Saints ; elle leur présentait ses frères et les priait de demander à Xotre- Seigneur que ceux qui allaient le recevoir à cette messe (c'est-à-dire tous ses frères), s'y préparassent de façon à lui plaire; enfin elle adressait la même prière à ce même Seigueur, que nous allions tous recevoir. 0; il arriva q*.e, après la communion, elle connut comment Notre Seigneur était en chacun, par une lumière spéciale qui lui faisait voir simultanément sa divine Majesté en tous, et séparément en chacun d'eux.

2 1 0. Cette personne se trouva tonte eonfusp, et par pure confusion res-ta triste et abattue ; car elle dési.ait qu'on ne donnât aucune créance à ses révélations et qu'on ne fît d'elle aucun cas. Elle recourut alors i Dieu et se plaignit à lui de ce qu'il l'exposait à être trompée et à l'offenser en quelque chose, lui qu elle aimait tant. Elle implorait son secours ; car toutes s"s anxiétés et toutes ses sollicitudes viennent de son désir de contenter Dieu en toutes choses et elle craint uniquement de le mécontenter.

Si 1. Par suite de la connaissance très grande que Dieu lui a donnée d'elle-même, cette personne s'exerce depuis un gran 1 nombre d'années, par des actes intérieurs de la volonté, à se mépriser : elle demande en même temps à Dieu ce mépris d'elle-même qu'elle s'efforce d'acquérir. Elle persévère dans ce double exercice jusqu'à ce que Dieu lui ait mis ce mépris au fond du cœur, de sorte qu'elle s'estime une chose vile et le néant même, comme Dieu le lui fait voir clairement et immédiatement. Elle se juge alors telle qu'elle se voit et pas davantage ; et elle considère les humilia-

lions fomnofi un trésor. A l'ai le le ce suprême exercice, elle parvient, avec la grâce de Dieu, non seulement au mépris d'elle-même, mais encore à celui de toutes les choses charnelles et terrestres, qui se trouvent dans le mon le et dont elle voit la calucité et la vanité; car perdant qu'elle faisa't, en la présence de Dieu, des actes de mépris de toutes ces chose-, Dieu imprima bien avanl et fortement dans son cœur, le mépris de toutes les choses vaines et périssables de cette vie, en éclairant son à'ne d une vive lumière surnaturelle. De In, Dieu l'éleva en sa présence, à l'estimer souverainement, à Ta lorer, à l'aimer par lessus toutes choses et à le remercier des bienfaits infinis qu'elle a reçois de lui.

31 ^î. Dieu lui a encore appris comment elle doit demanler pour elle et pour les au très, les grâces qu'elle veut obtenir. Po r que Diei m'accor le pour moi ou po-ir 1rs antres ce que je demande, il aut que j'aime Dieu et le prochain. Alors, en elfe , je demanderai à Dieu pour moi ef pour lui ce que Dieu aime etjce qui lui plaît, ce qui e.->t pour sa plus grande globcet [>our le bien des âmes. Je di; ai donc à Dieu : « Sei neur mon D'eu, en ce. te créons auce, disposez les choses d^ façon qu'elles procurcnl votre plus grande gloire et le bien de cette àme, jim lies vous servent mieux et vous so;ent agréables; » et il m'accordera cette deman le. En dehors de ce qui concerne la gloire de Dieu et le bien des àme<, il n'y a rien à désirer, rien à deman 1er à Dieu; il faut lui laisser le soin de tout, qu'il s'agisse de nous-mêmes ou des autres; ainsi tout ira bien, pare qu'il nous aime infiniment. Cet e manière de deman 1er à Die i est d'une granle utilité, non eulmeni pour l'âme, mais encore pcnr le corps ; car il n'y a qu une chose à désirer en cette vie et en l'autre : la gloire de

Dieu "t le salut des âmes ; c'est ce c\na- Dit u veut que nous lui demandions pour qu'il nous le donne.

2i3. Cette personne est si jalouse de l'honneur do Dieu el du salut des âmes, que bien des fois, prnlant le jour on la unit, traitant avec Dieu, elle Inexprimé les ar lents désirs de. son cœur et lui demande le salut du monde entier. Elle lui dit : « SeLwur, faites-moi souffrir toutes les peines de l'enfer avec votre çrràee. si je puis obtenir par là que vous r e soyez pas offense, ô mon D'eu, que personne ne soit damnéeique tous au contraire, nous jouissions un jour de votreglo:ro api es vous avoir servi avec un amour et une r<'COima!s>ance infinis. » Elle s'offrait ainsi du fou I du rœur avec une extrême ferveur et en réfléchissant à ce qu'elle demandait,elle n'éprouvai aucune répugnarK*i» ; elle re;sen ait an contraire de In joie, par s iite du zèle don elle e*t enflammée pour le salut des âmes. Elle voit en effet que c'est un mal sans remèJe de perdre Dieu et sa glo'reet d'être cou lamné pour l'éternité aux peines de l'enfer, parce que une lumière sp<*ciale lui fait connaître, d'une part, en quoi consiste la gloire et la possession éernelle de Dieu; de l'autre, ce que c'ed que de souffrir éternellement en e"i\'er el l'être privé pour toujours de la gloire éternelle. La gloire éternelle est si gran le, que l'apô re dit : Neque oculits ridil, neijne auiis audirit 11) ce que Dieu a préparé à ceux qui le craignent, l'aiment et le servent. Aussi cette personne à un si ardent désir du salut des âmes et une si grande compassio ) de ceux qui se damnent que son cœur m est tout tourmenté. 11 lui semble même que si c -tte souffrance de compassion se pro'on^eait, il n'y aurait

!. Il Cor., u, 9. — « L'œil de l'homme n'a pas vu; eon oreille D'à pus euleudu. »

pns de pénitence, quelque grande qu'elle fit, qui pût être aussi grande que ceLte peine intérieure de Pâme ; car elle ressemble à celle qu'éprouva Jésus-Christ au jardin, lorsqu'il priait en disant : Tristis est anima med risque ad morlem. C'est a. ors que le Sauveur en vint à surr du sang, à cause de la douloureuse compassion qu'il ressentait pour ce îx. qui seraient dam lés par leur faute; et ce fut un plus ^ran l tourment pour son âme que tous les tourments qu'il en lira en son corps; tant il savait quel mal immense la lamnation éternelle était pour ces âmes bien-aimées, tant était grau le sa compassion pour elles et ardent son désir de les sauver !

214. A propos de cette compassion et de ce désir du salut des âmes, il lui vient parfois une tentation contre la foi. Le démon lui dit: « Comment Dieu, qui aime tan1 les âmes, ne fait-il pas en sorte qu'elles se sauvent toutes? Il pourrait le faire, et pourtant il y a bien des à nés qui se damnent chez les païens et chez certaines des autres nations. » Cette tentation refroidit sa charité, parce que n'étant pas théologienne, elle ne sait que réponlre. Alors elle élève son cœur vers Dieu, sans chercher à répon Ire au démon et sans entrer en discussion avec lui. Elle le plante là, lui tourne le dos et se plonge tout entière en Dieu. Le démon étant seul et n'ayant plus personne aven, qui argumenter, se voit joué, et il s'enfuit tout couvert de confusion. Il suffit que Dieu soit Dieu, ce qu'il est, pour que tout ce qu'il fait, procèle d'une bonté infinie. Si le démon suggère que Dieu fait des choses mauvaises, il suffit donc de lui dire : « Je vais désormais aimer mon Dieu davantage et le mieux ervir. » Du reste, dès que Dieu lui envoie des peines, cette personne lui dit pour le

remercier: « Seigneur, je vous aimerai de plus en plus pour la grande grâce que vous me faites en me donnant cette épreuve, afin que, avec votre grâce, je la souffre pour votre amour. »

Si 5. Lorsque la tentation la serre de près et qu'elle est comme abandonnée de Dieu, le seul remèle efficace qu'elle ait, consiste à recourir à Dieu avec une profonde humilité et à la manière d'un enfant, qui ne sait rien et recourt dans ses plus peti es peines à sa bonne mère, en se jetant à ses pieds. Elle recourt aussi à la Sainte Vierge, qu'elle trouve toujours disposée à l'accueillir. Elle oublie en même temps le démon et la tentation quelle qu'elle soit; et là, prosternée aux pieds de Notre-Dame, se défiant absolument d'elle-même, elle s'abandonne entièrement à son Dieu, qui est près d'elle. Bientôt Dieu la rassure d'une manière manifeste et sensible, parce qu'elle ne s'attache qu'à lui. En voyant le soin extrême qu'il prend d'elle, elle goûte, bientôt la paix et le calme; le Seigneur de son côté, voyant sa confiance et touché de son appel, se charge de ses intérêts.

2i6. Elle se sert encore d'un autre moven qui est général, et s'applique à tous les genres de peines qui viennent et peuvent venir en cette vie, peines innom' brables et parfois inénarrables, par lesquelles Dieu éprouve l'âme, tiin d'embellir sa couronne. Ce moyen est comme une mine abondante; il rapporte non de l'or, mais beaucoup de sainteté, si toutefois l'on tra* vaille à se combattre et à se convaincre en la présence de Dieu par des actes intérieurs, et si l'on accepte, par amour pour lui, comme doux, ce qui est amer, et comme amer ce qui est doux. Il consiste à élever son cœur vers Dieu, dès que l'épreuve se présente, à consi-

dérer qu'elle vient de sa main, et qu'il l'envoie par amour, aiin que Carne avalise dans la perfection et s'enrichisse pour le ciel Pour tirer parti de ce gran 1 trésor, 1 a me s'applique à se réjouir dans le fond de son cœur, devant Dieu, en acceptant la croix présente et en lui disant : « Seigneur je vous ren 1s grâces, je vous lojeet je vous bénis pour la gran Je faveur que vous me faites en me lonnant cette peine à souffrir pour votre amour. » Elle se réjouit donc de cette souffrance, afin de plaire à la divine majesté; elle l'accepte, en se faisant violence pour trouver doux ce qui est amer; mais en même temps, elle se tient en la présence de Dieu, afin d'unir l'exercice de l'oraison à celui de la mortificaiion.

Si T. Gomme elle varie ses exercises d'après la disposition de son aine et ses besoins, elle recourt parfois au suivant : Dès qu'il lui survient une épreuve spirituelle ou corporelle, comme sont les tentations, les mala lies, les souffrances oi les persécutions, elle élève son cœur ers Dieu et s'aban lonne entièrement à lui, au moyen d'actes intérieurs de l'entendement et de la volonté ; elle réitère ces a -tes en la présence de Dieu; jusqu'à ce qu'elle trouve de la joie à souffrir toutes ces peines pour son amour. En m'une temps, son âme se J réjouit intéfieureinftnt de ce que Dieu veuillj bien la traiter comme il lui plait, puisqu'elle est tou.e à lui ; et elle lui lit en faisant de cœur des actes intérieurs d'aban Ion : « Faites ce que vous vou Irez, Seigneur, de crtie p tite iourmi qui est à vous, et je m'en réjouirai. » Get aban lo;i à Dieu donne un grau l repos à son aine ; car non seulement Dieu renié lie à ses peines actu Us, mais ii prend enco'e soin de son àme et de son corps, pour que tout concourre à sa gloire et au bien de son àme.

218. Elle emploie an autre remède pour les tentations léshnn îêtesque le démon lu; présente. Il eonsV.e à faire levant I ii nn on deux grands signes de croix, en lui disant de se pro-terner an pied de la croix, de l'adorer et de s'humilier. Elle lui ordonne île dire: Ad cramas, te, Hhriste, et beneiicimw tbi, finit, profiter cruceni tua.-n redemisti mundum : et de demander par Ion de ses péchés. In nomme Jem, omne genù flectatur cœ estium, terres riam, et infernorurn (1). Gomme le démon est plein ri-'orgoeil, il s'enfuit pour ne pas l'entendre, et ne pas lui obéir.

219. Otte personne observe avec tant de soin la, modestie des yeux, quelle n'a pas, lui semble-t-il,

regardé le visage d'une femme durint quarante ans, bien qu'elle se soit trouvée avec des Pères en le.:r compagnie et qu'elle les ait entretenues deschos s de Dieu. Dinaut un jour avec un Pè e dans un..' famille, elle se ti.it si moleste et si réservée, qu'elle ne vit les femmes qui se trouvaient là que co urne des ombres, à la manière d'un homme, qui serait abso bé en Dieu e: ne périrait pas le vue ^a présen e. Lorsqu'elle parle aux femmes, elle obser e une grande réserve, imitant uns sla ne très moleste ou un corps mort, qui ne meuvent la tète d'au 'un côwé ; el e pari; le la vanité du mon le Ou tout s en va en fumée, de la brièveté le la vie e: le la néussi.é d'en proliter en s'empressant de servir Dieu, parce que, à la mort, il sera trop tari ; elle leur parle aussi les peines.épou astables et éternell -s 1 • ['eu fer, et de 1j gloire immense que Dieu a préparée à ceux qui le servent en vérLé.

Lorsque les serviteurs de D'.eu traitent avec les

t. Pbilinp., ii, 10. « Au nom <te JAsus, tout genou fléchit, au ciel, sur la lerre el daus les enfers. »

femmes, le démon ne les tente pas, parce que, s'il les tentait., ce serait pour ainsi dire les mettre en garde; il ne leur dit donc rien, afin qu'ils se laissent aller à les regarder au visage. Mais plus tard, à la maison et pendant l'oraison, il les tente et les poursuit. Aussi est-il très important de se garder de voirie visage de quelque femme que ce soit, fût-ce celui de sa sœur. Qu'on demande à saint Jérôme ce qui lui arriva pour avoir vu autrefois des femmes danser à Rome? Devenu vieux et réduit à l'état de squelette, par la péirtence, il était tourmenté par le démon à leur sujet, et il criait vers Dieu toute la nuit, en lui deman iant son aide. S il ne les eût pas regardées et vues, le démon n'aurait pas eu matière à le tenter et à le tourmenter.

320. Dieu a encore donné à cette personne un extrême désir de lui plaire, et ce désir est le fruit des souffrances qu'elle s'est exercée à supporter pour son amour. Tout son souci, tout son désir, tout son soin est de plaire à Dieu ; par cet exercice, l'àme s'élève à un amour pour Dieu si élevé et si sublime que, à moins de l'avoir éprouvé, il n'y a pas d'intelligence humaine qui le puisse compren Ire. On ne peut non plus concevoir la joie qu'éprouve l'àme, qui cherche seulement à contenter Dieu; le bien qui lui en revient dépasse aussi toute imagination. En proportion de cet amour, croissent la ferveur de l'àme et le soin qu'elle prend de plaire à celui qu'elle aime tant; et suivant la même proportion, elle voit s'accroitre le soin extrême que Dieu prend d'elle et de tous ses intérêts.

Une àme embrasée d'amour pour Dieu a un tel désir de lui plaire, que ce désir est pour ainM dire in ni. C'est pourquoi, avec l'aide de la grâce, elle renonce au I monde entier, se détache de son àme et de 3011 corps, I

triomphe de tout respect humain, de tout amour et de toute crainte et accepte volontiers toutes les épreuves de c itte vie, voire même tous les tourments de l'enfer, plutôt que de déplaire à un Dieu qu'elle aime tant. L'àme dit alors à Dieu dans sa ferveur : « Seigneur, jetez-moi en enfer, si je dois vous y servir mieux, et vous y plaire davantage ; car je désire uniquement vous plaire et vous servir, quand même il me faudrait souffrir les peines de l'enfer ». Il n'y a pas do plus grande joie pour une àme qui aime Dieu, que celle de le contenter; de sorte qu'elle ne songe ni à sa récompense dans la gloire, ni aux peines de l'enfer, mais seulement à plaire à Dieu. A mesure qu'elle prend soin de le satisfaire, elle s'oublie de plus en plus et elle en vient à le contenter en tout ce qu'elle fait, en ne songeant plus à elle. Dans la même mesure, elle expérimente le soin particulier que Dieu prend de son àme, de son corps et de tous ses intérêts : Fidelis est Deus (1). Il prend soin de celui qui est attentif à lui plaire; car lafilélitéde Dieu surpasse autant la fidélité de l'homme que la bonté et l'amour de Dieu surpassent la bonté et l'amour de l'homme ; il n'y a rien au monde qui soit comparable à cette fidélité. Afin que l'àme atteigne une fin si haute, Dieu l'accable de peines très grandes et très nombreuses. Si l'ame sait en profiter, en les souffrant par amour, il n'y arien d'aussi méritoire, rien qui plaise autant à Dieu. L'amour éprouvé est celui qui convertit l'amertume en douceur, en se vainquant intérieurement en présence de Dieu pour son amour.

221. Dieu donna à cette personne une claire vue d'elle- m^ me, sans raisonnement aucun ; elle s'estimait

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