‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 62 sur 87 · I Cor., X, 13. c Dieu est fidèle · texte numérisé non relu

I Cor., X, 13. c Dieu est fidèle

-H-2 VIE ADM1KABLE"

alors en vérité selon le mal qu'elle voyait en elle, non autrement ; et elle se disait : « Je ne fais et je n'ai fait aucun bien, parce que je suis le néant même, et le néant n'a rien fait et ne peut rien faire de bon. » De cette manière, l'àme attribuait à Die i tout le bien, à elle-même le néant et les péchés. Aussi, lorsqtrelle fait de bonnes œuvres, elle se dit : Non aulem eçjo^ sed gralia Dei mecam (1) ; elle voit et connaît très clairement que ce n'est pas lame, mais Dieu avec l'ame qui opère le bien, Dieu prenant l'àme pour instrument ; de la même manière que l'on voit clairement que ce n'est pas le pinceau qui peint, mais le peintre avec le pinceau, parce que le pinceau par lui-même ne fera jamais rien. Par ce moyen, Dieu lui communique sa sainte crainte ; de sorte que pour être en sûrelé, elle préfère trembler dans les consolations, les visites, les délices spirituelles, les visions, les révélations, les miracles et les prophéties (toutes choses qui ne constituent pas la sainteté), plutôt que dans les tentations, les épreuves et les tempêtes qui 1 ji viennent de la main de Dieu, et qu'elle reçoit en ayant confiance en lui. C'est qu'en effet les illusions qui peuvent se rencontrer dans les consolations et autres faveurs divines, ne sont pas toujours aisées à découvrir ; et il se peut que ce que l'on croit une chose sainte, ne le soit pas du tout. Si dans les tentations et les épreuves quelque chose est à reprendre en moi, je le reconnais et me corrige avec la grâce de Dieu. Dans la prospérité et lorsque je reçois des faveurs spéciales, si je ne procè le pas avec crainte et circonspection, je ne saurai pas discerner de qui ces choses proviennent, je serai trompé par le démon :

i. I Cor., xv. 10. « Ce n'est pas moi. mais la pràce de Dieu avec moi. »

Beatus vit, qui sem-per est jtaridus (I)- Dans les épreuves que j'endure pour Dieu, il ne peut y avoir de déception ; tout au contraire, elles me servent de degrés pour avancer en grâce et en gloire. Je vis donc toujours dans la crainte de Dieu.

APPENDIGE(l)

I. Un jour, un juge de la cour royale, Don François Pacheco, ayant à juger un litige enlre le collège el les religieux de la Chartreuse, je crois, avait condamné le collège en un on deux points; toutefois, la senlenr-e n'ét it pas encore publiée. En ayant eu connaissance, I ■ recieur d'alors dit au frère Alphonse Ridrign z : « Frère, le juge un tel traite une affaire concernant « le collège el l'o i dit qn'il nous a condamné* Je pense qu il « ne l'aura pas bien examinée; car je crois que non.-, sommes € indubitablement dans notre droit en un ou deux points sur « lesquels il nous condamne. Frère, recommandrz-cela à « Notre S igneur • Le Frère le fit. Le lendemain matin, en allant servir la messe au même supérieur, il lui dit : « Père, ne peut-on pas en informe* le juge? » Le Père répondit : «On le peut, parce que la sentence n'est pas pub ir-e ; el en ce moment même, un avocat \a l'informer » Le Fière lui dit : « On va l'informer; eh bien, le juge changera sa sentence »• Il la changei en en>t, après avoir reçu l'information, util dit ensuiie qu'il étaii bien étonné d'avoir changé d'avis.

IL Un autre jour, étant dans une très grande affliction, il récitail le chai elet. et en prononçant les paroles : Mater Dei, il ajoutait plusieurs fois Mémento mei. Une fois, il le fit avec

^. Prov., xxviii, 14. « Bienheureux l'homme, qui est toujours rempli le «ruSnu». »

i. Cul anp m.iicp et les suivants sont extraits <1'nn cahier écrit de ta main lu Père Jeau Torrens et iulitulé ; « Casas delH.Aiouso

liodi ijjuez. »

tant de force que ce fut comme nn grand cri, provenant de l'oppression donleureu-;e dont il souffrait, et il lui sembla vuir la S. unie Vierge qui descendait du ciel pour le secourir; cect se passa en esprit. A l'instant, il recouvra toute sa sénérté, coin ne s'il n avait pas été affligé, et il se trouva même rempli de paix et de consolation.

III. Apièsla chute qu'il fit au mois de janvier 1613 (l), il lui e5l arrivé tant de choses et d ;s choses si exlraordinaires qu'on en est elFr.iyé. Un jour q l'il entendait la me>se dans la clia elle et se recommandait à Dien Nuire Seigneur lui d;t de se tenir prêt à souffrir et d'essayer de le faire a\ec joie, parce que, à partir de ce jour, il souffrirait, mais à l'heure de la mort, ajouta-t-i) , i! le consolerait. Si maintenant que je te promvts des souffrances, lui dit-il, je te c nsnle déjà, que serace lorsque je \ iendr.ii te visiter suivant ma promesse? Actuellement, Notre Seigneur le remp it parfois de consolations au milieu de ce> souffrances (qu sont extrêmes) ; et il n'ose plus appeler Jésus et Marie, pa ce qu'ils viendraient aussitôt le combler de leurs faveurs. Lorsqu'il doute, s'il a erré en quelque chose minime, aussitôt la Sint>' Vierge et Jésus- Christ Notre Seigneur lui disent : « Ne t'afflige pas; tu ne t'es pas tromiié • . Si par la contemplation il s'élève vers le ciel, il il s'y trouve en la compagnie de la Siinte Vieige et de Jé>us- Christ Notre Seigneur, qu'il aperçoit à ses cô'és ; s'il redescend sur la terre pour considér r sa hass sse, il les a encore près de lui. Eu voyant d'une part son néant et sa misère, de

l Le. Pè'C Colin raconte cette, chute en ces terme» : « Comme il montait nu jour les escaliers du collèr,e, il tnnba .l'une ruai ière si dangereuse, que ceux qui le virent tomber, le crurenL mort 11 lombi eu arrière, clio^e qui semblait impossible parce qu'il était très courbé et aurait lu tomber en avant : h sauta, sans toucher les decrés, jusqu'au premier palier, comme s'il eut clé enlevé eu l'air. Cependant d'une chute si dangereuse, il ne lui resta que deux petites blessures à la tête. Celles-ci, soignées avec soin, demeurèrent dans le même état, c'est-à-dire toute fraîches pendant douze jours. Le lendemain d" douzième jour, lorsque le chirurgien voulut les panser, il 'es trouva entièrement truéries et déclara que cela ne pouvait avoir eu lieu sans miracle. » (L/ivre 1, ch. xxvu, )

l'autre les grâces excessives qu'il reçoit de Jésus et de Marie, il demeure couvert de confusion. Il vît t ujour* en leur compagnie, «on unique pensée e-t de les aimer, de les servir et de plaire à Dieu; et cela est si constant chez lui que non seulement durant le jour et les \eilles de la nuit, mais encore ppndant son sommeil, il a les mêmes pensées et les mêmes désirs enflammés.

IV. Ui\ jour, il était inquiet et affligé. L'on était presque an mois de mars et il n'avait pas encore plu, de sorte que ceux qui axaient le plus d'expérience, dis ient qua, quand même il plein rait désormais, l'année serait assurément mauvaise; mais N-ilre Se gneur consola le saint Frère., en lui disant de ne p s se faire de peine; qu'il leur donnerait une bonne année, c'est-à-diie qu il ne les laisserait pas manquer du necessa re (1).

V. Lorsqu'il regardait et considérait ceux de la maison, il les voyait tous comme des angps; lui seul se iromail laid» abominable et indigne de paraître, inutile et plus misérable que le néant.

VI Comme il commençait à se lever, on lui dit un jour de reslei au lit. Or il était liés inq .iet, parce qu'il ne savait pas ce qu'il devrait faire, si on lui commandait la même chose un dimanche, ou un jour où la mpsse tût de précepte. Co me il était dans ce doute et celte afflicton, Notre Seign nr lui parlant intérieurement avec clarté et distinct* ment, lui enleva sou scrupule et le calma : « Ma volonté, lui dit-il, est que tu fasses ce que le supérieur te dira et pas autre chose ». Il demema alors d us une 1res grande paix, sans trouble ni tristesse : et le démon, qui le tentait, fut confondu.

1. Lps supérieurs avaient dit à Alphonse de recommander à Mien la famine de Majoique qui ,-évii en cette année ltil3, il le fit avee larmes et réuiissemeuls ; Notre-Seù'iieur lui lit uu j-iur. pour le consoler: « Alphonse, ne l'affli' e pas ; le nécessaire ue leur manquera pa-\ quoiqu'ils aient en mAiiie temps à soi fifrir. • Celle promesse s'ac« uuiplit par la manière merveilleuse dont l'ile fut approvisionnée. vExlrait de la vie du Bienheureux, par Furio y Sastre.)

VII. En mangeant et en buvant, il se conserve toujours dans la contemplation la. plus élevée. Ordinairement, il ne prend que ce qui lui est nécessaire, et il fait ce qui est suivant la plus grande gloire de Dieu, sans<-rrer ni se tromper. Ainsi, non seulement pour le manger, mais spécialem nt pour le boire, il siipp'ie Noire Seigneur de faire qu'il ne prenne pas une goutte au delà du nécessaire, et qu'il ne soit pas trompé par sa soif ou par son appétit.

VIII. Après sa chute, durant toute sa maladie, il éprouva les plus fortes tentations, qu'il eut jamais à rubir. Le démon le tourmentait sans relâolie et de toutes man ères, en sorte qu'il ne pouvait dormir et ne cessait jour et nuit de se recommander à Dieu.

MÉMOIRE écrit en janvier 1614.

222. Je me trouve quelquefois si absorbé dans la connaissance de moi-même, que c'est comme lorsque quelqu'un se trouve un haute mer; loin de tonte terre et environné d'eau à plusieurs lieues à la roule; il voit cette mer immense, mais il ne peut la saisir, tant il y a d'eau. De même celte personne, par une vue immédiate, se voit comme en cet océan infini delà connaissance incompréhensible d'elle-même ; elle est pour ainsi dire plongée dans tout ce qu'elle aperçoit de mauvais en elle, dans ses turpi udes, ses bassesses, ses misères et ses péchés ; elle est enveloppée de tous entés par ses maux, qui sont sans nombre. Quel misérable état pour une àme! Elle ne peut y remélier; des angoisses la pressent de toutes parts ; elle ne voit aucun bien en elle; elle aperçoit au contraire un abîme de maux et une multitude presque infinie de péchés, qui la portent à se décourager, elle ne trouve de remèdes ni en elle, ni en quelque créature que ce soit Sa meilleure ressource, dans une si grande peine, est de recourir à Dieu avec une entière défiance d elle-même et de toutes les cr.V ures, de se jeter à ses pieds et d'y faire des actes héroïques d'espérance et de confiance en lui; elle l .i dit avec beaucoup de tendresse : « J'espère en vous, Seigue jr, ayez pitié de moi » ; et lorsqu'elle s'est ainsi humiliée a ses pieds, elle se retire consolée et Notifiée en voyant combien Dieu est bon pour elle. . Comme cette personne a pour principal et constant

exercice la connaissance de soi-même, et qu'elle se juge d'après le mal très grand qu'elle aperçoit clairement en elle, si elle est tentée de quelque vaine satisfaction d'amour-propre, «Ile se dit aussitôt : « Je suis tout ce mal et pas autre chose » Il en est d'ailleurs de moi comme de tous les hommes; tous tant que nous sommes, nous ne sommes rien. De quoi l'homme pourrait-il s'enorgueillir ? En quoi pourrait-il s'estimer quelque chose? Gomment donc est il assez fou et assez extravagant pour se croire quelque chose de hon, alors qu'il n'est rien et qu'il est couvert de péchés? Ainsi, moi qui ne suis rien, je ne puis avoir rien de bon ; et de quelque côté que je me tourne, >i je me regarde bien et me connais vraiment, je ne trouve en moi, tant dans l'aine que dans le corps, que des maux et des misères; aussi je me tiens pour un être vil, bas, infect et abominable, plein de péchés. Je ne puis me souffrir, tant j'ai de dégoût de moi-même ; car tout ce qui en moj est vil, bas et infect, est de moi ; tous mes péchés son de moi ; au contraire, tout ce qu'il y a de bon en moi, vient de Dieu, puisque tout bien procède de lui. Celui q d croiraitqu'il peut de lui-même remuer la langue, pour dire : « Seigneur Jésus ! », 9e lerait D;eu ; car il s'attribuerait ce qui appartient seulement à Dieu.

Cette humilité, qui fait que l'homme a une si basse estime de lui-même, est une cho e très relevée; c'est un fruit qui ne se cueille pas sur la tsive, mais au ciel, et tous ceux qui le possèdent, l'ont reçu de Dieu. C'est pourquoi il faut demander à Dieu l'humilité; ensuite il faut fouiller dans son fumier infect, y découvrir ses fautes et sa propre faiblesse, faiblesse telle que Dieu seul peut la compren Ire. Au milieu des petitesses et des bassesses que l'âme aperçoit, en avançant dans ce bourbier infect de la connaissance d'elle-même et de ses péchés,

se trouve la perle précieuse de l'humilité. Que cette connaissance de toi-même, de tes misères et de ton abjection soit donc pour toi une demeure danslaquelle tu te tiennes renferm'1 ; c'est ce que Jésus-Christ Notre- Seigneur conseilla à sainie Catherine de Sienne, en lui disant de se tenir toujours dans la cellule de sa propre connaissance.

S^«*. Pour cette personne, les adversité' sont des prospéi'iléseides présents de Di su ; parce qu'elles l'excitent à recourir à lui et qu'elle trouve aussitôt un remède près de lui ; dans la prospérité au contraire, elle se néglige; aussi les douceurs sont pour elle un tourment.

V^î4. Lorsqu'une dent fait souffrir, on l'arrache et la douleur ce se ; c'est le souverain remède. La douleur dont 1 àme soutire, est l'amour propre ; ôtez-le, et à la douleur succèlera la paix et la conso'at;on : alors vous direz, non pas: Vive ego, mais: Jamnon ego ; vivit vero in me Cliristti* (i) ; parce que vous aurez arraché de l'a me l'amour-propre et vous aurez planté en votre cœur l'amour de Dieu. On est d'autant plus fou que l'on a plus d'amour propre et que l'on ^'aime davantage, puisque l'on est en réalité très mauvais et plein de péchés, comme je le suis moi même. Mais pour obtenir une chose aussi difficile que l'extirpation de l'amour-propre, il faut à la fois, la lutte intérieure dans laquelle on se fait violence pour triompher, et la prière; la prière, parce que c'est de Dieu que vient un tel bien, pourvu que l'on soit bien ancré dans la confiance

i. Gnl., », 20. « Je v's, on plutôt ce n'est plus moi qui vi» mais c'est Jésus-Cbriàt qui vit eu moi. »

divine; Sine me niliil polestis facere (l), dit Notre- Seigneur.

S V».Une autre voie, par laquelle l'àme de cette personne parvient avec la grâce de Dieu à cette haute connais>ance intellectuelle, est celle de l'amour de Dieu. En effet, la splendeur et l'élat de cet amour éclairent l'àme et la font se connaître et connaître Dieu ; elle- voit alors comment tout bien procèle de lui. La divine lumière de l'amour de Dieu découvre à l'àme ce même Dieu et le lui fait connaître, afin qu'elle l'aime et le craigne. O saint amour est celui d'un fils ; et partant, il est paisible, doux, suave et amoureux ; il découvre aussi à l'àme ce qu'elle est, afin qu'elle s'humilie. En outre, parce que l'amour de Dieu, ainsi que tous les biens, se trouve en Dieu, il fait voir à l'àme que la créature n'a rien d'elle-même et que tout bien procède de Dieu. Lorsque cet amour de Dieu est parfait dans une àmo, celle-ci atteint en réalité la véritable connaissance d'elle même, et elle établit sa demeure dans cette connaissait -e, en vivant morte au monde, à toutes choses et à elle-même. Elle voit son néant et son abjection : elle croit être un objet de répulsion pour tout le monde; et parce qu'elle se voi: re.nplie de maux, de vices et de péchés, si quelqu'un l'honoré, elle considéré cet honneur comme un affront, une décision et une moquerie.

Cet amour vrai de Dieu, qui habite en l'àme, lui fait voir ses défauts, de la même manière que le soleil fait voir jusqu'aux atomes de poussière; et il lui découvre simultanément Dieu et elle-m?me; la sagesse divine, par ses enseignements, montre à l'àme ses dé auts et la convainc qu'elle est déûourvue de tout bien et de tout

i. Joan., xv, 5.

DE SAINT ALPHONSE UODHIGUEZ. 2ol

nérite. Alors, on vérité, l'àrae se méprise totalement et lie aime son Dieu, en se dépouillant déboute confiante n ell-mr-me, pour se revêtir de conliauce en Dieu et 'un parfait abandon entre ses mains. Parce qu'elle a ne parfaite conlhnce, Dieu lui donne beaucoup de umière surnaturelle, pour qu'elle le connaisse mieux t l'aime davantage, se méprise et s'abhorre de plus n plus ; tous les démons ensemble ne pourront faire i rir, ni même tromper, une à me qui possèJe cette éritable connaissance de Dieu et d'elle même.

S26. Voici un autre moyen que cette personne mploie dans les épreuves que Dieu lui envoie, da> s îs tentations, les scrupules et l'obscurLé de 1 entendement. Lorsqu'elle soutfre ces peines pour l'amour de lieu, et que, par des actes delà volonté, elle s'exerce itérieurement en sa présence à les embrasser avec moui^quelqu'amères qu'elles soient, elle procèle ainsi : omme par la bonté de Dieu, elle jouit d'une très ran le familiarité avec Jésus et avec sa sainte Mère, u'elle les aime tendrement et est extrêmement désiïuse de les contenter parfaitement, elle les attire l'un t l'autre auprès d'elle, de telle sorte qu'ils se trouvent onr ainsi à sa droite et à sa gauche. Alors Jésus et [arie l'embrassent avec amour ; et cette personne qui :s aime tant, leur parle tout amoureusement : «Jésus, [arie, mes très doux amours, leur dit-elle, puissé-je mûrir et souffrir pour votre amour ! « Elle excite en lème temps en son cœur le désir de souffrir avec la race de Dieu et de mourir pour leur amour.

22J. L'àme qui invte Jésus-Christ Xotre-Seigneur, >t jalouse de son honneur et de sa gloire, et est remplie

de l'amour du prochain et de zèle pour son salut ; par là, elle plait beaucoup à Dieu ; elle a acquis la perfection del'amourde Dieu et du prochain. Ces deux grands amours la ceignent et la serrent si fortement qu'ils lui font souffrir le martyre ; elle est tourmentée d'amour et de zèle pour l'honneur et la gloire de Dieu et pressée; du désir du salut des âmes; la considération des dangers; dans lesquels viL le prochain, et la connaissance de sa faiblesse qui l'expose à tomber et àse perdre, sont les motifs j qui excitent en elle un si grand intérêt pour son salut. Elle juge des autres d'après elle; aussi la connaissance d'elle-même laremplissant de la sainte crainte del Dieu, elle a compassion de tous les hommes comme d'eile-même. Son âme se consume de pitié et de corn-] passion, par suite de son amour pour le prochain ; cari elle voit que nous sommes tous de la même nature, et que par suite de celte faiblesse commune à tous beau- j coup vont en enfer. Il n'y a pas de plus grand martyreen celte vie, que la peine qu'éprouve une âme embrasée de l'amour de Dieu et du prochain, en voyant tant] d'àmes se perdre et aller pour toujours en enfer, oui eltes seront éternellement privées de la possession de Dieu. Gesentimentest si vif que cette personne demander souvent à Di^u avec instance et avec ferveur de luil donner à souffrir, avec sa grâce et son amour, toutes* les peines de l'enfer, si elle peut obtenir ainsi que sa divine Majesté ne soit offensée par aucune créature, que personne ne soit damné, mais au contraire que tous lesl hommes servent Dieu avec amour et reconnaissance et:, le possèlent un jour au ciel. Elle fait cette demande' par amour pour Dieu et pour le prochain, et par le dé>ir qu'elle a que tous nous servions sa divine Majesté pt; arrivions à la possession de D eu. Son grand amour pour Dieu et son grand désir de lui plaire la portent à

lui demander instamment que, si étant en état de grâce elle doit l'offenser même légèrement , elle tombe plutôt morte à l'instant, pourvu que cela soit pour sa plus grande gloire ; tant elle craint d'offenser celui qu'elle aime ardemment, et qu'elle désire de tout cœur servir et contenter. Elle vit donc dans la crainte de Dieu, en prenant grand soin de lui plaire en toutes choses.

Bien grands sont les effets que la sainte crainte de Dieu opère dans une âme : « Celui qui craint Dieu, aura une heureuse fin, et il sera béni au jour de sa mort (J . » « La crainte de Dieu a mis son siège au-dessus de toutes choses (2)». Il semble clair que lacraintede Dieu est le principe de tous les biens; car elle est le principe de l'amour ; bien plus, cette crainte de Dieu est encore la clef et la gardienne de tous les biens ; témoin saint Bernard, qui dit: «J'ai reconnu en vérité qu'il n'y a aucune chose aussi efficace pour conserver la grâce de Dieu que de vivreen tout temps avec crainte, et de ne pas entretenir de sublimes pensées ». Job était juste, et il dit de lui-même : «Comme le navigateur est rempli de crainte au milieu de la tourmente, à la vue des vagues furieuses qui se précipitent sur lui ; ainsi je tremblais toujours devant la majesté de Dieu; et ma crainte était si forte que je n'en pouvais supporter le fardeau (3) ». Saint Paul disait : « Ma consciencene me reproche rien de mal; mais pour cela je ne me tiens pas justifié, parce que celui qui doit me juger, est le Seigneur (i) ».

3S8. Le parfait amour de Dieu chasse de l'âme la

Page 1