Extrait de la note C du premier volume des Œuvres
spirituelles.
trait même par certains signes qu'il avait des pensées de défiance relatives à son salut ; ce qui, venant d'un tel Père, causait à tous une extrême peine. Le Frère Alphonse, qui se trouvait alors à Majorque, se promenait dans un passage écarté du reste de la maison. L'endroit assez obscur confinait à de vieilles chambres, parmi lesquelles était alors sa cellule ; il était plongé dans une profonde contemplation, lorsqu'il entendit en l'air une voix claire qui disait : « Prie pour ton ami le Père Aguirre, qui est en grand danger. » Il se prosterna aussitôt devant Dieu et se mit a le supplier de remédier au mal. Il recourut à la Vierge Marie, qui avait sauvé le Père de l'autre danger, offrit pendant quelques jours toutes ses pénitences, communions et autres œuvres à cette intention, sans qu'il lui fut révélé autre chose. Quelques mois après, arriva le Père Jérôme Roca, Provincial d'Aragon ; et lorsque, à son compte de conscience, le Frère vint à parler de la voix qu'il avait entendue, le Provincial lui raconta qu'il se trouvait alors à Gandie, que le danger couru par le Père Aguirre avait été spirituel, comme nous l'avons dit, et que, en ces mûmes jours où le Frère avait entendu la voix, le Père avait été guéri. Depuis lors, il était en bonne santé, prêt à servir Dieu longtemps encore dans la Compagnie. Il travailla en effet beaucoup à instruire les gens de la classe pauvre et mourut au collège de Barcelone, le 3i octobre 1591.
(P. Colin. Liv. I, en. xxiv, et P. Alvarez., Hist. manuscrite de la Province d'Aragon).
Note G (1).
SAINT ALPHONSE ET i/lMMACULÉE-COXCEPTION.
Un des faits les plus remarquables de la vie d'Alphonse et celui qui a été le plus universellement transmis à toute la Compagnie, est une importante révélation, concernant la Conception Immaculée de la Très Sainte Vierge. Il semble que le ciel ait voulu par cette révélation récompenser le saint Frère de la tendre dévotion qu'il avait toujours professée envers ce mystère, et du zèle ardent avec lequel il se dévoua à le propager.
Tous les biographes du Bienheureux insistent d'une manière spéciale sur cette dévotion d'Alphonse, et beaucoup d'autres l'ont signalée. Je ci'erai seulement deux autorités, chacune d'un grand poids : la première est celle d'un disciple insigne du Bienheureux, lequel, tout jeune encore, reçut de sa bouche une si douce dévotion ; la seconde est celle d'un témoin oculaire, qui vécut un grand nombre d'années dans la compagnie d'Alphonse.
Le premier est le Père Diego Saura. Dans une lettre datée de Mexico, le 2 février 1621, il dit, en parlant des conseils qu'Alphonse lui donnait, avant son entrée dans la Compagnie : « Une autre fois, j'allai le voir avec une autre personne qui devait entrer avec moi et il nous dit : Soyez extrêmement dévots envers la Très Sainte Vierge, particulièrement envers son Immaculée-Conception ; récitez chaque jour en son honneur douze Ave Maria et douze Salve, en la suppliant de demander à son Fils que de même qu'elle fut préservée du péché originel, du péché actuel et de toute tache, elle vous garde à toute heure du péché et vous rende purs comme des anges pendant votre vie, afin que vous la voyiez et jouissiez
1. Extrait de la note N du premier volume des Œtivres spiri' tuelles.
d'elle et de son Fils bien-aimé au ciel . Dans toutes vos peines» recourez aussitôt à la Sainte-Vierge : imitez un petit enfant, qui, lorsqu'on lui fait quelque chose, crie à sa mère : Mère, Mère! Il dit ces derniers mots avec tant de ferveur, en joignant les bras en forme de croix, qu'il me toucha profondément. »
Le témoin oculaire est le Père Jean Mathieu Marimon, qui, dans la vie du Bienheureux, liv. VII, § 49, s'exprime ainsi : « Par dessus tout brillait en lui la dévotion à la très pure et immaculée Conception de la Jlère de Dieu et Reine des Anges. En son honneur, il récita presque tous lés" jours de sa très sainte vie les Litanies de Notre-Dame, l'office de sa Sainte Conception, douze fois le Sa/rc Regina et douze fois l'Ave Maria; le nombre de ces dernières prières correspondait aux vingt-qu itre heures du jour et de la nuit ; elles lui son aient à honorer à toute heure la Conception tn;s pure de la Sainte Vierge, afin d'obtenir de son divin Fils Jésus-Christ d'être exempt de tout prché. Il conseillait la même pratique à tous ceux avec qui il traitait de vive voix ou par écrit. Il avait coutume de dire avec beaucoup de conviction, qu'il était incroyable combien Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu le Père et de la Vierge Mère, voyait avec plaisir les chrétien*' croire et confesser cette vérité de la pureté plus que séraphique de sa Mère ; et que là Très Sainte Vierge se réjouissait aussi grandement de voir les hommes être très dévots envers s» Conception. Il ajoutait qu'on ne peut comprendre le grand fruit qite cette dévotion cause dans une âme, les récompenses et les grâces que Notre-Seigneur, lui fait et la protection toute spéciale qui lui est assurée de la part de cette tn's pure Reine des Anges,, sainte avant sa naissance et pleine de grâce dans l'instant même cjue son âme très sainte fut créée Sa plus grande joie et sa consolation consistaient à entendre parler des grandeurs de ce mystère, ou bien à lire ou entendre lire les ouvrages qui en parlaient. »
Pour donner plus de champ à l'activité de son zèle, il ne se bornait pas à transcrire de sa propre main l'office de la Conception ; le Père Guillaume Custurer atteste qu'il engageait
encore les autres à l'aider dans celte pieuse entreprise (i) et il ajoute <jue le Frère Alphonse avait lui-mè :ie fait plusieurs copii'à de I offi e Aussitôt, le fervent et tout aimant Jisciple de là Sa hte-Viergé allait les distribuer aux personnes dans le cœir desquelles il voulait exciter 01 avait déjà' fut naître la dévotion à l'Immaculée Conception. .Pour le Bonnëùr il' Alphonse, les pieux habitants de Majorque avaient le cœur tout disposé à recevoir ses salutaires conseils; car, bien quedms toute l'Espagne, on admit universellement la croyance à ce privilège singulier de la Mère de Dieu et que l'on pratiquât la dévotion à si Conception sans tac';e, cepen lânt à Majorque, pour des raisons spéciales, cette dévotion était encore plus gran le qu'ailleurs, si c'est possible.
Le 8 décembre iGI.j on célébra une fêle très solennelle en ('honneur de la très pure Conception de la Sainte-Vierge. En voici la cause : Le 23 novembre préc -d-mt, à l'ooca-ion de doctrines contraires, imprimées et affichées par des Religieux d'un antre ordre en \ue d'une dispute publique, le peuple s'était soulevé. Se conformant aux édns du Roi, le Vice-Roi avait menacé de l'exil les religieux en question, s'ils osaient attaquer la pureté de la Concept on de la Sainte-Vierge, et il v lit voulu qui la fête se fit clans la cour de son palais. Il est Impossible de décrire en quelques pages les réjouissances publiques avec lesquelles la \ilie de Palma célébra, cette année là, la fête rie sa Patrone Immaculée. Ce fut une explosion d'enthousiasme religieux, preuve non équivoque de la dévotion du peuple Majorquin envers le mystère de la Conception sans tache de la Sainte- Vierge.
Alphonse reçut assurément de ces témoignages d'amour envers sa Souveraine, la Vierge Marie, des consolations proportionnées à son t< ndre amour pour elle, et aussi à la douleur qu'il avait dû éprouver en apprenant que des personnes doctes et consi lérab es voulaient l'attaquer dans son privilège le | lus cher. Sa douleur peut se conce\oir d'apns le fait < ue nous allons raconter. Afin que le récit ne perde rien de^ son