‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 78 sur 87 · lioll · texte numérisé non relu

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intérêt, nous cédons la parole à un témoin oculaire, le Père Jean Mari mon :

« Il lui arriva un jour, pendant qu'il était en récréation avec les autres, dit ce Père, d'entendre quelques voix s'élever contre ce privilège unique de sa Reine et Souveraine. Il s'émut si fort que ce fut une chose admirable de voir ce qu'il fit, et d'entendre ce qu'il dit. Avec quelle ferveur et quel zèle enflammé il défendit ce privilège I II se leva; et debout, la main élevée, les yeux au ciel, il dit d'une voix forte : « Qu'on ne s'attaque pas à la mère de Dieu ; car bien qu'elle soit la bénignité, la douceur et la suavilé mêmes, elle a un Fils très jaloux de l'honneur de sa Mère et des anges innombrables, qui prendront sur eux de revendiquer l'honneur de leur Souveraine et de défendre sa pureté et sa noblesse. » Il dit sur ce même ton diverses autres choses ; et il ajouta « que, parmi les raisons pour lesquelles Dieu avait donné la Compagnie au monde, l'une des principales était d'enseigner et de défendre cette vérité dans la sainte Eglise. » Comme il parlait avec tant de conviction et de feu, un des Pères, qui étaient présents, lui dit : Frère Rodriguez, comment savez-vous que Dieu a envoyé la Compagnie pour défendre la doctrine de l'Immaculée-Conception de Notre-Dame? Il répondit : « Moi, je le sais d'une manière certaine » ; et, élevant la main et les yeux au ciel, il ajouta : « De là-haut, on me l'a dit. »

Quelques mois après, le Frère Alphonse tomba gravement malade ; et, afin qu'il ne mourût pas sans expliquer davantage ce qu'il savait à ce sujet et ce qui s'était passé, le Père Julian, recteur, qui était alors malade lui-même., envoya le Frère Francisco Franco, avec lequel le Frère Alphonse s'entretenait souvent et à qui il s'ouvrait facilement sur ces que-tions. Il devait lui demander, au nom du Supérieur, ce qu'il en était du propos tenu par lui en récréation, quelques mois auparavant, qu'il savait d'en haut que l'une des principales missions données par Dieu à la Compagnie était celle d'enseigner et de défendre la doctrine de l'Immaculée-Conception de la Vierge Marie, noire Heine et Souveraine. Le Frère Alphonse répondit : « Très cher Frère, je me rappelle

bien ce qui se passa alors, et il est 1res vrai que je dis ce qne vous rapportez; alors, je n'eus pas de vision corporelle, ni de révélation extérieure d'aucune sorte ; mais il me vint une forte impulsion à parler comme je le fis ; je reconnus d'une manière certaine que cette impulsion venait du ciel et que ce que je disais était la vérité d'en haut; en ce moment-ci, je tiens encore pour certain ce que je dis alors. »

Le Frère Alphonse ratifia ses paroles sur la demande du Supérieur ; tout le reste de sa vie, il persévéra dans le même sentiment et dans la môme dévotion, la recommandant à tous ceux qu'il voyait dans quelque affliction ou dans quelque nécessité (1).

Deux choses produisirent une profonde impression sur tous ceux qui virent et entendirent Alphonse en ce moment. La première est la gravité avec laquelle il affirma le privilège de la Sainte-Vierge en représentant les saints Anges et Jésus- Christ lui-même, comme devant tirer vengeance de ceux qui l'attaqueraient; la seconde fut son affirmation au sujet de la mission si honorable que la Compagnie avait reçue de défendre ce dogme et de propager ce culte. La chose en elle-même était importante; le ton du vieux Frère, l'autorité avec laquelle, lui humble coadjuteur, parla en présence d'une réunion de piètres, qui étaient des théologiens au-dessus du commun ; la preuve dont il appuya sa parole, en répondant à ceux qui l'interpellaient « qu'on lui avait dit cela d'en haut » ; en un mot, toutes les circonstances du fait présentèrent un caractère extraordinaire, qui ne se rencontre peut-être nulle part ailleurs dans la vie d'Alphonse, bien que les personnes présentes, qui toutes savaient qu'Alphonse ne parlait et n'agissait jamais avec légèreté, ne doutassent pas que son assertion ne fût véritablement confirmée par quelque révélation, néanmoins, pour plus de certitude, le Supérieur lui demanda une nouvelle confirmation au moment solennel, où il allait comparaître au tribunal du souverain juge. Alphonse répéta la même chose, sans y rien changer, et se contenta d'expliquer

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