Apoc, xiv
Moïse, lisons-nous encore, s'enfuit au désert en renonçant aux délices qu'il goûtait dans la maison du roi ; de même, ce nouveau Moïse se retira au désert de la solitude pour s'entretenir avec son Dieu ; il abandonna toutes les joies et tous les plaisirs de ce monde, en leur préférant une vie solitaire; et il commença une vie meilleure, en pleurant amèrement ses péchés, en se livrant à. de longues oraisons, à la pénitence et à la mortification. Vias tuas demonstra milti. C'est là qu'il apprit le chemin du ciel, c'est là aussi qu'il écrivit les Exercices, Dieu les lui ayant enseignés pour son prufit et pour celui du prochain.
Moïse gardant son troupeau au désert, aperçut un jour un buisson d'épines qui brûlait sans se consumer; et, comme il allait voir quel était ce mystère, Dieu lui dit de ne pas s'approcher sans avoir ôté ses chaussures. Ce buisson épineux qui brûlait sans se consumer, signifie le Dieu fait homme; et parce que Notre Père, comme un autre Moïse, se déchaussa aussi, non en ôtant ses chaussures, mais en se dépouillant de toutes :-es affections désordonnées, il put bientôt s'approcher du buisson ardent de la prière, c'est-à-dire de Jésus-Christ et de sa très sainte divinité qui, faisant un avec lui, est pareille à la flamme qui sortait du buisson. Ainsi donc ce valeureux capitaine devint un homme de grande oraison, aussi bien à l'égard de la divinité de Jésus-Christ Notre-Seigneur, qu'à l'égard de sa très sainte humanité ; car on sait quelle dévotion il eut, d'une part, envers la Très Sainte Trinité, qui se manifesta à lui d'une manière admirable; de l'autre, envers Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui lui apparut en lui disant qu'à Rome il lui serait favorable.
Dieu voyant dans cette rencontre que Moïse était un homme plein de courage, lui dit qu'il voulait le choisir pour chef et pour capitaine de son peuple ; il le fit malgré les refus de l'humilité de son serviteur. La même chose arriva à notre Père : Dieu voyant qu'il était capable de grandes choses, le choisit pour conduire son peuple et pour venger son honneur dans la lutte de l'Eglise contre les hérétiques ; et saint Ignace exécuta l'ordre divin.
Dieu dit à Moïse d'ôler ses chaussures, c'est-à-dire de se dépouiller de toute afiVction terrestre et charnelle pour converser avec lui ; purce qu'il est certain que pour un office aussi sublime que celui de s'entretenir avec Dieu, il est nécessaire de n'avoir en l'âme aucun arrière-goût du monde, et de vivre dans une extrè ne pureté à la manière des auges. C'ist ce à quoi parvint Notre Père : il se dépouilla de toutes les affrétions de ce monde ; et en abandonnant tout pour Dieu, il reçut en retour un don extraordinaire d\>raison.
Moïse s'é.antentreieuu avec Die::, le Seigneur l'envoya à la tèle de son peuple pour combattre Pharaon. Avec l'aide de Dieu, il opéra des merveilles, ensevelit Ph.iraon avec toute son armée dans la mer ronge, et délivra ainsi le peuple hébreu de sa captivité. Se voyant sauvés, les Hébreux firent de grandes fêtes et se livrèrent à des réjouissances, en rendant grâces à Dieu et en le louant de les avoir délivrés de leurs ennemis. Ce même Liieu tira saint Ignace du monde pour en faire le capitaine, le défenseur et le libérateur de son peuple. Le peuple chrétien était, en effet, déjà en grande partie captif des hérétiques et de satan ; or, avec l'aide de Dieu, notre Père les délivra de ce joug par sa doctrine et sa sainte vie ; et, après sa délivrance, le peuple chanta les louanges de Dieu, son libérateur.
Enfin de même qiu1, après avoir délivré son peuple, Dieu lui envoya la m. nne du ciel pour le nourrir; de même, Dieu récréa divinement ceux qu'il avait tirés de la captivité des hérétiques par le moyen de Notre Pè>e, en leur donnant p ur manne céleste Di u lui-même, c'est à-dire la nourriture excellente du Très Saint Sacieaient de l'autel, jusqu'à ce qu'il les conduisit dans la terre promise de là gloire éternelle .
Dt SAINT ALPHONSE RODItUM'KZ. 343
Note E