‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 81 sur 87 · LETTRE DU SAINT FRÈIIE A DES SERVANTES DE DIEU PERSÉCUTÉES · texte numérisé non relu

LETTRE DU SAINT FRÈIIE A DES SERVANTES DE DIEU PERSÉCUTÉES

0 mes bien chères (2), je vous envie un peu vos souffrances et vos persécutions; surtout si ce sont de faux témoignages, sans qu'il y ait de votre faute, comme il e-t arrivé à quelques saints. Oh ! bienheureuse l'âme que Dieu conduit par celte voie si belle, mais qui n'est pa- connue de to us ! Sachons connaître notre Dieu. Ce sont ces âmes ainsi persécutées qu'il honore à son heure au ciel et sur la terre, en les traitant comme d'innocentes servantes, qui marchent en sa présence dans la vérré. Il les \isite d'une manière spéciale et leur lait de grandes faveurs sur la terre, lorsque sans faire de retour sur elles-mêmes, elles sou firent volontiers et en silence, par amour pour lui, en lui abandonnant tout le soin >'.e leur cause, comme à un juge qui la < onnait parfaitement. Al -r- il di fend l'innocent; il prononce la sentence en sa faveur; et l'âme pieuse se dit à elle-même : « Maintenant mes affaires sont en bonne voie, parce que tout est entre les mains de mon Dieu. »

Donc, ce que je voudrais, c'est que en dépit de tout, vous recouriez aussnôtà Dieu sans murmurer en vous résignant et même en lui rendant giâces pour la faveur qu'il vous f ■ it de vous donner quelque chose à souffrir pour son amour. Je voudrais vous voir considérer comme un g' and bonheur d'êtie perS' culées, parce que vous imitez en quelque chos? le Fils de D.eu. Ainsi, dès qu'il vous arrive quelques-unes des souffrances qu'il endura, dites-lui aussitôt : «0 doux Jésus, les amours de mon âme ! d'où me vient ce grand bienfait

1. Extraite du second volume des Œuvres spirituelles, pages 272 a 276.

2. Ou peDse que ces servantes de Dieu sont ses deux sœurs, Julienne et Autonie.

que vous me fassiez votre imitateur ?» Réjouissez-vous en môme temps intérieurement et appliquez-vous à l'imiter en ce poinl-là. Par exemple, si l'on vous a méprisées, réjouissez-vous en, parce que vous êtes méprisées comme Jésus; si vous éprouvez des souffrances, réjouis>ez-vous encore intérieurement, parce qu'il les a aussi ressenties, et souffrez-les pour lui, comme il les a souffertes pour vous ; s'il s'agit Je !a pauvreté, de la faim, du froid, de la chaleur, comme il a souffert tout cela, réjouissez-vous encore de tout ce qui vous arrive de fâcheux. Dieu, en effet, nous envoie ces peines h dessein; il veut que nous en profitions et que nous les embrassions avec joie, comme un don très précieux qu'il nous fait lui-même, afin de pouvoir nous couronner magnifiquement un jour.

Pour cela, il faut se taire et embrasser étroitement les épreuves en gardant un silence absolu, afin que Dieu ne nous les enlève pas par suite de notre indigne manière de les rece- \oir. Car il arrive quelquefois que Dieu donne à une âme des peines dans le but de l'enrichir; et cette âme ingrate, ne les voulant pas endurer, les rejette, parfois même avec impatience. Alors voyant son peu de reconnaissance, Dieu les lui enlève. L'âme perd de nombreux mérites; et en outre, elle est réprimandée intérieurement par Dieu, pour avoir mal usé de la faveur qu'il lui avait faite en lui donnant quelque chose à souffrir. Ce reproche la fait rentrer en elle-même; elle supplie son Dieu avec larmes de lui donner quelque chose à souffrir pour son amour, et elle le fait avec de grandes instances, parce qu'elle reconnaît sa faute. Mais Dieu ne l'exaucera pas; et parfois elle entendra cette réponse intérieure de son Dieu : « Quand je voulais te donner des souffrances pour te faire mériter et que je t'en donnais en effet, tu n'en as pas voulu; maintenant que tu en désires, je ne t'en donnerai pas ». Cette âme sera donc confondue, en se voyant privée d'un tel trésor de mérites. Apprenons par là à aimer les tribulations et les persécutions, et à les supporter pour l'amour d'un Dieu, qui les a tant aimées et qui en a tant embrassé par amour pour nous. C'est un grand châtiment de Dieu,

lorsqu'il les enlève à une âme par sa faute. Cette âme est toute honteuse et confuse en se voyant privée des mérites très grands qu'elle pouvait acquérir par leur moyen.

Ainsi, nies bien chères, laissez-vous fouler aux pieds et maltraiter sans rien dire et avec une grande résignation intérieure ; aimez à être tenues pour mauvaises, sans toutefois en donner occasion ; aimez qu'on vous rejette du monde, parce qu'on vous juge indignes d'y vivre et bien plutôt dignes de toute sorte de persécutions; aimez qu'on vous foule aux pieds, qu'on dise du mal de vous, qu'on vous piétine comme la boue des places publiques , et essayez dans toutes ces épreuves, de conserver votre paix, comme si tout cela ne se passait pas pour vous, mais pour d'autres.

Nous devons craindre, non d'avoir des peines, mais de n'en pas avoir ; car celui qui en souffrira le plus et de plus grandes, sera le plus parfait imitateur de Jésus-Christ et le plus avant dans son amitié. Qui donc dès lors les fuirait et ne craindrait pas au contraire de n'en pas avoir? Si nous en avons, gardons le silence avec les créatures et conversons avec Dieu ; disons-lui : « Conlincz, Seigneur, à exécuter les desseins de votre saint amour sur moi; parce que, en tout, vous vonle mon bien, et tout me vient de votre main ». Notre âme ressemble au morceau de bois qui est entre les mains d'un sculpteur. Celui-ci le travaille et le taille ; et le bois se laissant travailler sans murmurer, sans se plaindre, sans se dérober aux coups, des mains de l'artiste sort une statue, parfaitement belle et achevée, d'autant plus belle d'ailleurs que l'artiste est meilleur. Si donc le céleste ariisle, notre Dieu, la sagesse infinie, nous taille par les coups tranchants de son amour et par ! s tribulations de quelle bcauf^ il revêtira nos âme-, si nous ne nous dérobons pas à ses coups, puisqu'il nous aime tant, qu'il est infiniment habile et, de plus, qu'il est tout puissant. Si le bois dont l'artiste veut faire une statue, évitait le ciseau, jamais la statue ne se ferait; de même, si l'âme échappe à son Dieu quand il la travaille, jamais elle ne serait sainte, ni imitatrice de Jésus-Christ dans ses souffrances. Pourquoi cela? Parce qu'elle ne se laisse pas tailler etembel-

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lir par son Dieu. Oui, c'est parce que nous évitons ce travail de Di-Mi sur nous, qu'il y a si peu ie pirfaits et de saints. Nous nous rechereli"ns, nous fuyons les cou;>s de Dieu; et demeurant pleins de nous mêmes, nous vivons dans une extrême dis lie de vertus.

Que votre à ne s'exerce donc a souffrir toutes les contrariétés a\ec joie, et considère la persécution comme un présent de Dieu. Laissez Dieu accomplir ses desseins sur vous sans opposition, sans répugnance. Souhaitez qu'ils s'accomplissent; et cela par un niotit d'amour, car il en résulte la gloire de Dieu et. le bien des âme.;. Si le Seigneur a commencé à remédier à vos peines, craignez que ce ne soit peutêtre parce que vous fuyez la souffrance; craignez qu'il ne vous punisse en \ous privant du mérite des souffrances. Prenez donc garde à \ous et remettez toutes choses entre les mains de Dieu; s'il est de sa plus gran le gloire de remédier à vos peines, il sauta le faire sans vous et sans le secours d'aucun autre; abandonnez-lui donc le tout et couQ.jz-vous en lui. Que l'amour propre ne vous trompe pas. Ne fuyez pas la croix sous prétexte de vertu, mais soyez mortes à tout, afin que Dieu vive en vous, il convient dans tous les événements de se faire indifférent et semblable à un animal privé de raison, en laissant Dieu disposer de soi suivant son b >n plaisir,

N'insistez pas pour que la vérité soit connue; il vous suffit que vous n'ayez pas commis de faute et quece qu'on dit de vous soit faux. Dieu se chargera de vos intérêts. En attendant., embrassez la croix, en chérissant avec plus d'amour qu'auparavant et comme de grands bienfaiteurs ceux qui vous la donnent. Voiià ce que je désire que vous fassiez, et je désire aussi que vous vous laissiez toujours diriger par le Recteur de la maison1.

Vous me demandez de vous expliquer pourquoi nous éprouvons de la crainte, non seule. lient dans la prospérité, mais aussi dans l'adversité. Je dis que dans la prospérité, la titni-

1. Le recteur du collège de Ségovie, confesseur des sœurs de saint Alphonse.

Dé saint Alphonse itODiunurcz. 347

dite et la crainte, qui ne sont mêlées ni de trouble ni d'inqniétude, naissent de l'hnmilité i;t so it an d >n de Dieu ; mais s'il s'y môle du trouble et de l'inquiétude, ii faut les fnir. Dans l'adversité, la paix intérieure est encore de l'humilité, quan I elle n'affaiblil pas l'âme L'adversité ne doit pas débiliter l'âme, mais lui faire voir sa faiblesse et s<m néant, par une connaissance expérimentale d'elle-même, qui la désil usionne au sujet de -a propre estime. D'où il s'iit que dans la prospérité, l'âme se cou iait par la lumière que Dieu lui communique dans l'oraison; et dans l'adversité, par l'expérience propre qu'elle a acquise d'elle même. Dieu lui d nne dîne deux lumières, celle de l'oraison et celle des épreuves; lumières qui se complètent mutuellement et font que l'âme s'humilie en vérité.

UDCRETDI

CANONIZATIONIS

BEATI ALPHONSÏ RODRIGUEZ

CONFESSORIS C0ADJUT0R1S TEMPÛRALIS FORJIATI SOCIETATIS JESU

Super dubio: An, et de quibus miraculis conslet io cisu, et ad effectuai de quo agilur î

Postquam sa. me. Léo Papa Xtl Beatorum fastis adscripsit Alphonsum Rodriguez, alterum insignis Societatis Jesu alumnum ; volait Deus nDvis prodigiorum signis declarare tanti viri virlutem, ut ea Sanctorum Coelitum honoribus publiée m militante Ecclesia consecretur. Hinc duo ex iis prodigiis selecta fuerunt, atque Apostolicai Sedis approbationi proposita. Divinae autem Providenlise nutu evenit, ut eorum acta nonnisi postremis his:e temporibus ad examen vocari conligerit, dum scilicet similis ageretur Causa pro Beato Claver, cujus heroicos labores in evangelizandis infidelibus atque maximarn pênes Deum meritornm copiam fulgentemque in cœlesli regno coronam, Deo inspirante, Bealus ipse Alpbonsus praenoverat. De iisdem itaque juxta praeflnitas Canonicarum Gonstitutionum régulas ter in Sacrorum Rituum Congregatione disputatum fuit: primo nimirum in cœtu Antepra?paratorio coacto VI Idus Febrnarii anni MDGCCLXXXVII in œdibus Rrni Gardinalis Garoli Laurenzi Causœ hujus Kelatoris ; secundo in Comitiis Praeparatoriis eodem anno IV Idus Julii in Palatio Apostolico Vaticano celebratis, cum inter-

vrntu Rmorum Cardinalinm sa^ris tuendis Ritibus prœpositorum ; tertio landemin GimeraliCongregatione habita praefalo anno VIII Mus Sentembris coram Sanctissimo Domino N istro Leone Papa XIII in iisilera Vaticanis Pontifiais .Elihus: ubi ciim Rmus Gardinalis Isidoras Verga, loco et vice praefati Gardinalis Rclatoris Roma ab-enlis, dubium proposuisset : An, et de quibus miraculis constet in casu, et ad effectum de quoagitur? singnli quotqnot aderant In m Rmi Cardinales, lum Patres Consultores snum ex ordiae protulerunt snffragium. Verum'amen Sanctissimus Dominu> noster decretoriam suam serçtentiam edere distul't, monendo adstantes in tarn gravi negotio in antecessum oportere orando obsecrandoque voluntaiem Dei exquirere.

Hac vero die Sanct >rium Omnium Solemnitati sacra, litato prius divino Sacrilicio, Sanctitas Sua ai se vocavit Rmos Cardinales Angelum Bianchi, Sacrorum Rituum Congregationi Prailectum, et Carolum Laûrenzi, Causoe R latorem, una cum R. P. Augustino Caprara S. Fi lei Prom tore, ac me infrascripto Secrdario, et iis a Istantibus rite pronunciavit : Constare de duobus miraculis ad invocationem Beati Alphonsi Rodrigue: palratis , nimirum de primo : Iaslantaneœ perfectœque sanationis Joaçkimœ Hocha y Rayo a splenile, quam gastrilis ac diffusa peritonitis subrequutœ sunt ; et de secundo : Subitœ ac perfeciœ samtionis Sororis Mariœ Alfonsœ Gallis monialis professa in Anluerpiensi Monasterio S. Coletœ ab hœredilario atque inveterato çançro stomachi.

Decrelum hoc evulgai i, et in Acta Congrégations Sacrorum Rituum reierri mandavit Kalendis Novembres anni aIDCCCLXXXYIL

A. Cardlxalis Bianchi S. R. C. Pr.efectus.

LaUî.ENTICS SalVATI S. H. C. SeCRKTÀRUJS.

M A JORIGE.N.

C VXONIZATIONIS

CONFESSORIS COADJCTORIS TEMPORALIS FORMATI SOCIETATIS JESU

Super diiltio: An luto procedi possit ad solemnem ejusdem Btati canonizationem?

De Beato Alphonso Rodrigucz huraili in Societatis Jesu ia laicoruiii eondiiione alumoo, merito dici potest : Similem illitm fecit (D?us) in gloria Sancforwm. Evectus enim jamdiu a Summo Pontifï e L< one XII sa. nie. ad Beaturum cullum, ad sunimos in Ecclesia honores hodie pari gradu propinquat cum Beato Petro Gaver, quera oliin adolescentem ad sanctiiatem instituit, el ad Apostolatum divino illu>tratus lumine prœparavit, itemque cum Beato J arme Berchmans coœvo, cni in morum eandore, et afleotu filiali erga Deiparam Yirginem sine labe originali conceptam simillimus fuit. Novis post indultain venerationein.eo iovocato, editis miraculis, quorum duo rite probata sunt nuperrime Apostolico decreto, die solemni Sanctorum omnium lato, in successiva Generali Sacrorum Rituum Congregatione, XVII Kal. Decembris currentis anni habita in aedibus Vati -anis coram Sanctissimo Domino Xosiro Leone Papa XIII, Mm us Cardinalis Garolus Laurenzi hujus Causae Relalor dubium proposuit : An, stante approbatione duorum miraculorum post indultam Beato

Rodriguez venerationem, tulo procedi possit ad solemnem ejus Canonizationem? Beatissimus vero Pater accepte» unanimi Rmornm Cardinalium et Patrum Consultorum pro Canonizatione suffragio supremam sententiam dare protraxit, divini consilii gratiam ad hoc intérim quœsiturus.

Tandem ut hac prima Dominica Sacri Adventus prœclar.T Causse finem imponeret, oblata prius salutari Hortia ad easdem Pontificales JEdes in nobiliori Aula solio assidens accersivit Rmos Cardinales Angelum Bianchi Sacra Ritunm Congregationi Praefectum, et Carolum L-Jurenzi Relatorem, cim R. P. Augustino Caprara S. Fidei Promotore, ao me infraseripto Secretario ; et his adstantibus, decrevit : Tulo procedi posse ad solemnem Beati Alphonsi Rod) irjuez Canonizationem.

Hujusmodi decrelum publici juris fieri, in Acta Sacrae Congregationis Rituum referri, Lilterasque Apostolicas sub jilumbo de Canonizatione quandocumque celebranda expediri mandavit, V Kalendas Decembris anni MDCGCLXXXVII.

A. Cardinalis Bianchi S. R. C Pr/Efectus L. f S.

Laurentius Salvati S. R. C. Secretarius

SANGTISSIMl IN CIIRISTO PÀTRIS

ET DOMIXI NOSTRI

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