CHAPITRE V
Prudence de la sœur Coulombe.— Elle veille sur { lis de son cœur et fait des progrès continuels dans :
On conçoit aisément qu’une charité si pleine de charme et si expansive devait exposer à de grands dangers une personne de son âge, et il lui eût été bien difficile d’y échapper, si à la simplicité de la colombe elle n’eût joint la prudence du serpent, comme nous l'avons vu ailleurs. Le démon, qui l'avait vue sortir victorieuse des épreuves les plus pénibles, ne pouvait manquer de l’attaquer dans l’exercice mème de son zèle, en lui faisant trouver du préjudice là où elle ne vou- Jait qu'être utile. Mais elle triompha de ses artifices et déjoua tous ses projets en recourant à la prudence.
Une des occasions les plus mémorables où elle ait eu besoin de cette prudence fut l’arrivée et la maladie d’un jeune protestant, riche et bien fait de sa personne, qui était venu se faire soigner à l'hôpital Saint-Patrice. C’est elle-mème qui a raconté plus tard cette circonstance de sa vie à une jeune sœur, pour l’exhorter à se tenir toujours sur ses gardes. Le malade occupait une des chambres payantes. La sœur Coulombe, dans le désir de faire du bien à son âme, avait pour lui toutes sortes d’attentions. Celui-ci, ne pouvant comprendre le secret de sa charité, pensa dans sa simplicité qu’elle voulait capter sa bienveillance. S'imaginant, selon les préjugés de sa secte, que le monastère était
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en lui: faisant connaître ce qu’elle devait faire et ce qu'elle devait éviter. Elle avait, poug ainsi dire, des yeux delynx pour voir les moindres imperfections de son intérieur. Un jour, elle dit à la supérieure que dans une retraite elle s'était sentie fortement sollicitée à demander à Dieu l'esprit de foi : « Je priai, en effet, pour obtenir ce don, et il me sembla que Notre-Seigneur mettait en mon âme comme un flambeau qui m’en montrait les plus petites taches. » A la faveur de cette lumière, elle voyait ses moindres défauts. « Mon cœur, disait-elle, est encore trop sensible aux affections humaines. Je recherche encore mes aises; j’aime encore à paraître; mon amour est encore trop humain, tandis qu’il devrait être tout pur et sans mélange. En rendant service au prochain, en me montrant condescendante envers les malades, très-souvent je me regarde moi-même. Depuis une semaine, et peut-être plus, j’ai compris ce désordre qui règne dans mon cœur, et je l’ai compris d’une manière très-claire. » Profitant de ces saintes lumières, elle mit généreusement la main à l’œuvre, et, à force de victoires, elle en vint à avoir une sorte d’horreur instinctive pour cette inclination si universelle qui port" à plaire et à rechercher l'estime. « Quand je vois des »ersonnes qui cherchent à plaire, qui s’empressent et s’agitert pour se faire remarquer, cela me donne une grande compassion pour elles, surtout si c’est à moi qu’elles veulent plaire, et cela de quelque rang, sexe ou âge qu’elles soient. Cela me fait pitié, et je dis alors : Pauvres gens, si vous me connaissiez, que vous changeriez bien vite de sentiments! Ah! que vous êtes insensés d'oublier Dieu pour plaire à une pauvre religieuse, qui avant d’entrer en religion n’était qu’un petit rien! Ah! que vous placez bien mal vos affections !... Apprenez donc qui je suis, et bientôt vous me tournerez le dos. Oui, j'estime tout le monde plus relevé que moi; mais il n’est personne à qui je veuille donner mes affections,
lire, des ctions de que dans licitée à en effet,
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