‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 108 sur 162 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Que tout le monde soit supérieur à moi, j’en conviens; mais de lui donner mon cœur, je n’en conviens pas. Quoi qu'on dise, je suis résolue à n’avoir qu’un seul ami, autour duquel je réunirai, avec le secours de la grâce, toutes mes affections : cet ami, c’est Jésus mon Époux, pour lequel je ne saurais jamais en faire assez. Pourtant, ajoute-t-elle, je n’exclurai pas de mon amitié les personnes que je dois aimer en Dieu, surtout mes chers malades ; mais je leur donnerai cela sans attache. J'aimerai aussi de cette manière tous ceux qui me conduisent à Jésus, comme les anges, les saints, les âmes pieuses qui peuvent m'être utiles. Du reste, c’est la très-sainte Vierge qui tiendra en réserve toutes ces affections de mon cœur, afin de les donner toutes à Jésus et de les distribuer à chaque persgnne selon la mesure convenable : c’est à elle à faire le partage. En effet, je ne suis plus à moi, je suis à Marie : c’est à elle que je m’abandonne sans réserve. Je la prie tous les jours de vouloir bien gérer mes petites affaires : le tout pour la plus grande gloire de Dieu. Pour notre glorieux Père saint Joseph, il a soin de mon intérieur: il y a près de quatre ans que je le salue tous les jours par les sept douleurs et les sept allégresses qu'il éprouva durant sa vie, et je crois que ce bon Père commence à me rendre ses saluts. »

La sœur Coulombe, redoutant par-dessus tout le partage de son cœur, ne cessait ainsi de veiller sur ses affections. Jésus, de son côté, lui faisait sentir qu’il ne voulait en elle aucune réserve ni aucune division. « Ce divin Maître, disait-elle, me demände une fidélité inviolable et me reproche une parole, un regard qui ne serait pas pour lui, comme je l’ai déjà écrit. Mais ce dont il semble être le plus jaloux, ce sont mes affections. Aussi ce que je crains le plus, c’est de diviser mon cœur : j’ai peur de m’attacher aux créatures, Étant obligée par mon devoir de parler et d’être constamment avec mes chers malades, j'ai demandé à mon

Jésus de vouloir bien se rendre présent à mon esprit, vai afin que je n’envisage que lui dans toutes les personnes qui à qui je dois parler. J’ai aussi prié très-instamment la sir, très-sainte Vierge de m’obtenir de son divin Fils une mèê pureté inviolable, une pureté aussi grande qu’elle peut je : l'être sur la terre, lui promettant en échange de re- vou noncer, avec le secours de la grâce, à tout le plaisir plu que je pourrais avoir dans mes entretiens, ne parlant con que par nécessité, sans goûter le plaisir qui peut se tior rencontrer dans la conversation. Je ne sais pas si Dieu cœt va m’accorder cette grâce, ajoute-t-elle avec une sim- E plicité charmante, mais j’éprouve depuis quelque temps laq un bien plus grand éloignement des créatures qu’au- ans paravant. Tout cela se fait en moi sans moi, ou du aba moins sans autre chose que la coopération. » me Du reste, ses fautes, quelles qu’elles fussent, ne la que décourageaient jamais, et elle en profitait pour s’en et, : bumilier et redoubler d’ardeur dans la poursuite de que son dessein. «Quand je commets quelques fautes, cela amo m’apprend à désespérer de moi-même et à rentrer dans aux mon néant. En voyant mes misères, je crains tant de obje pécher que je ne cesse de produire des oraisons jacu- sanc latoires : j'appelle Jésus, Marie, Joseph, à mon se- que cours. Je m'’humilie, je me soumets à mon Dieu qui veut abattre mon orgueil, et malgré mes fautes j’es- Sn père en lui, contre toute espérance. »

Au moyen de cette prudente vigilance sur elle-même et de cette parfaite confiance. en Dieu, elle avançait à grands pas dans la perfection et y faisait des progrès continuels, qu’elle ne pouvait s'empêcher d’apercevoir elle-même et qu’elle signalait en ces termes : « Avant, AY il me semblait que mon Dieu se contentait d’une direction telle quelle de mon intention; j’agissais, mais

c'était encore avec crainte. Je m'exerçais aux œuvres de charité, mais j'en gardais une partie pour moi sans en être inquiète. Je priais avec une certaine ferveur, dans laquelle je prenais quelque complaisance. Je tra-

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