LIVRE V
vaillais, mais c'était avec une certaine gène d’esprit qui me faisait craindre d’être reprise ou de mal réussir, ou de passer trop de temps à faire les choses. Et même dès que mes supérieurs étaient contents de moi, je m’occupais fort peu du reste, jusqu’au point de vouloir me faire estimer par eux. Maintenant ce n’est plus la même chose : Dieu me porte à une perfection consommée, et il faut que je lui donne toutes les affections, tous les sentiments et tous les désirs de mon cœur. »
Elle peint ainsi cet état de consommation parfaite à laquelle Dieu l’appelait : « 11 me semble depuis deux ans que je dois marcher vers Dieu par la voie d’un abandon parfait et d’un oubli total de moi-même. Il me paraît que mon amour doit être si pur et si vif, que rien au monde ne puisse le souiller ou le ralentir; et, selon la disposition ‘où je me trouve, je puis dire que les souffrances mêmes ne feraient qu’alimenter cet amour: car, plus l’amour est dégagé de toute attache aux créatures, plus il est ardent, ne regardant que son objet, sans s’oçcuper ni des souffrances, ni des jouissances qu’il rencontre. De là résulte l’heureux besoin que j'éprouve de donner à Dieu seul tout mon être. »