‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 111 sur 162 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

livre, s’abandonnant aux affections de son cœur, qui se satisfaisait ainsi par les expressions brülantes de son amour. Après ces exercices elle continuait à me parler de Dieu. Son cœur pur le voyait partout et s'élevait à lui par les plus petits objets: une plante, une mouche, un insecte suffisaient pour lui fournir matière aux plus magnifiques réflexions sur les grandeurs et la puissance du Créateur. « Oh ! que les œuvres de Dieu sont admi- « rables ! disait-elle. Quel homme serait capable de « tirer du néant le plus petit de ces êtres? Ah! si l’on « comprenait la grandeur infinie de notre Dieu, on « serait pénétré de respect en sa présence, et surtout « on ne pourrait jamais l’offenser! » D'autres fois, portant les yeux vers le ciel par les fenêtres des salles : « Voyez-vous, disait-elle, ce petit nuage? C’est la main « de Dieu qui le soutient et le conduit dans l’espace. « Pourquoi ne sommes-nous pas aussi dociles à nous « laisser conduire par le souffle du Saint-Esprit? » Quelquefois, dans les belles nuits d'été, me montrant les étoiles du firmament : « Voyez- vous, disait-elle, «a ces trois étoiles voisines l’une de l’autre? Elles sont « une image de la sainte Trinité, et racontent les « louanges des trois personnes divines. En voici trois « autres qui représentent la sainte Famille, et publient « la gloire de Jésus, Marie, Joseph. » En disant ces paroles, elle semblait animée d’un feu sacré, Je ne saurais dire l'impression qu'elle faisait sur moi. Ses réflexions étaient si belles et accompagnées de tant de charmes, que nous étions rendues à quatre heures sans presque nous en apercevoir. » C'est ainsi que le besoin qu’elle éprouvait de s’entretenir avec son divin Époux la ramenait sans cesse à s'occuper de lui dans ces pieuses causeries hôcturnes.

Sa prière néanmoins était plutôt mentale que vocale, En fait de prières vocales , elle se bornait à celles que la règle prescrit, s’appliquaut à les bien faire. » Mon plaisir, écrivait-elle, c’est la prière en union avec

Notre-Seigneur. C’est là un secret divin qui a la vertu d’adoucirtoutesles douleurs : sans la prière, que je serais malheureuse ! Je sens qu’elle est aussi nécessaire à mon âme que mon âme elle-même est nécessaire à mon corps pour le faire vivre. La prière, la tout aimable prière, c’est un baume précieux qui guérit tous les maux; car, par elle, je pénètre jusqu’à Dieu, je puis soulager les âmes du purgatoire, je puis convertir les pécheurs et communiquer avec tous les saints du ciel. Tout mon chagrin est de ne pas assez prier. Je prie , il est vrai, mais pas comme je voudrais : je désirerais me consumer pour Dieu et être toujours devant lui, ainsi que la petite lampe qui brûle devant notre petit tabernacle. »

Cet amour pour la prière reportait sans cesse son âme au pied des saints autels, même lorsque son corps était ailleurs. Les jours où le saint Sacrement était exposé, ce qui arrivait assez souvent, elle trouvait son bonheur à passer en la compagnie de Jésus tout le temps qui n’était pas pris par ses occupations. Elle s’acquittait même de ses devoirs avec plus de diligence qu’à l'ordinaire, sans précipitation néanmoins, pour avoir plus de temps à passer en adoration devant le saint Sacrement.

L'objet habituel et principal de ses prières était la sanctification du saint nom de Dieu et la diffusion de cet amour dont elle était elle-même si pénétrée. Quelquefois elle sentait un désir si vif que Dieu fût aimé de ses chers malades et de tout l’univers, qu’elle entrait dans des transports semblables à ceux qu’on admire dans sainte Thérèse. « Quand donc, Ô mon doux Jésus, s’écriait-elle un jour dans un de ses épanchements, quand donc serez-vous connu? Quand donc serez-vous aimé ! Si j'avais mille cœurs, je vous les donnerais pour que vous fussiez aimé davantage. Je dis plus : si j'étais propriétaire du ciel, si la sainte Vierge, tous les Anges et tous les Saints étaient à moi ; si je possédais

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