LIVRE V
réussi à rapprocher cet infortuné de la religion, et que peut-être ces premiers germes de grâce déposés dans son cœur ne seraient pas perdus, mais porteraient leurs fruits en leur temps.
Quand il eut quitté la maison, la sœur Coulombe et sa compagne se plaignirent fanilièrement à Dieu de ce qu’il avait laissé s’éloigner ce cher frère sans l’avoir entièrement converti. « Eh bien, disaient-elles, pour celui-là vous allez nous en donner quatre ou cinq autres. » Et, en effet, il s’en présenta plusieurs dans l’espace de trois mois, parmi lesquels quatre se convertirent d’une manière tout à fait frappante. Le dernier surtout, qui n’avait pas encore été baptisé et qui n'avait reçu aucune instruction religieuse, donna beaucoup de consolation. Il avait été confié dès son arrivée à la sœur Coulombe. Obligée souvent de le panser, et voyant son âme plus malade encore que son corps, elle ne manqua pas de tourner ses pensées vers Dieu. Elle lui rappela, dans les termes les plus touchants, combien il était bon, quel plaisir il y avait à l'aimer et à le servir. Entendant pour la première fois des choses si belles, le malade y prit goût. Frappé d’ailleurs des soins assidus qu’on lui donnait, il demande à connaître cette religion dont il n'avait jamais entendu dire que du mal. C’est alors que la sœur Coulombe se montra vraiment apôtre : se tenant au chevet du lit de son malade, elle lui rappelait que, puisqu'il n'y avait qu'un Dieu, il ne pouvait y avoir qu’une seule et même religion; que cette religion était la religion catholique, à laquelle avaient appartenu toutes les sectes qui s’en étaient séparées pour se faire une religion à leur mode ; que dans cêtte religion catholique seule il y avait une même foi, un même chef : en un mot, qu’elle avait tous les caracteres de vérité marqués dans les saints livres; et elle le lui prouvait avec la plns grande facilité. C’en était plus qu’il ne fallait pour une âme touchée de la grâce, et qui cherchait sincèrement 9*
Dieu. Toutes ses difficultés disparurent comme par enchantement. Une seule cependant restait : c'était celle de la confession. Alors la sœur, montrant à son cher patient comment la confession avait été de tout temps en usage, et combien elle était douce et facile, n’eut pas de peine à vaincre ses répugnances et à dissiper ses objections. « l'ontefois, lui dit-elle, si vous voulez vous faire catholique et recevoir le baptême, vous n’ôtes pas obligé de vons confesser, car le haptème efface tous les péchés. Maïs si Ja confession ne vous est pas nécessaire, ellu vous sera très-avantageuse pour vous exciter à la contrition, sans laquelle il n’y a point de pardon. » Le malade, ouvrant les yeux à l'évidence, ne balança plus. 1 déclara qu’il voulait se faire catholique. Il consentit même à se confesser avant son baptème, qu’il reçut le Samedi saint. La sœur Coulombe goûta ce jour-là une joie si vive, en voyant le retour de cette pauvre brebis dans le bercail, que longtemps après elle disait à la sœur qui l'avait assistée dans cette occasion : « Vous rappelez-vous les heureux jours que nous avons passés ensemble? Quel bonheur, n’est-ce pas, nous avons goûté le Samedi saint ! »
IL arrivait cependant assez souvent que plusieurs. malades s’en retaurnaient, après avoir reconvré la santé du corps, sans avoir recouvré celle de l’âme,. Alors la sœur Coulombe était inconsolable, Elle l'était encore davantage, lorsqu'elle voyait mourir de pauvres protestants sans avoir reconnu la fausseté de leur religion. Un jour qu’un de ses malades était mort de la sorte, elle faillit en mourir elle-même de douleur. « Est-il possible, disait-elle, qu’ilsoit mort dans la disgrâce de Dieu ? » Elle allait et revenait à la chapelle des morts, le regardait comme si elle eût voulu le rappeler à la vie. Tant que le malade avait vécu, elle n’avait cessé d'espérer. Elle allait chercher les sœurs, et, les amenant près de lui: « Voyez, disait-elle, s’il n'est pas digne de tonte votre compassion, ce pauvre homme ?
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