‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 123 sur 162 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La sœur Coulombe est nommée première pharmacienne, — Comment elle s’acquitte de son emploi. — Désir immense qu’elle a de devenir sainte,

La suppression de l'hôpital Saint-Patrice étant donc décidée, la supérieure rappela les sœurs de cet hôpital. Elles quittèrent cet établissement le 12 mai 1860, et y furent remplacées par les sœurs de la Congrégation, qui ont établi là, comme on l’a dit, un magnifique pensionnat. Le nouvel Hôtel-Dieu du Mont-Sainte-Famille n’étant pas encore en état de recevoir toutes les sœurs, celles de Saint-Patrice revinrent à la communauté, qui était encore à l’ancienne maison de la ville, dans ce vieil Hôtel-Dieu qui, depuis plus de deux cents ans, a produit tant d’héroïnes de la charité chrétienne.

Malgré la joie de rejoindre ses sœurs dans la maison mère, la sœur Coulombe ne quitta pas sans une peine sensible l'hôpital Saint-Patrice, où elle avait reçu tant de grâces, et où Notre-Seigneur lui avait donné bien plus que le centuple de ses nombreux sacrifices. Elle fut plusieurs jours à se remettre de: son émotion; mais son grand esprit d’abnégation et de conformité à

la volonté de ses supérieurs lui fit supporter avec résignation cette nouvelle épreuve.

206 VIE D'ADÈLE COULOMRE.

Le 4 septembre suivant eurent lieu, selon l'usage, les élections. Notre-Seigneur, qui voulait faire éclater aux yeux de toute la communauté le mérite et les vertus de la sœur Coulombe, permit qu’elle fût nommée première oflicière à la pharmacie. Sa surprise fut extrême en se voyant élevée à cette charge importante, qu'elle regardait comme bien au-dessus de sa capacité et de son mérite. Jusque-là elle avait travaillé en second, et s’était toujours estimée heureuse de pouvoir ainsi pratiquer l’obéissance en remplissant des fonctions subalternes. Et à présent elle se voyait tout à coup chargée d’un des principaux offices, et peut-être du plus difficile qu’il y eût dans la maison, à cause des relations fréquentes et multipliées que la pharmacienne doit avoir avec toutes sortes de personnes, soit du dedans, soit du dehors. Les élections terminées, elle alla trouver la supérieure, la remerciant humblement de la contiance qu’elle voulait bien lui témoigner. « Mais vous savez bien, notre mère, lui disait-elle, que je ne suis propre à rien. Vous me donnez un office où il faudra toujours commander, moi qui n'ai jamais su que suivre la direction des autres. De plus, je n’ai ni santé, ni capacité; je n’ai pas de mine, ni d'extérieur. Je ne sais ce que vont dire messieurs les médecins : ils vont être

bien contrariés. Cependant je suis entre vos mains;

faites 2 qu’il vous plaira. » La supérieure lui répondit : « Allez, ma sœur; que cela ne vous occupe pas. Prenez votre office; ne cherchez qu’à plaire à Notre-Seigneur, et à être utile à nos chers malades. » La sœur ne répliqua point; mais, saluant respectueusement la suns-

rieure, elle s’en alla devant le saint Sacrement, où it

s’offrit à Notre-Seigneur et consacra son office à la trèssainte Vierge, en lui demandant sa bénédiction.

Cette div:ne Mère la bénit, en effet. Les succès éclatants dort D..u corronna “és travaux prouvèrent bien que c’est en chéissant que l’on apprend à bien commander; car, de l'avis de la supérieure et des sœurs,

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