‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 124 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

jamais office ne fut mieux rempli que celui-là. Tout se faisait sans bruit et dans un silence parfait. Jamais on ne l’entendait se plaindre des fatigues et des tra casscries qui sont inévitables quand on a à répondre à tant de personnes, Elle avait, en effet, comme on l’a dit, à traiter, non-seulement avec ses compagnes d’office et toutes les sœurs des salles, avec les malades, mais encore avec les pereonnes du dehors qui venaient à la pharmacie cher her des remèdes, avec les docteurs et enfin avec les étudiants en médecine qui accompagnaient ces docteurs dans leurs ‘visites, Dans toutes ces oceupations extérieures, la sœur Coulomba s’exécuiait gaiement, et, malgré son attrait pour la prière et pour la visite au saint Sacrement, jamais on ne la vit manquer à aucun de ses devoirs pour satisfaire sa dévotion, bien persuadée que la meilleure prière pour elle, c'était l’accomplissement de ses fonctions. à

Elle traitait ses compagnes d'office avec douceur et cardialité, sans leur rien passer toutefois, leur faisant la correction toutes les fois que c'était nécessaire. Ella disait naïvement : « Si quelque chose ne va pas bien, j'aime mieux le dire tout de suite : c’est le moyen d’avoir la paix, » Elle les mettait à l’aise , et leur laissait la liberté de tout voir et manier dans son office, leur recommandant seulement d’user de ménagement et de précautions. On n’apercevait pas en elle l'ombre même de l'esprit d’égoisme, de propriété ou de suffisance. Elle tenait la main au bon gouvernement de un dépa: ‘.aent avec une grande sagesse, se montrant économe sans avarice, généreuse sans prodigalité, donnant de bonne grâce tout ce qu’elle pouvait donner. Aussi s’adressait-on à elle sans avoir à craindre aucun refus désagréable, Son extrème douceur ne l’'empêchait pas pourtant d ètre ferme dans l’occasion. Un jour, une de ses compagnes voulut faire un petit changement dans l’apothicairerie : « Je ne demande

pas mieux, dit-elle; mais auparavant je désire en parler à notre mère, afin de savoir si elle l’approuvera.» Sa complaisance envers les sœurs était sans bornes. Elle cherchait même à les égayer, mais toujours en les édifiant. Dans une soirée d'été, et pendant la récréation, comme elle préparait des remèdes avec une d'elles, un oiseau, qui était venu se percher sur un arbre voisin de l’apothicairerie, se mit à chanter. Sa compagne l’ayant fait remarquer à la sœur Coulombe : « Moi aussi, dit-elle, je l’ai remarqué, ce cher petit oiseau. C’est à son doux ramage que je dois ma conversion et le goût de la solitude. Il y a quelques années, faisant mon heure d’adoration à la paroisse, je l’entendis tout à coup chanter dans le jardin du séminaire. Cela me fit une telle impression, qu’à l'instant, je ne sais comment, j’éprouvai le dégoût du monde et de ses vanités, le mépris de toutes les choses créées. Je savourais le bonheur de la solitude, et j’enviais ses charmes et ses beautés. IL me semblait entendre Notre- Seigneur m'adresser du fond du tabernacle ces paroles : Je conduirai l’âme dans la solitude, et là je parlerai à son cœur. Je considérais le bonheur d’une âme qui, fidèle à la voix de ce divin Époux, se dépouille de tout, se quitte elle-même pour vivre cachée en Dieu. De fait, ajouta-t-elle, n’est-elle pas heureuse? Ah! les petits oiseaux sont en ce point bien plus sages que l’homme. Eux, ils ne s’attachent à aucun lieu; ils ne prennent que ce qui leur est nécessaire, et, quand ils ont trouvé leur pâture, ils s’envolent, remplissant les airs de leurs joyeux gazouillements, et remercient ainsi Celui qui leur a donné la vie. L'homme, au contraire, s’attache à tout, même à un brin de paille; il abuse de tout, et ne songe même pas à remercier Dieu de ses bienfaits. Tenez, ma sœur, fit-elle en riant, 1l vaut mieux pour nous imiter les petits oiseaux du bon Dieu. » Puis, reprenant son sérieux : « Qu'est-ce que l'estime du monde, les louanges des hommes, les plaisirs de la vie ?

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