LIVRE VI
qui viennent la consulter ou acheter des remèdes. La sœur Coulombe leur donnait ses avis d’un ton ferme et assuré , répondait aux différentes questions nettement et sans hésitations , selon ses lumières et la grâce d'état que Dieu ne refusait pas à une âme si fidèle et si dévouée. Elle prenait mème en certaines occasions un petit air d'importance qui faisait rire parfois sa com-— pagne. Quand elles étaient seules, celle-ci lui disait par manière de plaisanterie : « Vraiment je vous admire! Vous avez l’air de faire l’entendue et de vous en faire accroire. — Croyez-vous donc que j’aime cela, ré-
pondait l’officière avec un aimable sourire! Oh! non;
mais voyez-vous, notre mère m'a dit de ne jamais paraître embarrassée sur rien, mais de payer de contenance, et de me présenter là comme une personne au-
dessus de ses affaires , afin de conserver la confiance de
ceux qui s'adressent à moi. Quelquefois je ne sais guère
que répondre. Alors je me dis : Courage, mon âme ; l’obéissance en avant ! Et puis Notre-Seigneur, qui est toujours prêt , ne.se fait pas attendre ; un petit cri du cœur suffit pour qu'il m’inspire la réponse. »
Quant aux docteurset aux étudiants que la sœur Coulombe voyait à l’apothicairerie ou qu’elle accompagnait dans les salles , ils étaient ravis de son air modeste et obligeant, comme aussi de son iact et de son intelligence pour la préparation et l’application des remèdes. Ils admiraient surtout sa générosité et son esprit de sacrifice. «Cette petite sœur, disaient-ils, se mettrait à l'eau pour ses malades. » Sa branche spéciale dans la pharmacie, c’étaient les pansements; comme les médecins connaissaient son habileté en ces opérations, ils les lui abandonnaïent facilement, avouant qu’ils ne pouvaient mieux faire qu’elle. La sœur profitait de cette confiance, pour leur adresser à eux-mêmes quelques mots propres à leur rappeler les pensées de la foi, à l’occasion de leur ministère auprès des malades, et d'ordinaire ces paroles produisaient leur effet. L’un
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d’entre eux a témoigné combien il fut frappé d’un mot qu’elle lui dit, un jour qu’il passait auprès d’un mourant : « Docteur, voilà l’état où nous serons réduits! » Celui-ci feignit de ne pas faire attention; mais depuis il a avoué que cette simple parole avait produit sur lui une impression profonde. « Ne soyez pas surprise, disait-elle un jour à sa compagne, si je ’attaque ainsi quelquefois aux médecins : c’est que dans leur profession, s’ils la remplissent bien , ils peuvent en soignant chrétiennement les malades faire autant de frait que les prêtres. » Elle se montrait à leur égard très-affable, très-polie, mais en mème temps très-réservéé , sans contrainte toutefois et sans affectation, leur montrant beaucoup de déférence et de dépendance dans l’administration des médicaments, ce qui les attachait à la maison et au service des malades. Elle exécutait fidèlement leurs prescriptions, et le lendemain, quand ils venaient faire leur visite , elle leur rendait compte des différents incidents qui pouvaient les intéresser. Aussi tous l’estimaïent-ils, admirant dans cette petite sœur pharmacienne un tel ensemble de grâces, de talents et de vertus , qu’ils disaient d'elle : « Cette sœur à Fair d’une enfant de quinze à dix-huit ans; mais on luien donnerait quarante ; ou plutôt, elle a déjà la sagesse des anciennes sœurs, »
Avec les étudiants en médecine qui suivaient les docteurs à la visite des malades, elle était grave et modeste. Elle usait envers eux d’une grande douceur, mais dans l’occasion elle savait être ferme. Quoiqu'ils fussent en général d’une conduite honorable et d’une tenue parfaite quand ils accompagnaient les docteurs dans les salles, quelques-uns néanmoins étaient tentés de s’oublier, surtout dans certaines salles. Alors la sœur ne manquait pas de remplir son devoir. Elle ne pouvait souffrir qu’on se permit de rire ou de se moquer des malades, de leurs défauts naturels, ou des termes faiuiliers qu’ils employaïient pour répondre aux questions
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