‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 130 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

sainteté. Mais, pour me faire mieux comprendre, il me semble que quand même je n’aurais aucune raison qui m'y obligeât , dès que je saurais plaire à mon Dieu en devenant sainte , je me ferais un devoir d’y travailler de toutes mes forces. Oui, mon Dieu , vous qui sondez les cœurs et les reins, vous savez bien que mes désirs tendent uniquement à vous plaire. Vous savez que si je veux me sanclifier, ce n’est ni pour jouir, ni pour ètre honorée, ni pour boire à la source pure de vos ineffables délices, dont vous inondez vos élus même ici-bas, tant vous êtes bon pour eux; mais c’est uniquement pour vous plaire. Aussi, quand même je n’aurais d’autre récompense de mes travaux que celle de plaire à mon Dieu, je m'en contenterais et je serais pleinement satisfaite, m’estimant infiniment heureuse de pouvoir faire plaisir à ce Dieu que j’aime de toute l’étendue de mon âme. Je gémis sur le temps où mon cœur trop avare ne pouvait se contenter de Dieu seul, cherchant du soulagement dans les créatures, sans jamais pouvoir contenter ses désirs insatiables ; mais à présent mon cœur si étroit s’est élargi, et il peut dire, ce me semble , ces paroles du sacré Cantique qui n’ont toujours fait une si forte impression : Je me suis assise à l'ombre de Celui que j'ai tant désiré, et son fruit est doux à ma bouche (1). O0 Jésus, doux rafraîchissement des âmes pures , vous êtes maintenant pour moi cette ombre bienfaisante où mon âme , fatiguée de ses longues et inutiles courses au milieu des créatures, peut enfin se reposer et goûter, quoique très-indigne, la douceur des fruits que vous réservez à ceux qui vous aiment. Oui, jecomprends mieux que jamais que Dieu seul suffit à une âme , et. qu’il est pour elle une sacrée surabondance , une sainte plénitude, une source de jouissances pures qui lui font oublier tout le reste pour ne s'occuper que de lui. L'univers, avec tout ce qu’il

(1) Cant., 11, 3.

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renferme, ne me semble plus rien. Aussi mon âme, uniquement jalouse de plaire àson Bien - Aimé, s’inquiète fort peu d’être connue des hommes; contente de l'œil divin qui la regarde , elle se tourne avec honheur vers cet adorable soleil de justice. Ainsi qu’une petite fleur des champs, elle lui ouvre son calice, afin de recevoir de lui sa blancheur et sa beauté, trop heureuse si elle peut passer sur la terre inconnue et oubliée, semblable à cette petite violette qui naît, qui vit et qui meurt sans qu'aucune main se suit présentée pour la cueillir, tant elie a été cachée à tous les regards.

« Cependant quelque chose, poursuit-elle, me peine en ce moment : c’est la pensée que, malgré tous ces bons désirs qui me rempiissent , malgré ma ferme résolution de ne plus respirer que pour Dieu seul , je suis encore si exposée à le perdre. Mon inconstance est si grande, ma misère est si profonde, que je crains de trahir mon Dieu et de nr'éloigner de lui. IL me semble que dans ce moment la mort me serait un gain, tant je crains de perdre ce Dieu que j'aime et pour l:suel je soupira avec d’incroyables ardeurs. Mais pourquoi donc n'afiliger ? Ne puis-je pas tout en Celui qui me fortitie ? N’ai-je pas le secours de la très-sainte Vierge? Je crains, oui, je crains plus que je n’ai jamais fait; mais en même temps je me console, et ce qui fait ma consolation, c’est mon abandon. Je m'abandonne à Dieu, sans réserve ni mesure ; je m'abandonne également et à sa bonté et à sa justice. Dès lors qu’ai-je à redouter? Pour son amour, je m’éloigne de toutes les créatures : comment , lui, pourrait-il s'éloigner de moi? Malgré le grand désir que j'aurais de mourir, je | m'offre à lui pour passer de longues années sur la terre, | s’il le veut : comment pourrait-il me perdre après cela ? Ma crainte est ainsi toujours accompagnée de confiance et ne me trouble pas; elle me porte seulement à crier! sans cesse miséricorde , à me tenir bien petite devant] Dieu, et à m’abimer dans mon néant. »

on àme, < La grande sainte Catherine dont nous faisons auné, s'in- jourd’hui la fête, ajoute-t-elle encore, m'a obtenu bien

contente des grâces. J'avais fait une neuvaine dans le pressenvec hon- timent qu’au jour de sa fète elle n'obtiendrait plusi qu'une sieurs faveurs : mon attente n'a point été trom pée. Dès

lice, afin hier au soir, cette grande sainte à commencé à me

trop heu- donner une vive lumière sur le bonheur qu’il ya de et oubliée, vivre en solitude avec Dieu, à fermer son cœur à tout i vit et qui le créé, pour en faire un sanctuaire vivant où retenée pour la tissent des lonanges continuelles, y ajoutant les gémis- | ards. sements que lait pousser à ce panvre cœur la vue de \ , me peine tant d’âmes qui se perdent pour toujours, et ne verront À

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