‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 132 sur 162 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Devniers travaux de la sœur Coulombe à l’ancienne maison, — Dépérissement de sa santé, — Son zèle pour la gloire de Dieu augmente.

Le nouvel Hôtel-Dieu étant à peu près terminé, on y transféra, au mois de janvier 1861, la communauté des sœurs et le plus grand nombre des malades qui babitaient l’ancien hôpital. Rendant compte de ce départ quelques mois après à un prêtre qui avait rempli dans la maison la charge de chapelain, elle dit : « Nos plaintes et nos gémissement , quelque touchants qu'ils puissent vous paraître, n’approcheront jamais de ce qu’ils furent en réalité. Les personnes seules qui en furent témoins purent comprendre la grandeur de notre affliction par les larmes abondantes qu’elles virent verser à celles d’entre nous qui quittaient ce monastère vénéré, qu'elles ne devaient plus revoir, et qui en partant semblaient vouloir ensevelir dans ces chères ruines leur joie et leur amour, comme aussi de celles qui, demeurant sur les lieux, devaient voir tomber pièce à pièce cet asile sacré qui depuis deux siècles avait abrité nos mères , et où nous-mêmes avions goûté des joies si pures. Le 31 janvier, qui était un jeudi, fut choisi pour le service de nos chères sœurs défuntes, et suivi de la translation de leurs restes précieux à notre nouvelle maison du Mont-Sainte-Famille. Le service commença à huit heures, et fut chanté par Mar de Montréal. Les cercueils , au nombre de vingt-trois, dans lesquels étaient réunis tous les ossements de nos premières mères et de nos chères sœurs décédées, furent placés en forme de pyramide dans la nef de l’église, et recouverts d’un grand drap blanc, orné de fleurs. C'était un spec-

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tacle touchant de voir dans cette petite église tendue de noir, la première et la-plus ancienne de Montréal, de voir, dis-je, notre vénéré prélat célébrer pour la dernière fois le saint sacrifice de la messe dans cette en- | ceinte sacrée qui allait disparaitre pour toujours... On eût dit que le peuple plein de foi de Montréal et des campagnes d’alentour avait eu le pressentiment de ces adieux touchants, et qu'il se vendait en foule à l'Hôtel- Dieu, comine pour as-ister à ses funérailles et lui donner une derniere marque de son attachement, Tous les assistants étaient émus. Monseigneur lui-même ne put cacher l'émotion dont il était pénétré, Il était en présence des corps de nos chères défuntes, qui étaient sur le point de laisser pour toujours cet ancien monastère, Lui-même allait dire un éternel adieu à ce sanctuaire béni, à cette chère relique du passé, à ce vieux monastère de l’Hôtel-Dieu, qui allait terminer sa noble carrière. Notre digne supérieur fit l'éloge de nos chères

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défuntes. Il s’attacha surtout à montrer l'honneur que | Dieu rendait et faisait rendre dans ce jour solennel à ces grandes hospitalières dont l’unique soin avait été de | se cacher et de dérober sous les ombres du cloitre les Î

vertus héroïques qu’elles pratiquèrent si couragensement. Après le Libera, Monseigneur dit à l'assemblée qu'à partir de ce moment on ne célèbrerait plus le saint sacrifice dans cette église, et qu'on allait en retirer immédiatement le saint Sacrement. Cette annonce, qui pénétra vivement tous les assistants, fut pour nous comme le signal de la désolation la plus complète. Et, en effet, le moment du départ était arrivé. Celles L d’entre nous qui devaient partir se rendirent à la procure des pauvres, où elles devaient prendre des voitures, tandis que nos chères et bien-aimées défuntes étaient transportées dans des corbillards. La veille, ajoute-t-elle, afin de ne pas troubler le lendemain le

adieux. Nous étant toutes réunies au chœur, vers les

sept heures, nous récitâämes le Miserere, pour demander pardon à Dieu des fautes que nous avions commises dans cette sainte maison. Notre Mère fit une amende honorable au très-saint Sacrement; après quoi, étant sorties dans l’avant-chœur, nous fimes pour la dernière fois ces adieux si tristes et si touchants , que les larmes et les sanglots venaient seuls interrompre notre douleur, qui était à son comble. En effet, pour un grand nombre, c'était le dernier soir qu’elles devaient passer dans ce monastère béni, témoin de tant de vœux et de bonheur. Plusicurs s’agenouillaient aux lieux où elles avaient reçu plus de grâces, et baisaïent avec transport ces murs sacrés, qui les avaient dérobées à la vue du monde. Toutes, et chacune en particulier aurait désiré en sortir la dernière, pour baïser, après toutes, cette terre sacrée, source de tant de bénédictions. Dieu seul comprit tout ce que durent éprouver nos anciennes sœurs dans ce pénible instant; mais il faut espérer que Dieu, si libéral et si riche en miséricorde , aura bien récompensé ce douloureux sacrifice, fait pour son amour. » Cette lettre est du 21 mai 1861.

Il ne resta qu’un petit nombre de religieuses pour le service dés orphelins et de quelques malades qui occupaient encore deux salles. De ce nombre fut la sœur Coulombe.

Les grands travaux que dut nécessairement occasionner cette translation au nouvel Hôtel-Dieu achevèrent d’épuiser ses forces. Elle fut obligée, en effet, de déménaser Pancienne pharmacie, que les ouvriers allaient démolir, et d’eu créer une autre temporaire pour les malades qui lui restaient ; ét ce qui rendait encore ce travail plus pénible, c’est que la nouvelle office qu’elle avait à garnir était située au second étage et à une assez grande distance de l'endroit où elle avait réuni les objets que contenait l’ancienne apothicairerie. On était alors au cœur de l'hiver, et la bonne sœur passait les journées entières dans une chambre sans feu, d’où,

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