‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 133 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

aidée de ses deux compagnes, il Ii fallait porter au second étage tous les paquets, boites, flacons, etc., qui lui étaient nécessaires dans sa pharmacie provisoire.

Enfin , les derniers malades ayant quitté l’ancien

Hôtel-Dieu , elle dut proccder à un second déménagement, et tout envoyer au Mont-Sainte-Famille. Dans toutes ces opérations elle prit une peine infinie, pour ne laisser perdre aucun des objets de l’apothicairerie. Sa conscience si délicate se fût reproché la moindre négligence en cette matière. Tout était disposé dans un ordre parfait, jusqu'aux petites ficles qu’elle avait enveloppées avec soin une à une dans de la paille, et si bien , que pas une ne fut brisée dans le transport, La sœur chargée de la pharmacie au nouvel hôpital ne pouvait comprendre qu’elle eût pu se donner tant de peine avec sa santé déjà si délabrée : « Comment donc avez-vous fait , lui disait-elle, pour empaqueter tout cela avec tant de précautions ?— Ah! répondait la sœur Coulombe , j'avais tant à cœur de ne rien détériorer, que je ne me suis pas épargnée, » Cette conduite n’était pas inspirée par un esprit de minutie ou d’économie mesquine ; mais, en tout cela, ellé considérait Notre- Seigneur qui voulait qu'elle prit cette peine et ces soins si attentifs, pour ne faire aucun dommage à ses meme bres souffrants.

Après le déménagement de la pharmacie, elle demeura quelque temps encore à la ville avec ses sœurs, et, malgré sa fatigue et son épuisement, elle se rendit encore très-utile en travaillant au dépôt des pauvres, où la supérieure l'avait mise pour aider la dépositaire à faire le relevé de tous les anciens actes passés depuis le commencement de la fondation de la maison. «Cest alors, dit la dépositaire, que je fus à même d'admirer sa parfaite obéissance par la manière dont elle s’acquitta de ce travail si nouveau pour elle, et par conséquent très-difficile. Elle s’arma de patience et de courage pour s'initier aux affaires et apprendre à connaitre lestermes

de SR RARES DT © À mdr

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de loi renfermés dans ces actes. Ce ne fut donc qu’à force d'étude et à l’aide d’un dictionnaire qu’elle parvint à fa're ce que l’on attendait d'elle. En effet, sa persévérance fut couronnée d’un plein succès, car son travail est très-bien fait et nous est d’une grande utilité. Je ne pouvais me lasser d'admirer son esprit d’abnégation et d’obéissance. Elle ne perdait pas une minute. On la voyait toujours ayant un acte à la main et le lisant avec la plus grande application, si bien qu’on aurait dit qu’elle y trouvait son plaisir. Lorsqu’elle passait près de la procure, en revenant de la pharmacie, s'il lui restait encore quelques minutes avant une observance, elle entrait tout de suite et se mettait en travail, montrant par là combien elle était jalouse de mettre à profit tous ses moments et d’obéir sans réserve. De retour à la pharmacie, elle disait piaisamment à ses compagnes : « Ah! mes sœurs, si « vous saviez comme on me fait pratiquer le renonce- « ment à la procure! Mais n’importe, avec la grâce « de Dieu, je ferai tout ce qu’on demande de moi. »

Lans le même temps, elle n’édifiait pas moins ses compagnes par sa charité envers les malades que par son grand esprit d'abnégation. « Une nuit que nous veillions ensemble pour faire nos écritures, raconte la même dépositaire, un pauvre malade qu’on nous avait apporté les mains gelées se mit à se plaindre bien fort. La sœur Coulombe ne put entendre ses cris déchirants sans être attendrie. Elle se lève aussitôt pour voler à son secours. Lui ayant fait remarquer qu’il n’y avait pas longtemps que le malade avait été pansé, je l’engageai à se rasseoir, ce qu’elle fit, mais non sans se faire une yrande violence. Elle s'était remise à éerire, lorsque les cris recommencèrent. Cette fois elle n’y tint plus. Soudain elle se lève, et s’élance vers le malade. N'ayant point fait attention, dans sa précipiiation, à une pièce de bois qui se trouvait près d’elle, elle alla se heurter contre le poële. Elle se fit bien mal;

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