LIVRE VI
de moi jusqu’à me faire verser des larmes abondantes ces jours-ci, pour les reproches que No‘re-Seigneur va m'adresser sur mon peu de fidélité à la grâce. Cependant je m’abandonne à la sainte volonté de Dieu. » D’autres fois, elle semblait avoir peine à se résigner à mourir si jeune. « J'aurais bien voulu, disait-elle à la supérieure, servir encore la communauté, que j'aime tant et à laquelle j'ai tant d'obligation. Vous savez, en effet, notre mère, que je n'étais qu’une pauvre petite quêteuse, et la communauté a bien voulu me recevoir. J'aurais désiré la dédommager par mon travail. Il est vrai que je n’aurais jamais fait grand’chose, mais du inoins j'aurais fait preuve de bonne volonté. »
Au milieu de ses frayeurs, elle ne laissait pas de s’abandonner toujours pleinement au bon plaisir de Dieu; et, comme son mal allait toujours croissant, elle ne songea plus qu’à faire sa préparation prochaine à la mort, en commencant une vie encore plus sainte. Voyant qu’il n’y avait plus d’espoir de guérison, la sœur infirmière la laissa suivre ses attraits. Toute ma- Jade qu’elle était, elle se levait tous les matins à cinq heures pour faire l’oraison avec la communauté, et elle descendait au chœur presque tous les jours pour faire la sainte communion. Elle entendait toutes les messes qui se disaient à la chapelle. Elle restait au petit jubé de l’infirmerie pour réciter son oftice avec les sœurs, même les matines, le soir à sept heures et demie, après lesquelles elle allait prendre son repos. Tous les jours elle faisait le Chemin de la croix avec une grande piété. « Je la suivais, dit l’infirmière, et, sans qu’elle s’en aperçût, je la regardais : elle était à genoux, immobile, comme plorigée dans une méditation profonde. Outre l'heure d’oraison du matin, elle en faisait encore une d’une heure après diner et une autre après le souper. Jamais elle n’omettait ses examens
particuliers et généraux, r' ses lectures. Le reste du
temps, elle s’occupait à laver la vaisselle des sœurs
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malades, à balayer l'infirmerie, à rendre aux sœurs toutes sortes de petits services, écrivant pour elles, ou bien raccommodant leurs hardes, ayant soin d’honorer dans la distribution de son petit travail la sainte Trinilé, ou la sainte Famille, les cinq Plaies de Notre- Seigneur, les sept Effusions du précieux sang, les huit Béatitudes, les neuf Chœurs des anges, les quinze mystères du Rosaire, « Tenez, dit-elle un jour à une sœur dont elle avait rapiécé le voile en quinze morceaux, vous avez tout le Rosaire sur votre tête. »
Étant enfin devenue trop faible pour se livrer à ces sortes d'ouvrages, elle faisait de la dentelle pour la sacristie, disant souvent qu’elle éprouvait un grand plaisir à s’orcuper ainsi de l’ornement des autels. Elle travaillait mème sur son lit. N’étant plus capable de réciter l'office, elle ne laissait pas que de se rendre auprès du chœur pour le réciter au moins intérieurement, et, le soir, elle avait soin de se reposer sur son lit depuis six heures et demie jusqu’à sept heures et demie, afin de pouvoir assister à matines. Enfin, quand elle ne fut plus en état de se lever : « Je remarquai, dit l'infirmière, qu’elle ne parlait jamais pendant le temps de la sainte messe et de l'office, mais qu’elle se tenait unie à Dieu et aux sœurs qui étaient au chœur, »
Elle se trouva réduile à cet état de faiblesse au commencement de l’année 1862, et le 10 janvier elle traçait, d’une main tremblante et mal assurée, les lignes suivantes, qui sont les dernières qu’elle ait écrites : « Je veux déclarer aujourd’hui que, sans avoir presque rien fait par moi-même, je me trouve au comble du bonheur. Et pourquoi? parce que je vois une main misé-
ricordieuse qui, malgré mes infidélités et mes résis- |
tances, a toujours travaillé sur moi et pour moi, sans jamais se rebuter de mes ingratitudes. Cette main de mon Époux m’a conduite, dans ces derniers temps, par un excès de bonté, jusqu’à la profondeur de l’abime
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