‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 142 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

de mon néant; elle m’y a fait descendre par degrés, tantôt en m’humiliant à l’intérieur, tantôt en me ménageant des humiliations extérieures, en permettant qu’on ne fit plus de cas de mai... Ces petites humiliations, jointes à certaines lumières qui me furent don-

nées, finirent par me persuader que je n’étais, en :

effet, qu’un pur néant. Je reconnus alors l'injustice de mes petites plaintes durant ces jonrs d'épreuves et d’oubli. J'en eus une confusion si grande, queje ne savais plus où me cacher. L'endroit le plus obscur et le plus bas de la maison me sernblait être trop honorable pour me loger. Toutes mes sœurs m’apparaissaient bien au-dessus de moi, parce que je les voyais souffrir sans se plaindre de bien plus grandes peines que les miennes. J'étais tout affligée d’avoir si mal porté les petites croix que moi : ::: m'avait imposées. J'avais le cœur si brisé de dou, et j'étais si confuse, qu’il ne me fut plus possible de sortir de mon néant, dans la conviction où j'étais que si j'en sortais je ferais encore de plus grandes chutes. Depuis ce temps je fais mes délices de demeurer dans cet abime. Là, toute petite, tont anéantie, toute cachée aux regards des créatures, je peux, en toute liberté, faire entendre au ciel mes cris et mes gémissements. Inconnue même de ma communauté, qui, je pense, ne s'occupe pas des grandes grâces que je reçois de mon Bien-Aimé, je suis par là même plus en assurance. J’ai l'espoir, oh! oui, j’ai le doux espoir de mourir inconnue de toutes, comme j'ai tâché, par la grâce de Dieu, de vivre toujours cachée. D'ailleurs la grande affection que mes sœurs me portent sert plutôt à m’anéantir davantage qu’à m’élever. En effet, quand je les, entends se recommander à mes pauvres prières avec tant d’instances, je me sens toute couverte de honte et de confusion, et je ne puis que leur dire : «Si Dieu daigne me faire miséricorde, je ne « vous oublierai pas; » tandis que je me dis intérieurement : Ah! pauvres sœurs, vous serez bien trompées

FFE

D re :

un jour, quand vous reconnaitrez combien j'étais misérable ! Je ne puis nier que Dieu ne in’ait fait bien des grâces qui auraient pu frire de moi un séraphin, si j'eusse été plus fidèle ; mais, hélas ! je ne pui. me rendre le témoignage ‘y avoir bien correspondu, et voilà ce qui me fait trembler. Dieu ne me donne plus aucun attrait, sinon de me tenir comme un meuble inutile, qui ne doit plus occuper l'esprit de personne, demeurant aussi oubliée qu’un meuble vermouiu qu’on a jeté dans un coin pour s’en débarrasser, et qui demeure là des mois et des années ‘ont couvert de poussière , sans que personne y pense ou s’en occupe. »

Cet écrit nous laisse apercevoir les progrès qu'avait faits cette âme éminente dans l'amour de la sainte abjection. C’est cet amour qui l'avait portée à faire sa dernière retraite tout entière sur les humiliations de Notre-Seigneur, se servant pour cela d’un vieux livre qu’elle avait trouvé abandonné dans un coin de la bibliothèque, et qui avait pour titre: l'Amour de la sainte abjection. Le trouvant parfaitement conforme à ses attraits, elle en avait fait la nourriture de son âme. Ce même sentiment d'amour pour la vie cachée et abjecte lui avait fait écrire alors ces paroles sur une petite feuille : « O sainte et divine abjection de mon

céleste Époux, je vous chéris et je vous embrasse de

tout mon cœur, malgré les cris de la détestable nature qui vous abhorre. Puissé-je vivre et mourir ignorée, oubliée, inconnue de tous, abandonnée, méprisée de l’univers et dans un isolement :mblable à celui de mon Sauveur en croix. » Six jours après qu’elle eut écrit ses dispositions intérieures, on lui donna le saint Viatique et l’extrème-onction, car on croyait qu’elle touchait à ses derniers moments. Mais il entrait dans les desseins de Dieu de la faire vivre encore et de la garder plusieurs mois entre la vie et la mort, afin de montrer les beautés de son intérieur, qu’elle avait toujours si bien cachées. Ces trois derniers

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