‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 19 sur 162 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

qu’à la maison. Quand elle n’étudiait pas ses leçons, elle lisait ou écrivait. Les nombreux cahiers qu’elle a laissés, et qui témoignent d’année en année de ses progrès, soit pour l'écriture, soit pour l'orthographe, disent assez quelle ardeur elle apportait à l’étude. Rien de plus net et de plus régulier. Tout y est fait avec intelligence et disposé dans un ordre parfait. On y voit comme un reflet de son âme, dont tous les mouvements furent toujours si conformes aux inspirations de la grâce. Ce même esprit d'ordre se faisait encore remarquer dans la tenue de ses livres. Ils étaient toujours à leur place, jamais déchirés ni malpropres. Économe en tout, Adèle ne pouvait manquer de l’être dans l'emploi des choses à son usage : c'était à ce point, qu’elle se fût fait scrupule de perdre même une feuille de papier. Plusieurs de ses petites compagnes, qui n’avaient pas le mème esprit de ménagement, lui disaient quelquefois en riant : « Adèle, si tu continues, tu deviendras riche. » La bonne enfant souriait : « Ce n’est pas pour devenir riche que j’agis ainsi, répondait-elle, mais je me ferais un reproche d’abuser de ce que mes parents ont la bonté de me fournir pour l’école. » Comme elle n’avait pas moins de zèle pour l’avancement de ses petites compagnes que pour le sien propre, dès que sa tâche était remplie, elle s’empressait d’aider celles qui avaient le moins de facilité ou qui étaient plus jeunes. Elle leur faisait apprendre et réciter leurs prières, les faisait lire. Ses maïtresses, qui savaient qu’elle n’était jamais plus heureuse que lorsqu’elle pouvait rendre service aux autres, aimaient à l’'employer ainsi. Elles croyaient ne pouvoir mieux récompenser son application qu’en secondant ses efforts pour le bien de la classe, et jamais elles n’eurent à se repentir de la confiance qu'elles lui avaient donnée, car jamais elle n’en abusa.

Si désireuse que fût Adèle de s’instruire et d’instruire les autres, elle l'était bien davantage encore de

concourir à leur sanctification. Dans ce but, elle n’épargnait ni conseils ni prières. Quelques-unes de ses compagnes venaient-elles à s’écarter du respect qu’elles devaient à leurs maitresses, elle les en reprenait avec bonté : « Pensez donc, disait - elle avec douceur, que nos bonnes tantes nous tiennent la place de Dieu. Ne se donnent-elles pas assez de peine d’ailleurs pour que nous évitions de les contrister ? » Un jour, une de ses compagnes, d'un caractère assez diflicile, s’étant oubliée plus que de coutume, elle ne manqua pas de lui en témoigner son chagrin et de l’encourager à réparer sa faule. Voici en quels termes s’exprime celle qui fut l’objet d’une charité si attentive : « C'était le soir après la classe, j'étais triste; par ma dissipation et la négligence à mes devoirs, je m'étais attiré de sévères réprimandes. Adèle m’aborda, la bonté peinte sur le visage : « Ma chère, me dit-elle d’un ton péné- « trant que je me rappelle encore, tu as fait bien de la « peine aujourd'hui à Notre-Seigneur et à latrès-sainte « Vierge; il ne faut pas finir la journée comme tu l’as « commencée. Crois-moi, va trouver notre bonne « tante pour lui demander pardon; promets-lui qu’à

l’avenir tu seras meilleure, et que tu la dédomma- « geras de la peine que tu lui as causée. Fais cela, « ajouta-t-elle d’un air suppliant, et tu verras que « tout ira bien. » Je me rendis à ses instances, j'allai trouver ma maitresse et lui demandai pardon. « C’est « sans doute Adèle Coulombe, me dit cette maitresse, « qui vous a suggéré ces bons sentiments; j'oublie « votre faute en sa considération ; mais tâchez d'imiter « cette compagne, quiest pour toute la classe un mo- « dèle d’édification. »

Tel était le zèle de cette enfant pour le bien de ses compagnes que, lorsqu'elle ne pouvait les rencontrer, elle leur écrivait, afin de les prémunir contre les dangers qui leur auraient été funestes. S’étant aperçue qu'une de ses amies fréquentait une compagne qui

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