‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 27 sur 162 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

avec une si grande tendresse me paraissait comme autant de gages de cette consécration qui m’attachait à elle par des liens si forts et si doux, et qui, en ce moment même où j'écris ces lignes, me remplit encore de la plus ineffable consolation. »

Les grâces singulières qui furent la suite de cette consécration montrent assez combien les mères doivent être empressées à suivre cet exemple. Se souvenant d’avoir été ainsi vouée à Marie avant sa naissance, Adèle conçut pour la sainte Vierge une tendre dévotion qui ne se démentit pas jusqu’à sa mort. Dès ses plus tendres années, elle se plaisait à prononcer le nom de Marie, dans lequel elle trouvait une douceur sensible, et, aussitôt qu'elle eut l’âge de raison, instruite par sa bonne mère, elle fit par ‘elle-même ce que celle-ci avait fait pour elle avant qu’elle vit le jour: elle renouvela de son plein gré sa consécration, et ne se regarda plus que comme la propriété de la Reine du ciel, lui rapportant de grand cœur toutes ses actions et tout son être, pour mieux parvenir à Dieu, sa fin dernière.

Lorsqu’elle sut ses prières, elle profita de ses petites connaissances pour faire aimer par d’autres Celle qu'elle aimait tant; elle trouvait tant de charmes dans cet amour, qu’elle voulait en faire part à toutes ses compagnes, à qui elle apprenait à prononcer le saint nom de Marie et à réciter l’Ave, Maria. Peu de temps après sa première communion, ses maîtresses, voyant en elle tant de sagesse, la recurent comme Z'nfant de Marie, titre destiné à décorer les plus pieuses de l’école. Ce beau nom fut pour la petite Adèle le sujet d’une grande joie , et, dès ce moment, elle s’appliqua plus que jamais à s’en rendre digne en aimant Marie d’un amour tendre et fidèle, mais surtout en imitant ses vertus. On donnait à la nouvelle reçue un ruban et une médaille, signes distinctifs de la petite association. Adèle conserva toujours soigneusement ces objets,

auxquels elle attachait un grand prix. « Ce ruban, disait-elle à ses parents, me fait ressouvenir que je suis liée à Marie comme son enfant, et cette médaille me rappellera toujours les promesses que j’ai faites. »

Tel était dès lors son amour pour Marie, qu’elle eût voulu, s’il eût été possible, embrasser toutes les confréries, toutes les associations, toutes les manières d’honorer cette divine Mère. Elle se fit agréger à Notre- Dame Auxiliatrice, et elle garda toute sa vie la petite image qui lui fut donnée le jour de sa réception. « Je la garde, disait-elle, et la porte toujours avec moi, afin que si je tombe malade on puisse me la présenter. » En effet, elle la tenait entre ses mains à sa dernière maladie, aimant, à la fin de sa course, à se rappeler les secours que sa chère Protectrice lui avait prodigués et les dangers dont elle l’avait préservée dès son enfance.

Adèle se fit aussi inscrire dans les confréries du Saint-Scapulaire et du Saint-Rosaire, et en rermpiissait exactement toutes les conditions. « 11 y avait dans notre classe, rapporte une de ses compagnes d’école, un usage d’après lequel les enfants qui avaient donné leurs leçons et fait tous leurs petits devoirs pouvaient aller aux pieds d’une statue de la très-sainte Vierge, et employer le temps qui leur restait à dire une ou plusieurs dizaines de chapelet. Les maîtresses avaient établi cette pratique pour exciter l’émulation des enfants et leur donner l’occasion de rendre cet hommage spontané à leur divine Mère. Or on remarquait que la jeune Adèle était des plus empressées à remplir bien vite sa tâche, afin d’avoir le temps de dire son chapelet tout entier, et, par la manière dont elle le récitait, on eût dit qu’elle voyait sa bonne Mère, et qu’elle lui parlait comme à une personne qui eût été présente devant

ses yeux. Souvent, me voyant en retard, elle me disait en passant près de moi : « Dépèche-toi donc; tu « n’auras pas le temps de dire ta dizaine de chapelet

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