LIVRE II, S
Jésus crucifié, mon âme était inondée d’une joie ineffable. Il me semblait que j'étais la plus heureuse de toute la famille, et mon cœur était pénétré de reconnaissance et d'amour. Cependant je me rappelle que j'étais comme accublée et écrasée sous le poids des bienfaits de Dieu, et, remplie de confusion d'avoir si peu correspondu à la grâce, je versais des larmes en abondance. D'ailleurs cette chere mère, en me rappelant cet heureux événement, éiait si attendrie et pleurait elle-même si abondamment, qu'il m'aurait été impossible de ne pas mêler mes larmes aux siennes. J'avoue que ces larmes me surprenaient dans une personne qui avait supporté avec tant de courage les dures épreuves qui désolèrent ma famille pendant de longues années, et par là même je compris qu’elle avait éprouvé dans cette circonstanre une motion bien grande, puisqu'après tant d’années le seul souvenir suffisait pour lui faire verser tant de larmes, qu’elle avait peine à me parler. »
La pensée d’un événement si remarquable, toujours présente à son esprit, excita dans le cœur de la june Adèle une dévotion toujours croissante pour la Croix et la Passion de Notre-Seigneur, ce qu’elle exprime ainsi dans un de ses écrits : « Me ressouvenant que ma mère m'avait consacrée au culte de la Croix, cette chère Croix à toujours fait mes plus chères délices, même avant que je fusse capable de la bien connaître. Dès ma plustendre enfance, tout mon plaisir était de faire de petites croix de tout ce qui me tombait sous la main : papier, carton, bois; j’en remplissais les livres de maman et de mes frères et sœurs. Un conserve encoré à la maison, comme souvenirs, quelques-unes de ces
Croix que j avais pris tant de peine à faire, quoi qu’elles
fussent bien laides. J’aimais tellement le Crucifix, encoretoute petite, que j’en témuiguais ma joie par des cris, et je me rappelle que j'allais très-souvent visiter celui que nous avions dans un de nos appartements.
On ne peut en être étonné, puisque j'ai été consacrée à la Croix avant de naître. »
Ses parents, en effêt, se souviennent qn’étant encore tout enfant Adèle aimait à regarder et à baiser le crucitix. [ls témoignent que dès que ses petites mains purent manier les ciseaux elle s’exerçait à découper de petits morreaux de papier pour en faire de petits christs ou de petits calvaires , que l’on garde dans la famille comm des reliques et nn monument des premiers sigues de son amour précoce pour la Croix.
Ses anciennes compagnes se rappellent aussi qu’à l’école Adèle laissait percer en toute occasion ce même amour de laCroïx. « Lorsque Ailèle avait quelques moments libres, rapporte une d’entre elles, elle les employait à tailler de petites croix en papier ou à peindre de petits crucifix. Un jour qu'elle était arrivée en classe une des premières, je la trouvai très-appliquée. Je nr'approche d'elle, Que fais tu, lui dis-je, avec tant d'application ? — Je fais, me répondit-elle en souriant, un petit crucifix. — Pourquoi fais tu cela? ajoutai-je. — C’est pour moi, pour mon usage, » fit-elle, et, dun air qui montrait les sentimeuts dont elle était animée, elle me dit : « Oh ! que j'aime le Crucitix ! je vouilrais « le voir partout. » Je n'ai jamais oublié l'accent si expressif avec lequel elle prononça ces dernières paroles, Elle avait dans tous ses livres d'étude une petite croix qu’elle tenait sous ses yeux en étudiant. Les jours de congé. elle invitait ses petites compagnes à s’agenouiller devant ses petites croix, et à réciter quelques prières pour le repos des âmes du purgatoire et pour la M conversion des pécheurs. » À
Ces signes extérieurs d'amour envers Jésus crucifié M sont bien frappants dans une si jeune enfant, mais # Dieu seul connait le mystère caché de son amour iuté- ! rieur qui la portait à s’exhaler en soupirs devant l’image À de son Sauveur en croix. Elle en dit quelque chose p dans une de ses lettres : « Combien de fois, écrit-elle, h
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