LIVRE II
n’ai-je pas éprouvé la réalité de cette donation de tout moi-même à Jésus crucifié, par les violents transports d'amour que j'éprouvais en présence du Crucitix. » Puis, ne pouvant résister à la grâce, qui la pressait de dévoiler tous ses secrets pour l'édification des âmes pieuses qui devaient la connaître un jour, elle ajoute : « Puisque j’ai commencé à dire mes secrets, il vaut autant que j’achève. Je vous dirai donc que c’est un besoin si vif et si pressant pour moi de chérir le Crucifix, qu’il fait ma plus douce félicité. Le soir, à notre chambre, je le prends entre mes bras, je le presse contre mon cœur, je le couvre de caresses et de baisers jusque-là qu'il est tout dépeinturé par les larmes dont je l’arrose et les baisers que je lui donne. Ma dernière occupation le soir, avant de prendre mon repos, est de le porter sur mon cœur; la nuit, il demeure tout près de ma tête et en face de moi; quelquefois je le prends avec moi pour dormir. Mais ayant eu le malheur de lui casser un bras pendant mon sommeil, j'en eus tant de peine que je n’ose plus le faire. Il m’est venu en pensée de le changer pour un autre plus solide, que je pourrais suspendre à mon cou la nuit, sans crainte de le briser; maïs le vieux crucifix que je possède, étant depuis neuf ans le témoin fidèle de mes larmes, de mes peines, de mes consolations, de mes soupirs, et le tendre objet de tant de caresses et de baisers, m’est devenu si cher que je ne puis en faire le sacrifice. D'ailleurs je l’ai tellement dévoré (permettez-moi cette expression), il est si détiguré qu'aucune de nos sœurs ne voudrait changer avec moi. Le matin, c’est le premier objet qui frappe mes yeux, et, n'importe où je rencontre un crucifix, j'éprouve les mèmes sentiments, et cela depuis que j'ai l’âge de connaissance. Seulement, en de certains temps, quand je suis plus fidèle, je sens que ces transports sont plus vifs et plus ar-
dents. »
Cet amour du Crucifix, qui était parvenu à son 3"
comble à sa dernière maladie, où nous la verrons expirer comme elle avait vécu, en digne fille du Calvaire, se liait en elle avec l'amour de tous les mysteres douloureux de Notre- Seigneur. « Son sujet favori dans ses conversations pieuses, rapporte une de ses anciennes compagnes, était l'amour que Notre-Seigneur nous à témoigné en se faisant homme et en mourant pour nous. Elle relevait les plus petites circonstances de la Passion, et, lorsqu'elle parlait de Notre-Seiyneur, j'étais toujours frappée des sentiments d'amour qu’elle exprimait. Elle avait dans ses livres plusieurs petits papiers sur lesquels elle écrivait de petits colloques que son cœur adressiit à Notre-Seigneur et à sa trèssainte Mère. » Adèle redoublait ses devoirs à Jésus crucifié au temps du carême et dans la semaine sainte, dont elle suivait les cérémonies et les mystères avec une grande ferveur. Elle suivait également avec soin toutes les fêtes en l'honneur de la Passion qui se rencontrent dans le cours de l'année. Les deux fêtes de l’Invention et de l’Exaltation de la Croix étaient pour elle des fêtes de prédilection, et, avec la permission de ses parents, elle assistait à tous les offices qui se font ces deux jours-là avec tant d’édification à l’hôpital général, dans la chapelle des sœurs Grises, Une de ses plus douces jouissances était d’y entendre chanter et prècher les louanges de la Croix.
Par suite de ce mêine amour envers Jésus souffrant, Adèle avait une dévotion singulière pour l'exercice du Chemin de la Croix. « Elle le faisait presque tous les jours, assure une de ses amies d'enfance. Au srtir de la classe, rapporte-t-elle, Adèle, au lieu de chercher les amusements si naturels aux enfants, n’avait rien de plus pressé que de se rendre à la paroisse ou à Bon- Secours pour y faire ses stations. Son zèle, qui ne la quittait jamais, la poussait à m’emmener avec elle.
Mais, comme je n'étais pas aussi diligente, il m’arrivait.
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