LIVRE II
celle-ci lui répondit par un refus formel, disant qu’elle était déjà d’assez d’associations. Adèle ne dit rien, mais ne se donna pas pour battue. Quelque temps après elle lui envoya un numéro des Annales, en lui disant poliment : « Quand tu comprendras bien le but de cette ascociation, ton bon cœur ne te permettra pas de différer plus longtemps à en faire partie. » Puis l’ayant rencontrée un autre jour: « Eh bien, dit-elle, c’est aujourd’hui que tu vas te mettre de la Sainte-Enfinre? cette œuvre te portera bonheur. Tiens, ajouta-t-elle en lui présentant une liste, voivi une douzaine qui ne demande que ton nom pour s'achever; ce n’est pas toi qui l'as commencée, mais c’est toi qui vas la finir. Allons, allons, une petite offrande avec une petite prière pour acheter les peuts Chinois. bonne-moi ton nom, et {u seras de la Sainte-Enfance pour sauver des enfants qui formeront ta couronne au ciel. » Comment résister à des motifs si persuasifs? La petite fille, cédant à des instances si pressantes, inscrivit son nom pour clore la douzaine, et donna ainsi le triomphe à la charité.
Non contente de parler, Adèle agissait davantage encore. Elle sacrifiait raôme le silence et la solitude de sa chambre, qui lui étaient si chers, pour s’ocruper de sa chère œuvre. On la voyait souvent par les rues por-
| tant des Annales à ses compagnes. Elle allait de mai-
son en maison recueillir les aumônes pour ses petits
& protégés. Son ardeur était telle, que rien ne pouvüit à l'arrêter : ni la pluie, ni la neige, ni la faiblesse de sa - santé, ni même les instances de ses parents. Quelque-
fois sa mère, craignant que le mauvais temps ne la
| rendit malade, lui défendait de sortir. Elle obéissait, à mais souvent la penste qu’elle ne pouvait rien faire
ce jour-là pour les petits enfanis infideles lui faisait verser des larmes. Pour compenser cette per'e, elle
Lemployait les heures de loisir qu’elle se ménageait [après les classes à confectionner de petits ouvrages
76 VIE D’ALÈLE COULOMBE.
pour les bazars qui se font au profit de la Sainte-Enfance.
Persuadée que cette œuvre n'avait besoin que d’être connue pour être aimée, elle consacrait encore ses moments à rédiger de petits écrits propres à la faire goùûter. On possède encore, comme un monument de son zèle pour la Sainte-Enfance, la circulaire qu’elle composa alors et qu’elle s’efforçait de répandre parmi les personnes de sa connaissance. Elle commence par ce beau texte de la Genèse, si bien approprié à l’œuvre de la Sainte-Enfance : Reçois cet enfant, nourris-le pour mot, et je te donnerai moi-même la récompense. Eile met ces belles paroles dans la bouche de Notre-Seigneur, exhortant chaque enfant chrétien à sauver les enfants iufidèles, rachetés au prix de son sang. Elle indique ensuite, avec clarté et précision, l’objet de l'œuvre, ses moyens d'action, ses avantages. Elle trace les devoirs de chaque membre, et en particulier des chefs de douzaine. Elle détruit une à une les objections qu'on pourrait faire, refute les prétextes qu’on voudrait alléguer pour voiler son indifférence ou son peu de courage. Cette pièce est remarquable et de tout point parfaite d’à-propos et d’exactitude.
Adèle avait uue égale charité pour les morts. Son cœur était pénétré de compassion pour ces pauvres âmes qui souffrent dans le purgatoire, comme on l’a
dejà vu. « O saintes âmes, s’écriait-elle quelquefois, |
comment ne pas s'intéresser à vous ! Prier pour elles, c’est, ajoutait-elle, s'enrichir en travaillant pour les autres. Ces âmes, en elfet, si elles ne peuvent rien pour elles peuvent beaucoup pour nous. Délivrées de
leurs peines, mises en possession du bonheur éternel, B comment pourraient-elles oublier les personnes qui B auront contribué à briser leurs chaînes ! » Elle faisait B souvent le Chemin de la Croix per ces âmes. Sa sœur, B! qui l’accompagnait un jour dans cette œuvre de piété, B
trouva qu’elle était un peu plus longue que de cou-
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