LIVRE III
qu’elle n’avait rien sur elle, elle emprunta quelques sous à une de ses voisines. Ayant oublié de les lui rendre , plus tard, lorsqu'elle fut à l’Hôtel-Dieu, elle les lui renvoya. « Pour l’acquit de ma conscience, écrit-elle, je te renvoie l’argent que tu m'as prêté autrefois. J’ai voulu faire la charité, mais non à tes dépends. Excuse-moi, si j'ai été si longtemps à te rembourser, c’est par oubli. » A l’école, Adèle ne se montrait pas moins empressée à rendre service à ses compagnes. Si elle en voyait quelques-unes qui fussent embarrassées pour reproduire l'instruction, elle demandait à ses maîtresses la permission de les aider après avoir terminé ses devoirs, afin de leur faciliter ce travail un peu difficile pour les commencantes. Elle prenait mème la peine de composer pour elles les courtes prières et pieuses résolutions qui doivent, selon l’usage, terminer chaque diligence.
Mais, si désireuse que fût cette bonne Persévérante de faire aimer aux autres sa chère association, elle l'était bien davantage encoie de les aider à en profiter. Le zèle de la gloire et des intérêts de Dieu allant toujours croissant dans son cœur en même temps que sa charité envers le prochain, elle était heureuse d’avoir un champ plus vaste qui lui permit de leur donner un libre cours. Elle saisissait toutes les occasions de les exercer, encouragée qu'elle était par M. le directeur du catéchisme, qui était devenu son confesseur, et qui en cette qualité pouvait suivre de plus près les opérations de l’Esprit-Saint dans une âme si docile. Afin de communiquer à ses compagnes la tendre piété qui animait son cœur, elle les associait à ses travaux, leur prétait ses dialogues et même ses diligences. Mais c'était surtout dans les entretiens qu’elle avait avec elles à la suite des séances qu'elle se laissait aller à l’ardeur de son zèle, « Je ne pouvais me lasser de la voir et de l’entendre, dit une de ses anciennes compagnes de catéchisme. J’aimais ses conversations, qui me faisaient
toujours une impression salutaire, et je n’en suis jamais sortie sans me sentir plus fervente et plus animée à la piété. Le sujet le plus habituel de ses conversations était l'amour de Dieu, de Notre-Seigneur, de la très-sainte Vierge et des pauvres, ou bien sa chère Persévérance, montrant les moyens d'instruction et d’édification que l’on y trouvait. Quand elle parlait de Dieu, on voyait à son teint animé qu’elle brülait de son amour, Quoiqu’elle eût un grand désir de se cacher, l'amour de son Dieu l’emportait quelquefois sur ce désir, et, comme si elle se fût oubliée, elle se laissait aller à trahir ses sentiments intérieurs. Il n’y avait pourtant rien de forcé dans ces entretiens : tout y était si aisé, si naturel, si doux, qu’elle était recherchée de . toutes. S'il survenait quelques différends entre nous, elle n’avait point de repos qu’elle ne les eût apaisés, Alors elle savait reprendre celle qui avait tort, mais avec tant de tact et d’à-propos qu’il était impossible d’en être choqué. Comme on ne voyait en elle aucune prétention, qu’elle ne se croyait rien et qu’elle se mettait aux pieds de toutes, il était reçu qu "Adèle avait droit de tout dire sans faire de peine à personne. » Dans les séances même du catéchisme, elle ne pouvait contenir le zèle qui la dévorait. Communiquant aux plus ferventes ses intentions : « Priez, disait-elle en arrivant au catéchisme, priez pour telle personne, afin d'obtenir sa conversion; priez encore pour une affaire importaute au bien de l’église; priez surtout pour celles de nos compagnes qui ne viennent pas au catéchisme, afin que Dieu leur inspire d'y venir. »
Quelque prédilection qu'eût Adèle pour celles de l'association qui montraient plus de disposition à la piété, elle ne négligeait pas les autres, même les plus imparfaites. Elle les recherchaïit avec un soin particulier, leur donnait des avis charitables, toujours avec prudence, mais sans respect humain. Par ses sages remontrances elle fut surtout utile à une jeune per-
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