‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 54 sur 162 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

sonne qui avait alors le goût du monde et qu’elle entreprit de ramener à des sentiments plus chrétiens. Voici comment celte personne raconte elle-même ses souvenirs : « J’admirais le zèle de cette aimable compagne envers toutes, mais particulièrement envers moi. J'avais alors l'amour du monde et de ses vaines parures, et par là même Adèle, si pieuse et si modeste, devait être bien éloignée de sympathiser avec moi. Néanmoins, quoique ses goûts fussent bien différents des miens, au lieu de me fuir, je voyais, au contraire, qu'elle me recherchait et qu’elle venait volontiers à ma ren“ontre. Après les premiers compliments, elle ne manquait pas de me faire ses observations sur ma toilette. Un dimanche elle m'avait vu au cou un ornement de luxe : c’était une petite collerette blanche élégainment brodée. « C'est dommage, me dit-elle en & souriant, que ce né soit pas tout noir, te serait mieux « assorti à une Persévérante. » Quelques dimanches après, en regardant mes mains, elle aperçut deux bagues à un de mes doigts et un anncau à un autre. Ces objets étaient un peu brillants et flattaient la vanité Cela suffit pour provoquer son zèle, et, mé pre“ nant à part : «a Vous avez là, me dit-elle, des choses « qui me semblent ne convenir guère à une Persévé- « ranté. » Puis elle ajouta avec délicatesse : « M. notre « directeur n’ose pas vous le dire, de crainte que vous « ne quittiez le catéchisme; j’ai pris sur moi de vous « le dire moi-même. » Une autre fois, poursuit cette mème personne, elle me reprit encore de ce qu’en faisant la quête, selon qu’elle se pratiquait au catéchisme, j'avais fait parade d’une jolie paire de gants, que j'ai : mais à montrer. Enfin sa charié ne m’épargnait en rien, lui faisant tout apercevoir, et aucun respect humain ne pouvait la faire reculer. Elle savait si bien tourner ses petites réprimandes, les assaisonnait de tant de douceur, d’humilité et de modestie, que je n’en éprouvais aucune peine; et ainsi elle parvenait à me

dépouiller de ces ornements frivoles, et même à me désibuser entièrement de toutes ces petites vanités dont j'étais esclave, de telle sorte que, grâce à ses bons avis, je devins très-indifférente sur les habits dont j'étais revêtue. Ure autre fois, s’étant aperçue qu'aux communions du mois je me séparais des autres pour communier à part, elle m’en fit des reproches. « Vous « perdez, me disait-elle, les grâces qui sont attachées « à la prière commune. Qui sait si la grâce de votre « entière conversion n’est pas attachée à l'efficacité de « la prière des autres, qui s’unissent à vous dans ces « communions générales? Vous gagnerez beaucoup à « ne pas vous isoler ainsi et à surmonter le respect « humain en vous joignant à vos compagnes. »

Sa charité devenait surtout pleine de sollicitude à l'égard de celles qui se croyaient appelées à quitter le monde ; et parmi le grand nombre de religieuses qui sont sorties du catéchisme de Persévérance, plusieurs Jui doivent le bonheur d’avoir reconnu la vanité des plaisirs terrestres et correspondu à la grâce de leur vocation. Pour les désenchanter du monde, elle se plaisait à comparer ces jouissances aux bulles de savon que font les enfants pour s’amuser. « Elles paraissent à nos yeux agréabies et brillantes, disait-elle; mais portez-y le doigt, elles s’évanouissent à l’instant. Ainsi en est-il des plaisirs de la terre; leur éclat séduisant nous trompe, et il suffit d'y toucher pour qu’ils se dissipent, ne laissant après eux que l’amertume et le remords. » Comme Adèle était convaincue de ce qu’elle disait aux autres, et que son cœur éiait tout rempli de Dieu, elle trouvait dans les choses les plus ordinaires matière à des réflexions aussi édifiantes que spirituelles. « Un jour, raconte une de sès compagnes, comme je me re- à tirais avec elle du catéchisme, le vent vint à souffler avec violence et à soulever la poussière. Beaucoup de personnes se mettaient la main devant la figure pour léviter. « Voyez donc, dit Adèle, comme ces personnes-

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