‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 62 sur 162 · FRE · texte numérisé non relu

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cure par mes sacrifices, et aussi au bonheur des saints, que nous augmentons par nos progrès dans la perfection; car, vois-tu, dans le ciel tout est commun, et, en vertu de la communion des saints, chacun profite de la gloire et du bonheur des autres. Ainsi, en me sanctifiant, je travaille moins pour moi que pour autrui. D'ailleurs, ajoutait-elle, je ne veux pas viser à la dernière place; car, si je la manquais, je serais mise à la porte; mais je vise au moins à l’avant-dernière, afin que , si je manque celle-ci, je puisse du moins avoir celle-là, dont, après tont, je m'estime bien indigne. » Et, à ce propos, elle entrait dans de gints transports, en pensant au ciel et à la mort qui devait lui en ouvrir les portes. « O heureuse mort! s’écriait-elle, à clef du ciel! quand viendras-tu briser mes liens et m’unir à mon Dieu ?»

Cette pensée de la mort, dont elle aimait à entretenir son âme, lui faisait préférer l’église des Récollets pour son heure d’adoration, parce qu’il y avait là une horloge, ce qui n’existait pas encore à la paroisse. Elle trouvait dans celte horloge, non-seulement un moyen d’être exacte à son heure, mais aussi une occasion de nourrir sa piété et de s'élever à Dieu. « J'écoute, disaitelle, le mouvement du balancier, et il me semble qu'il fait résonner à mes oreilles ces grands mots : toujours ! jamais ! jamais ! toujours ! Je médite les grandes pensées de l'éternité, et j'évite ainsi les distractions. Chaque seconde marquée par les mouvements de cette horloge peut être la dernière de notre vie, et je voudrais qu’il y en eût une auprès de l'oreille des mourants, comme pour leur annoncer que chaque minute qu’ils entendent peut être le moment de leur dernier soupir. » Pensant ainsi sans cesse à l’éternité, elle se plaisait à écrire et à mettre sous ses yeux ces petites sentences : « O éternité ! Qu'est-ce que l'éternité? C'est nn jour sans commencement ni tin, un midi éternel, un jour qui n’a point eu d’aurore. »

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Parmi toutes les saisons, elle aimait particulitrement l’automne, qu’elle considérait comme destiné par la Providence à nous rappeler que nous mourrons un jour. « Voyez-vous, disait-elle, comme toute la nature entre dans un état de mort. Tous ces arbres, naguère si riches, ont perdu leurs ornements. Oh! comme tout se dessèche et se flétrit ! » Elle allait même jusqu’à garder dans sa petite chambre, avec une sorte de dévotion, quelques-unes des feuilles desséchées qu'elle avait recueillies, et elle se faisait un plaisir de les considérer de temps en temps. « Ces feuilles, disait-elle à sa sœur, étaient belles et verdoyautes au printemps, et maintenant les voilà sans verdure et sans vie : ainsi en est-il de toutes les beautés terrestres. Après avoir brillé un temps très-court, elles se fanent et perdent tout leur éclat. Un jour on les foulera aux pieds comme ces feuilles d'automne, sur lesquelles on marche sans y faire attention. Feuilles desséchées, je veux vous garder et vous interroger souvent sur la vanité et le néant de tout ce qui passe! Je veux vous entendre me rappeler la mort. O sainte mort, quand viendras-tu me tirer de ce corps de boue, où non àme est prisonnière ? O corps de péché, je désire ta dissolution et ta ruine; car tu ne mérites que la pourriture du tombeau. »

On sera peut-être étonné de voir de si beaux sentiments dans une enfant si jeune; mais on doit se rappeler, comme on l’a dit, que Dieu aime à se révéler de bonne heure aux âmes pures, et que les secrets qu’il cache aux sages et aux prudents du siècie il se plaît à les découvrir aux humbles et aux petits. Les grands travaux auxquels elle se livra peuvent aussi aider à expliquer ce prodigieux développement de son esprit et de son cœur.

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