LIVRE III
rantes tressaillirent de joie; Adèle seule fut affligée, C'était, en effet, une terrible épreuve pour sa modestie. Néanmoins elle sortit de son banc ordinaire, ayant au fond du cœur les sentiments de la plus humble des vierges, et alla prendre place au banc d'honneur qu’elle devait occuper tout le temps de sa présidence.
Devenue première dignitaire de l’association, elle n’en fut que plus zélée à remplir tous ses devoirs, et cela par un motif de conscience, se regardant comme chargée de la gloire et de l'honneur d’une œuvre si avantageuse et qui avait toutes les affections de son cœur. On lui avait dit, avant de la conduire à son fauteuil, que sa dignité de présidente n’était pas seulement un honneur pour elle, mais une charge qui lui imposait l’obligation de donner l’exemple de l’assiduité et de l'application à tous les exercices d'instruction religieuse. Elle prit à la lettre ces recommandations : « Oui, disait-elle, je dois donner l’exemple et travailler plus que toutes les autres. » Sur ce principe, elle embrassait avec une nouvelle ardeur tous les travaux qu’il y avait à faire, partageant avec les autres dignitaires, mais se réservant toujours la part la plus pénible, Elle continuait à donner l’évangile, à réciter le catéchisme, à faire des diligences, ne s’en croyant pas dispensée parce qu’elle était plus grande et plus élevée, ce qui arrive quelquefois à d’autres, mais au contraire s’y trouvant comme forcée.
Mais si cette digne présidente avait à cœur d’être la première par son application, par son zèle, comme elle l'était par sa charge et davantage encore par sa piété, elle avait bien plus encore à cœur d’être la plus petite de toutes. Elle épiait toutes les occasions de s’effacer. On eût dit qu’elle eût voulu se faire pardonner les honneurs qui lui étaient décernés, tant elle les avait à charge. Du reste, on ne peut en être .urpris. L'Esprit- Saint avait tellement façonné son âme, que, dès la plus tendre enfance, son plus grand soin, comme nous
l'avons vu, était de se cacher. Dans une des premières lettres qu’elle ait écrites, alors qu’elle savait à peine tenir la plume, après avoir donné à une de ses petiies amies quelques avis que lui suggérait son zèle, elle se signe Adèle Coulombe, très-rien, Ce mot, au bas de la lettre d’une enfant, est bien significatif et montre cette disposition qui portait souvent les saints à mettre au bas de leurs lettres le sceau de l’humilité intérieure dont ils étaient animés. Cette mème humilité lui inspirait dès son bas âge un sentiment d’aversion pour les louanges, et elle portait aussi les autres à les fuir. Un jour, une de ses petites compagnes ayant recu quelques compliments de sa maîtresse, qui voulait l’encourager, vint toute joyeuse rapporter à la petite Adèle les éloges qu’on venait de lui donner. Quelle ne fut pas sa surprise, quand celle-ci lui répondit : « Comment ! tu n’as pas honte d’avoir ainsi de l’orgueil? Prends bien garde que le bon Dieu ne t'en punisse ! Situasété meilleure aujourd’hui, c'est au hon Dieu que tu le dois. » On retrouve ces sentiments d'humilité jusque dans le sein de sa famille. Le trop-plein de sou cœur l’obligeant en quelque sorte à confier au papier les mouvements de piété et d’amour de Dieu qu’elle ressentait, sa sœur, qui la voyait ainsi écrire, se doutant qu’il y avait là du mystère, cherchait à découvrir ce qu'elle écrivait. Alors c'était un combat, dans cette pieuse enfant, entre la condescendance d’une part et de l’autre le désir de se cacher. « Non, disait-elle, je ne puis te faire connaître cela. Toi, tu veux ton! savoir sans rien payer. » Et comme sa sœu, ins tit. « Ne me presse pas, reprenait-elle; toi tu es irop curieuse, tu iras en purgatoire pour cela. » Enfin Adèle, qui ne savali d’ailleurs rien refuser, consentait à lui lire quelque chose de son petit travail, ou bien elle se prête à l:ando:i d’une pieuse causerie, où cette bonne sæui était bier: dédommagée de la peine qu’elle avait eue à surmonier l’humilité de cette enfant, car elle
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