LIVRE Hi
sortait de ces petites conversations le cœur tont plein d'amour de Dieu et de l’onction de l'Esprit-Saint. Mais il arrivait assez souvent qu’au moment je plus intéressant des épanchements de son cœur Adèle s’intèrrompait tout à coup. « J'ai trop parlé, disait-elle; je vais m'en punir. » Et, à l'instant, elle s’imposait ume pénitence qu’elle avait coutume de faire lorsqu'elle commeitait une faute. Elle avait aussi composé par la suite plusieurs petits écrits pour son usage. L'un était intitulé : La Journée chrétienne, où elle avait tracé les intentions principales qui devaient l’animer dans ses actions; un autre avait pour titre: Aéflexions sur l’amour de désus; un troisième, sur les Devoirs d’une petite fille chrétienne. Elle les fit brûler, comme on l’a déjà fait remarquer, pour obéir à un instinct d’humilité qui la portait à s’effacer et à se détruire dans l’esprit de tout le monde. Sasœur lui demandant pourquoi elle détruisait des écrits qui lui avaient coûté tant de temps et de peine: « Autrefois, répondit-elle, c'était un besoin pour mon cœur d'écrire ces pages; à présent, c’est aussi pour ce même cœur un besoin de les brûler. D'ailleurs, ajouta-t-elle, il faut se détacher de tout pour Celui qui est tout. »
Mais son humilité parut encore avec bien plus d’éclat au milieu des honneurs que lui obtinrent ses brillants succès à la Persévérance. Quand surtout elle fut nommée présidente, son humilité n’y tint plus. En cette qualité, elle devait s’asseoir sur un magnifique banc d'honneur, dont l’association avait fait l'acquisition à grands frais, et où elle paraissait décorée d’un ruban rose et d’une large médaille, en vue de tout le catéchisme , entre les deux assistantes qui siégeaient à ses côtés. Là elle fixait tous les regards. Quand une question difficile embarrassait les autres, on s’adressait à elle, et elle devait éclaircir la difficulté et terminer la controverse. Lorsqu'il lui fallut aller prendre possession de ce fauteuil la première fois, ce fut pour
elle comme un supplice. Ce martyre recommençait chaque fois qu’elle allait s’y asseoir. « Je ne sais, disait-elle, comment m'y prendre pour monter à ce siége. » Cependant elle s’exécutait de bonne grâce, et, quand elle y était, elle remplissait parfaitement sa place. Mais une fois qu’elle en était descendue, elle aimait à se confondre parmi les autres comme la dernière de toutes, et semblait prendre à tâche de faire disparaître la bonne opinion qu’on avait d’elle. Ce désir de se cacher lui faisait éviter toutes les superfluités dans les vêtements. Un jour qu'une de ses amies l’engageait à s'habiller avec plus d'élégance et à faire ressortir sa qualité de présidente. « Laisse-moi tranquille, lui dit-elle; garde pour toi toutes ces folies. Si je ne plais pas au monde, je plairai au bon Dieu, et cela me suffit. » Son humilité avait encore à souffrir lorsqu'il fallait se montrer dans les grands pèlerinages de la Persévérance, qui offraient à toute la ville le spectacle d’un si grand nombre de jeunes personnes se dirigeant en silence vers le sanctuaire de Bon-Secours. Comme présidente, c'était Adèle qui devait porter la bannière de Marie. Tout le monde admirait son recueillement et sa modestie, pendant qu’elle-mème se confondait et se nourrissait du mépris de sa propre personne. « Moi, disait-elle, moi, porter le drapeau de Marie! moi qui ne suis qu’une misérable et indigne créature. »
La plus rude épreuve toutefois pour son humilité, c'était la distribution des prix , qui se faisait avec une grande pompe. Des livres d’un prix élevé étaient étalés devant l’assistance sur une table magnifiquement ornée. En présence d’une foule considérable, on faisait solennellement la proclamation du prix d'honneur, du prix de sagesse, du prix de science et de catéchisme, du prix d’évangile, etc. C’est en ce grand jour que les travaux si constants de l’infatigable Adèle recevaient publiquement leur récompense. Elle remportait ordinairement les premiers prix, si justement dus à son
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