LIVRE NII
application et à sa bonne conduite. Alors son air modeste prouvait qu’elle n’avait pas travaillé pour mériter ces honneurs, mais uniquement pour plaire à Dieu. La distribution était à peine finie, qu’elle se dérobait aux regards et allait cacher ses prix à la maison. Si parfois la maman voulait montrer aux personnes qui lui faisaient visite les prix qu'Adèle avait remportés, elle en éprouvait une véritable douleur qui allait jusqu’à lui faire verser des larmes. « Maman, disait-elle, je vous en prie, ne montrez donc mes prix à personne. Cela pourrait nous donner de l’orgueil à vous et à moi. Je vous en prie, cachez-les. » Sa mère était obligée de céder aux exigences de son humilité et de ne plus faire voir ces livres.
Pour ces dernières séances solennelles, Adèle composait un dialogue pour engager ses éompagnes à bien passer les vacances. Le sujet était difficile; aussi y mettait-elle tout son savoir-faire. Elle y montrait d’avance, sous des couleurs vraies, les écueils qu’elles auraient à rencontrer ; elle indiquait ensuite les moyens qu’elles devaient prendre pour ne pas s’y briser, puis terminait en les conviant à la table sainte. Ordinairement ce travail, qu’elle débitait avec encore plus d’onction et de force que les autres, était pour elle un nouveau sujet d’applaudissements. Les honneurs qu’elle allait recevoir, et que toutes lui décernaient d’avance, ajoutaient encore à l’eflicacité de sa parole et à l'éclat de son triomphe. Mais d’autres pensées traversaient son cœur. Elle ne songeait qu’à disparaître pendant que toutes les bouches faisaient son éloge.
La douceur est sœur et compagne de l'humilité. Adèle joignait donc à cette modestie que nous avons admirée une douceur inaltérable. Cette douceur l’accompagnait dans toutes ses entreprises de zèle, mais surtout dans l’accomplissement des devoirs de sa charge, dont quelques-uns étaient souvent assez pénibles. Ainsi un des offices de la présidente était de remar-
quer les absences. Ne reculant jamais quand il s’agissait de ses devoirs, elle les marquait fidèlement, mais de manière toutefois à ne froisser personne, Elle avait l'air de supplier celles qui s’oubliaient ainsi, les priant de ne pas manquer au catéchisme, afin de s’épargner à elles-mêmes des avertissements toujours désagréables, et de lui épargner aussi à elle Ja peine de les reprendre.
Si parfois son mérite et leshonneurs qu’elle recevait portaient ombrage à quelques-unes de ses compagnes, alors elle usait de tant de douceur, d’adresse et d’insinuation, qu’elle finissait par triompher de tous les refroidissements. Les sentiments d’aigreur et d’iudisposition faisaient bientôt place à l’estime et à l’admiration. Un jour, à la sortie d’une séance, dans un groupe de quatre ou cinq Persévérantes, on parlait, sans trop se gèner, contre la présidente. On prétendait qu’elle était trop favorisée, qu’il n’y avait rien d’extraordinaire en elle, que d’autres la valaieut bien et mème devaient lui être préférées. Ainsi l'ambition et la jalousie se montrent-elles partout, même dès le bas âge, Adèle, qui se tenait là toute proche de cette réunion, s’entretenant avec une autre de ses compagnes, avait tout entendu; mais, ne faisant semblant de rien, elle attendait le moment favorable pour leur dire qu’elle était d’accord avec elles, et leur faire voir qu’elle ne désirait rien tant que de les voir briller à leur tour. Lors donc que celles-ci eurent déchargé ce qu’elles avaient sur le cœur, elles se mirent à se communiquer l'embarras où elles étaient pour préparer une petite pièce qu’elles voulaient donner à une prochaïne séance. Obligées de gagner leur vie à la couture, elles n’avaient pas le loisir de s’occuper de ce travail. Adèle, quittant alors sa compagne et les abordant d’un air riant, leur offre gracieuseinent ses petits services. «Si je pouvais vous aider, dit-elle, ce serait avec le plus grand plaisir, Si vous l’agréez, je composerai moi-
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