LIVRE III, as
même la pièce, ou plutôt je mettrai sur le papier les principales idées, et vous les arrangerez ensuite vousmêmes comme vous l’entendrez. » Celles-ci y consentirent volontiers, et la remercièrent de son obligeance. Mais, comme elles s'étaient aperçues qu’elle avait entendu leur conversation précédente, elles se regardèrent toutes confuses et ne purent refuser leur admiration à une vertu si pure, qui pardonnait si vite et rendait si généreusement le bien pour le mal. Une d'elles, prenant alors la parole au nom des autres, voulut lui demander pardon. Adèle, l’arrêtant tout court: «Oh! ça n’en v'ut pas la peine, dit-elle ; vous n’avez dit que la vérité; j'en mérite bien davantage. » Et elle continua à causer amicalement avec elles, s’entretenant de tout autre chose. | Les prix si nombreux et si beaux qu’elle remportait à la fin de l’année pouvaient être l’objet de l'envie, Ils furent aussi quelquefois le sujet de propos malveillants de la part de certaines compagnes, plus empressées, comme il arrive partout, à recueillir les honneurs qu’à les mériter. Celles qui se croyaient lésées, prétendant avoir les mêmes droits aux récompenses, disaient donc qu’il n’était pas juste de lui donner ainsi tous les premiers prix. Ces propos résonnaient aux oreilles d’'Adèle , et l’affligeaient à cause de l’offense de Dieu; mais rien ne pouvait altérer sa paix intérieure, ni la douceur de ses rapports avec ces mêmes compagnes. Quand elle pouvait les rencontrer, elle se confondait en protestations d'amitié, se rabaissant le plus possible et relevant le mérite des autres. « J'aurais pu me passer de ces prix, disait-elle , et j'aurais été aussi contente si tu les avais eus, Mais prends patience, tu auras ton tour; tu travailles trop pour que tes efforts ne soient pas enfin couronnés de succès, » Si elle ne pouvait les voir, elle se contentait de prier Dieu pour elles, se gardant bien de se plaindre à personne.
Ainsi se conduisit toujours Adèle à la Persévérance.
Modèle parfait des jeunes filles qui fréquentent les catéchismes, elle fut encore le modèle de celles qui, ne voulant pas embrasser un état, soit dans le monde, soit en religion, sans y avoir réfléchi, étudient sérieusement leur vocation et ont le bonheur de la reconnaitre et de la suivre.