‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 69 sur 162 · LIVRE If · texte numérisé non relu

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gner des occasions dangereuses qui auraient pu étouffer leurs bons désirs.

Vers l’âge de onze ans, Adèle commença à éprouver une certaine inclination pour l’Hôtel-Dieu, comme nous l’apprenons par le témoignage d’une de ses anciennes compagnes, « Adèle eut toujours, rapportetelle, une grande compassion pour les malades. Un jour que je me trouvais chez eile, comme nous étions assises sur le seuil de la porte, plusieurs malades de l'hôpital Anglais se présentèrent sur la galerie. « Vois- « tu, lui dis-je, ces malades, comme ils sont dégoù- « tants! — Oh! répondit-elle, ne parle pas ainsi, car « nous ne savons ce que nous deviendrons. » Puis, en poussant un soupir : « Veux-tu, ajouta-t-elle, veux-tu « que je te dise ce que nous devrions faire? nous de- « vrions nous mettre sœurs de l'Hôtel-Dieu. — Vas-y « si tu le désires, lui dis-je; pour moi, j'ai trop peur « des morts. — Ah ! reprit-elle, si tu savais comme « ces religieuses sont bonnes, comme elles sont heu- « reuses; je suis sûre que tu voudrais y entrer. Quant « à moi, mon désir est d’aller mourir chez elles, et, si « jamais je me fais religieuse, ce sera dans cette mai- « son. C’est là qu’on voit la vraie charité! Mais tout « me manque pour devenir une bonne religieuse « comme elles le sont. En attendant, prions Dieu qu’il « nous fasse connaître sa volonté, »

Ces germes de vocation se développèrent en elle avec l’âge. Mais, en fille sage et prudente, elle ne se contenta pas de ces pieux désirs. Elle voulut avoir des marques plus positives de la volonté de Dieu. Dans ce

ligieuse luifdessein, elle se livra avec plus de ferveur que jamais l'a dit, des hu recucillement, à la mortification, à l’accomplisses compagneSfment de tous ses devoirs, et surtout à la prière, faisant cle, et rele-lles neuvaines à tous ses saints patrons, dont elle avait

la vocationf’image dans sa petite chapelle, aux saints fondateurs nait tous leslle la société de Jésus, se servant pour cela d’un livre de les éloi-Île neuvaines en l’honneur de tous les saints jésuites.

Elle faisait aussi des neuvaines de messes, qui consistaient à entendre la messe pendant neuf jours de suite, à dessein d'obtenir des lumières du Saint-Esprit. Quelquefois mème, avec l'approbation de son confesseur, elle faisait des neuvaines de communions. Elle conjurait souvent ses amies de s'unir à elle pour obtenir de Notre-Seigneur et de la très-sainte Vierge la grâce qu'elle sollicitait. Enfin elle dirigeait à cette intention les exercices du mois de Marie, du mois de saint Joseph, du mois du sacré Cœur et du mois de Notre- Dame des Sept -Douleurs, qui se faisait alors à la cathédrale dans le mois d’avril.

Malgré tant de prières, la lumière ne venait point, et ses perplexités augmentaient. Dieu, sans doute, voulait éprouver cette âme forte en lui refusant ce qu’elle demandait avec tant d’instances. Il paraît même que pendant quelque temps, ne recevant point de jour sur une affaire si grave, Adèle crut que Dieu ne la voulait point en communauté. Dès lors elle se résigna à vivre dans le monde. C’est du moins ce que laisse entrevoir une lettre qu’elle écrivit à une de ses amies qui allait entrer en religion, la félicitant de son bonheur. « Pour moi, dit-elle, je ne puis te suivre, ce n’est peut-être pas ma vocation. Mieux vaut être une bonne chrétienne dans le monde, que d’être une mauvaise sœur dans un couvent. Mon parti, c’est donc d'attendre. » C’est vers cette même époque d’obscurité et d'incertitude, qu’écrivant à la mème personne elle laisse tomber de sa plume ces lignes, qui auraient de quoi nous surprendre si nous ne connaissions pas toutes les ruses qu’emploie l'esprit de malice pour détourner les âmes de leur vocation, et surtout celles que Dieu appelle à la perfection religieuse. « Je prie, je conjure l’Esprit- Saint de m'éclairer; mais je suis toujours dans les ténèbres, sans trouver d’issue pour en sortir. Mon âme est dans l’angoisse, et au dehors elle est battue par la tempête. Il semble que Dieu lui-même se tourne contre

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