‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 75 sur 162 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

fondant elle-même en larmes, et ne pouvant plus parler tant les sanglots étouffaient sa voix, elle s’arrêta. Puis, reprenant la parole, elle les assura qu'elle ne les oublierait pas au couvent, et en même temps elle les supplia de prier pour elle, afin de lui obtenir la grâce de la persévérance dans la vocation sublime qu’elle allait embrasser. On renonce à décrire une pareille scène. Elle avait fini de parler que ses compagnes, inconsolables, pleuraient encore. Hélas! cette voix si douce et si pieuse, qui les avait si longtemps ravies, ne se ferait plus entendre dans leurs réunions et n’animerait plus leurs fêtes. Cette amie si bonne, si zélée et si digne de les présider, allait disparaitre pour jamais dans un cloitre. Sa place ne serait plus occupée par elle. Pensées cruelles, qui les affligeaient au delà de tout ce qu’on peut dire. C’est au milieu de cette désolation universelle qu’Adèle se sépara de ses compagnes et s’éloigna des lieux si chers à son cœur. Elle sentit vivement la rigueur du sacrifice en voyant pour la dernière fois ce cher catéchisme, mais elle n’en demeura pas moins inébranlable dans son dessein d’immoler à Dieu ses plus chères affections.

Le soir, comme pour se remettre d'émotions si fortes, et en mème temps pour retremper son âme par la pensée de la fragilité des choses humaines, Adèle alla visiter le cimetiere. Elle voulait aussi donner à son père défunt ce dernier gage de sa tendresse filiale, en allant prier encore une fois sur sa tombe. « Veux-tu m’accompagner au cimetière? dit-elle à sa sœur. Je vais faire une dernière visite à la tombe de mon cher père, et lui faire aussi mes adieux. » Arrivée au cimetière, elle pria quelque temps sur la tombe d’un de ses neveux, mort à l’âge de neuf mois; elle l’estimait trèsheureux d’être mort si jeune. « C’est un petit ange, dit-elle, et je me reproche d’avoir pleuré #1 mort, » Elle s'arrêta ensuite sur La tombe de son père, dont la seule pensée réveillait toute la sensibilité de son âme.

Page 1