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Elle se mit à genoux, et, comme si elle eût vu son
père des yeux du corps, elle lui dit en versant beau-
coup de larmes : « Mon cher père, je viens vous faire mes adieux pour toujours; je ne verrai plus cette tombe où reposent vos cendres, mais votre souvenir me suivra jusque dans le cloître où je m’ensevelirai moi-même comme dans un sépulcre. Je vous demande pardon de vous avoir causé si souvent du chagrin ; mais j'étais si jeune ! je ne savais ce que je faisais en contristant un père si bon. » Ayant ainsi épanché son âme, elle se leva, et détacha de sa tombe quelques brins d'herbe qu’elle mit dans son livre de prières pour les emporter à l’Hôtel-Dieu comme un pieux souvenir. Comme ce jour-là le temps était sombre et nébuleux, car c'était en automne, au mois d’octobre, et que, de plus, il se faisait tard, ces circonstances prètaient aux pieuses réflexions qu’elle faisait à sa sœur. « Vois-tu, disait-elle, comme tout ici nous annonce la mort? Cet air de mort que nous respirons, ces fenilles mortes qu'emporte le vent, cette poussière de morts que nous foulons aux pieds, ces arbres dépouillés de leurs ornements, ce temps si triste et si sombre, ce nuage qui couvre le ciel.» En même temps, montrant à sa sœur des fosses nouvellement creusées qui attendaient de nouvelles victimes de la mort, des ossements de morts et des morceaux de crâne qu'elle prenait dans ses mains, comme pour savourer la pensée de la mort dont elle aimait à se remplir : « O vanité des vanités! s'écriait-elle; tout n’est que vanité, excepté d’aimer et de servir Dieu. Vois-tu ce vaste cimetière ? Que reste t-il de tous ces hommes autrefois jaloux, ambitieux, turbulents, qui s’agitaient pour faire fortune? A présent les voilà dans le silence de la mort.» Il semblait qu'elle ne pouvait se lasser d'exprimer ses impressions dans cette dernière visite à ses chers défunts. « Ce cimetière, disait-elle, c’est la seigneurie des morts : tous sont ici seigneurs, le plus pauvre
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