‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 81 sur 162 · LIVRE !V · texte numérisé non relu

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encore davantage dans la vie religieuse, que saint François de Sales appelle si bien « l’Académie de la correction exacte, où chaque âme doit apprendre à se laisser traiter, raboter et polir, afin qu'étant bien lissée et explanée elle puisse être jointe, unie et collée plus t justement à la volonté de Dieu. Le monastère, con- 4 tinue ce grand Directeur des âmes, est un hôpital de | malades spirituels qui veulent ètre guéris, et qui, pour l'être, s'exposent à souffrir la saignée, la lancette, le rasoir, la sonde, le fer, le feu et toutes les amertumes des médicaments. » La sage maîtresse qui dirigeait alors le noviciat connaissait ces principes, et, voyant dans la sœur Coulombe une âme d’élite , elle se résolut de la conduire par les saintes voies du renoncement et de l'humilité. Elle commença par l’éprouver par un des endroits les plus sensibles à la nature. Ayant reconnu en elle une grande facilité à donner le soir le sujet de l'oraison , au lieu de la laisser continuer, quand elle avait été appelée à son tour, elle l’interrompait après quelques instants, et passant à une autre elle disait : « Pour vous , faites plus attention , » eomme si la sœur Coulombe eût manqué de suiviv l’ordre de la méthode d’oraison. La petite sœur s’arrêtait alors, s’humiliait intérieurement , ne pensant plus qu’à écouter ce que les autres disaient et à s'en édifier. Au souvenir de ces épreuves, une des sœurs s’exprimait ainsi : « Je puis assurer qu'aucune des novices ne fut éprouvée ni plus constamment ni plus universellement que la sœur Coulombe. J'en étais quelquefois surprise. Mais j'admirais bien davantage encore la manière dont elle prenait ces humiliations. Jamais la peine de son âme, la sérénité de son visage, n’en étaientaltérées. »

Mais ce n’était pas seulement dans ces réunions de piété que la maitresse des novices mettait la vertu de sa fille à l’épreuve. Dans les récréations mêmes, ef jusque dans l'exercice de la charité , elle s’étudiait à la reprendre. Comme la sœur Coulombe avait la vue ex-

trèmement courte, elle avait peine à voir ce qui se trouvait sur son passage. Plus d’une fois même, il lui arriva dans les salles des malades d’aller se heurter contre des personnes séculières. Ge défaut de vue l'obligeait aussi de s’approcher des personnes et des objets, afin de les distinguer. La maïtresse profitait de ces circonstances, pour admonester publiquement la chère petite sœur, lui reprochant sa maladresse ou sa curiosité. L’humble novice recevait ces reproches avec autant de joie que les autres reçoivent les compliments, et quand le moment de la récréation était arrivé, elle paraïssait aussi gaie qu’à l'ordinaire. « Voyez donc, ma sœur, disait-elle, comme je suis gauche, comme je suis curieuse ! Il faut bien qu’il en soit ainsi, puisque notre maîtresse me le dit. » Celle-ci, voyant qu’elle profitait si bien des humiliations, ne manquait pas de l’humilier encore, chaque fois qu’elle pouvait en trouver l’occasion ; mais elle le faisait de manière que la jeune sœur ne nouvait soupconner qu’elle en agissait ainsi pour l’éprouver. Une telle conduite eût pu en décourager d’autres moins ferventes, ou au moins leur inspirer de l'éloignement pour la maîtresse. IL n’en était pas ainsi dela sœurCoulombe. L’Esprit-Saint, qui vivait dans son âme , lui faisait savourer ces mépris; plus sa maitresse la reprenait, plus elle était portée à l'aimer, plus elle la regardait comme sa hienfaitrice, puisqu'elle voulait bien l’avertir de ses fautes, sans la flatter jamais. Se rappelant ces beaux temps du noviciat, une de ses compagnes disait : « Souvent cette chère sœur était apostrophée au beau milieu de la récréation , au zaoment où elle nous intéressait le plus par ses char-

mantes causeries. Aussi telle était sa vertu, qu’on n’ap-

percevait pas sur son visage la moindre trace d’émotion, quoïqu'elle sentit vivement le trait qui la perçait. Elle reprenait tout aussitôt le fil de son discours, comme si de rien n’eût été. »

Un autre sujet d’humiliation pour elle fut l’étude de

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