LIVRE V
mon impuissance, et je tâche de lui exprimer ma reconnaissance, laquelle s’augmente tous les jours , et me fait désirer de remercier Dieu jour et nuit pour toutes les grâces qu'il répand sur la terre, malgré l’ingratitude des hommes. Je supplie la très-sainte Vierge, les saints Anges , les Saints du jour d’être mon supplément. Cette pensée de mon incapacité me suit partout, comme une peine continuelle que j’offre à Dieu pour le supplier de se souvenir de ma misère et de daigner m'assister. »
Par ces paroles on voit combien était humble ce cœur sur lequel tombaient tant de grâces, et comment Dieu, avant de les lui départir, avait pris à tâche de l’établir dans la conviction de son impuissance, afin de les lui rendre plus sensibles. Cette abondance de grâces avait allumé en elle une telle ferveur que toute sa vie passée, que nous avons pourtant admirée, ne lui paraissait plus rien. « Voilà vingt et un ans que j’existe , disait-elle, et je n’ai pas encore commencé d’aimer Dieu. Il est donc temps d’y travailler sérieusement, et c’est ce que je vais faire avec le secours de la grâce. C'est ce Dieu lui-même qui excite à présent mes plus ardents désirs, Mon âme a soif de ce Jésus qui a bien voulu la choisir pour son épouse. Elle voudrait l’aimer, mais sans réserve et sans partage ; elle voudrait, pour lui plaire, s’immoler, se consumer, se fondre en lui, si elle en était capable. J’ai vu un temps où la vie m’étail un fardeau que j'avais peine à supporter, tant je je désirais de mourir pour jouir de Dieu plus vite. Mais, à présent, il m'est indifférent de vivre ou de mourir, de jouir ou de souffrir : dès que je plairai à Dieu, vivante ou mourante, souffrante ou en santé, peu m'importe! C’en est donc fait, mon parti est pris de travailler sans relâche à ma perfection, maintenant que par sa grâce mon bon Maïtre a achevé de rompre tous mes liens. »
Quelque temps après ces premières opérations de
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l'Esprit de Dieu, elle reçut des lumières particulières sur Notre-Seigneur vivant dans son âme pour être le principe de sa vie. Elle comprit alors que sans Notre- Seigneur toutes nos œuvres sont stériles, et que rien ne peut plaire à Dien qu’en son Fils bien-aimé, en qui il a mis toutes ses complaisances, Dès 1ors elle sentit raitre en elle un désir brûlant de contracter avec Jésu: une union plus étroite encore. A partir de ce moment, cette vie de Jésus en elle et dans tous les chrétiens fut le principe fondamental de toute sa perfection. Sans cesse elle soupirait vers Notre-Seigneur, ne voulant agir qu’en lui et par lui, et imprimant ce sceau divin, comme parle saint Ambroise, sur toutes les affections de son cœur et toutes ses œuvres extérieures. C’est ce qu'elle laisse à entendre dans l'écrit suivant, digne de la plume de sainte Thèrèse. On ne pourra le lire sans en être vivement frappé. « Il me semble, dit-elle, que cette union à Notre-Seigneur est le moyen de jouir de Dieu dans le temps et dans l'éternité ; c’est le secret qui me donne tant de confiance et dont je me sers pour plaire à Dieu. Je m'efforce incessamment de travailler en union avec Jésus, mon Sauveur, et voici comment je fais cela : Avant tout, je commence par reconnaître que je ne suis qu’une petite poussière, un grain de sable, que je ne suis capable de rien; en même temps je demande ardemment à Jésus de vouloir bien me transformer en lui. Je lui dis souvent, moirs encore de houche que de cœur : « O bon Maitre, ôtez donc mon cœur de ma poitrine, et mettez-y un cœur nouveau, venez vous-même habiter dans ce pauvre réduit, ou si la place est trop étroite pour vous contenir, Ô cœur immense de mon Jésus, eh bien, mettez-moi dans ie vôtre. Il sera certainement assez grand pour m’engloutir, m'abimer, m'absorber toute entière; et, en effet, c’est là tout mon désir, le désir de me perdre en Jésus , afin que quand même je voudrais me chercher et me retrouver, je n’en sois pas capable. » Dans le désir de
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