LIVRE V
de crier pour moi et de demander ce que je désire avec tant d’ardeur. »
Puis, s’abandonnant aux transports de cet Esprit qui excitait en elle des désirs si brülants , elle s’écrie : «) mon Seigneur, venez donc me consuüimer, me détire par le feu de votre saint amour , prenez mon sur, prenez mon âme avec toutes ses puissances ; prenez mon corps avec tous ses sens; faites de tout mou ôtre un incendie d'amour, et que cet être consumé par vos flammes d’amour fasse une hostie de louange en votre bonneur, une victime toujours prête à s’immoler pour les péchés du monde. »
Notre-Seigneur était tellement maitre de toutes ses puissances, qu’elle était livrée à son Esprit comme une plume au gré du vent ou comme .une barque au gré des flots qui l’agitent. Voici comment elle parle de ces différentes opérations de la grâce. « J'éprouve en moi de grandes variations dans mes attraits. Quelquefois je me surprends tout occupée d’une pieuse pensée sans l'avoir prévue. Il y a environ un mois, Dieu me donna une vive connaissance de ma bassesse et de mon néant. La semaine suivante, je passai à un très-grand désir de ne plus vivre que par Jésus, et je produisais presque continuellement vers lui des oraisons jaculatoires ; je l'appelais sans cesse, et je sentais l’ennui d’une enfant qui serait séparée de son père. Insensiblement, et presque sans m’en apercevoir, je me trouvai comme dans uu état continriel d’adoration. Je n’appelais plus Notre- Seigneur, comme la semaine précédente, quoique je ne l'eusse pourtant pas encore trouvé; maisil me semblait que mon cœur demeurait devant le tabernacle, brülant et se corsumant comme une lampe , aussi bien la nuit que le jr'ir. Quand j'allais visiter le saint Sacrement, je priais selon ma coutume, et quand je sortais du lieu saint , il me semblait voir mon pauvre cœur qui demeurait là et continuait sa prière. D’autres fois, le jour d’une fête, j’entre dans l'esprit de l’Église: je me
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réjouis avec elle, et, sans avoir rien fait exprès pour me préparer à cette fête, je me sens néanmoins toute saisie et tout émue. Le jour de la Dédicace, je fus toute la journée dans un sentiment de respect profond pour Notre-Seigneur, que je croyais voir présent en mon âme; mais, comme je l'ai dit, tout cela se passe en moi, sans qu’il y ait rien de moi : il me semble que je n’agis presque plus. Quand je vais au chœur, je me contente ordinairement de demeurer tranquille aux pieds de mon Sauveur, sans réciter des prières vocales. Je m'abandonne, et toujours je m’abandonne à lui : le saint abandon , voilà à peu près toute ma prière. »
« J'éprouve, disait-elle encore, un sentiment si intérieur et si caché que je ne puis le définir. Je sevs seulement qu'il m'en :r:i1. vers Jésus: oui, vers Jésus, ce tout aimable obje: ü+ 11:15 me; Jésus, cette douce joie de mon cœur, ce “her Epoi.x, qui m’a choisie pour être son épouse, et qui ne m'a faite religieuse que pour Jui seu’! Ce sentiment me fait entrevoir que mon unique affaire sur la terre doit être de rechercher Jésus, de lui gagner des cœurs, de ne vivre et de ne respirer que pour lui. De là résulte en moi un grand amour pour nos saintes règles, de sorte que le plus petit point me parait plus précieux que toutes les bonnes œuvres que je pourrais faire hors de ccs chères règles, Cela me fait aussi éprouver un extrême plaisir à rendre quelques devoirs de charité à mes sœurs, au préjudice mème de mes propres satisfactions les plus chères, Ce mème sentiment, qui domine dans mon cœur, me porte à vivre cachée ét anéantie, sans singularité, mème dans les choses les plus simples et les plus communes, Il me semble que mes rapports avec les créatures doivent être plus rares, plus simples et plus purs; car la pureté me devient si chère, que la seule appréhension de la souiller ou de là teynir tant soit eu suffit pour me dégoûter des objets, »
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