‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 98 sur 162 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

comme des aveugles, qui ne savent où mettre le pied, et demeurent dans leurs profondes ténèbres : c’est une dissipation déplorable. Comment le divin Maitre peutil se faire entendre au milieu d’un tel bruit? La voix du divin Époux est une voix douce et paisible : il n’y a que les àmes recueillies et silencieuses qui puissent l'entendre. Le moindre bruit suffit pour l’étouffer; c’est pour cela qu'elle est entendue d’un si petit nombre de personnes, puisqu'il y en a si peu d'intérieures. Moi-même ne suis-je pas une âme infidèle et trop longtemps sourde à la voix de mon Dieu? »

En parcourant ces lignes, on conviendra sans peine qu'il serait diflicile de trouver un tableau plus saisissant de l’état des âmes qui agissent en dehors de l’esprit de foi, et en qui la vie intérieure est éteinte ou n’a jamais existé. On croirait ces pages détachées des œuvres des plus grands maitres de la vie spirituelle. Si donc la sœur Coulombe n’a jamais passé par cet état, nous sommes en droit d'en conclure que Dieu accordait à cette âme sainte des lumières vraiment étonnantes. Après avoir ainsi dépeint le sort malheureux des personnes dépourvues de cette vie intérieure, qui agissent d’une manière toute naturelle, donnant un libre essor au feu sacré qui la dévore, elle s’écrie : « O beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, que j’ai tardé à vous aimer ! O ravissante et éternelle beauté, que ne vous faites-vous connaître! Ah! si les hommes vous connaissaient, ils seraient épris de votre amour, et, s’ils ne vous aiment pas, c'est qu’ils ne vous connaissent pas. Quoique Dieu soit le plus grand, le plus aimant, le plus beau de tous les êtres; quoiqu'il soit partout par son immensité, hélas! ne dirait-ou pas cependant, à voir agir les hommes, qu'il n’est nulle part, ou que du moins c’est l’être le plus abject et Le plus vil? Presque partout on l’oublie, on lui tourne le dos, on l’offense, on lui refuse l'entrée du cœur : le Créateur se voit rebuté par ses créatures ! Quoiqu'il soit le plus

ASSET S 2 S

riche des êtres, il est pourtant traité comme le plus M er pauvre, et même plus mal; car ordinairement les mendiants ont un logis, tandis que Jésus n’a bien souvent pour asile que le seuil de la porte. Cette porte du eœur, on l’ouvre à tous les objets, à tous les plaisirs, à toutes les satisfactions humaines; mais pour Jésus, il n’y a point de place ! On le laisse dehors, et, j’ose dire, malgré le respect que je porte à mon Jésus, que bien duc des personnes lui donnent la place du chien, c’est-à- corri dire derrière la porte. Les plaisirs ont la première Æ xx place, mais pour Dieu on y pense tout au plus quand cœur on a du temps de reste. Cependant ce Dieu, si prodigue d’amour et de bonté, se tient là, à la porte de ce cœur

grâc port j'en

ner Apré vers

Page 1