CHAPITRE in. 10J
i54. "Wiglaf fut ensuite rétabli sur le trône deMercie par l'intervention de l'abbé de Croyland, mais après s'être reconnu le vassal et le tributaire d'Egbert*.
i55. Après des commotions violentes et prolongées qui eurent lieu dans le Northumberland et après l'interrègne qui s'ensuivit, Ceanred , fils du roi Cardulf , parvint au trône de ce pays. Egbert marcha contre lui ; Ceanred se hâta de faire sa soumission et conserva une couronne déshonorée. L'orgueil d'Egbert consentit en effet à laisser en Estanglie un faîitôme de roi.
i56. Il ne faut pas s'étonner que ce prince ambitieux ait réussi à réunir sous
' Ingulf, î>bbé de Croyland au xi* siècle , nous a conservé un privilège accordé au monastère par Wii2;laf , et dans lequel ce roi déclare qu'il l'a failcoufiroier « par ses seigneurs wEobert et Adelwolf. »
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son sceptre tous les royaumes saxons d'Angleterre. Il conçut avec beaucoup de sagacité le plan de la création de la monarchie anglaise; mais si, dans l'exécution, il fit preuve d'autant de courage que d'habileté , il faut convenir en même temps que les circonstances lui furent extrêmement favorables. Depuis la mort de Kenw^olf , aucun des trois autres rois restants ne s'étoit rendu redoutable par des qualités personnelles. Leurs royaumes étoient en proie à des troubles de tout genre, et euxmêmes n'étoient que des usurpateurs. Ajoutez à cela qu'une langue et desmœurs communes tendoient à confondre toutes ces nations en une seule , et qu'elles voyoient même de la gloire à ne plus former qu'un grand peuple gouverné par le dernier rejeton d'une race héroïque.
157. 1,'année d'après , Egbert fit une irruption dans la partie septentrionale du pays de Galles et conquit le Dcnbigshire,
rHAiiiRE m.
ainsi que Tile d'A.nglesey (A. D. 82SJ.
i58. S'il peut être difficile de complètement justifier l'ambitieux orgueil de cet homme , en ne sauroit nier que la réunion des divers royaumes en un seul , effectuée par lui, fût un grand bonheur pour le peuple anglo-saxon. Ce n'est que réunis sous un prince belliqueux qu'ils piurent résister au nouvel ennemi qui devint en peu da temps si redoutable à l'île entière.
159. Tout le nord de l'Europe étoit alors gouverné par une foule de petits rois qui, comme leurs sujets, n'citimoient d'autre métier que celui de la guerre. A leurs yeux , il n'y avoit pas d'autre gloire, d'autre plaisir que la guerre. La vie du guerrier leur paroissoit seule digne d'envie; la mort reçue sur le champ de bataille leur sembloit seule honorable. Leur religion leur enseignoit que ceux-là seuls qui périssoient dnnsla bataille, prenoient pari aux
2o6 VIE d'alfred-le-grani).
joies du walhalla * , où ils jouiroient du plaisir suprême de s'enivrer d'hydromel ou de bierre , de se mutiler chaque jour le corps dans des combats à outrance et de guérir tout aussitôt après ; de chasser chaque jour un énorme sanglier et de le dévorer , après quoi lui aussi revient toujours à la vie. Avec ces idées qui flattoient leurs passions , ils oublioient que les milliers d'années de joie du walhalla ne sont cependant pas l'éternité ! qu'après cela , quand viendroit le crépuscule des dieux y les dieux eux-mêmes dévoient disparoître ; et qu'alors , l'Éternel , Alfadur [Jlhaler , mot à mot : Tout-Père) , viendroit juger les héros du w^alhalla comme tous les autres hommes , récompenser la vertu par des joies éternelles et punir en même temps
* •» Walhalla » salle des morts. Wal , cadavre ; d'où le mot allemand JVaUtat, champ de bataille (mot à mot de cadavres).