CHAPITRE V
même ce qu'il aimoit tant à entendre réciter. Ce qui l'avoit surtout frappé , remarque le bon Asser, c'étoient ces belles lettres initiales que nous voyons encore aujourd'hui dans les anciens manuscrits , et ces jolis desseins aux couleurs éclatantes et demeurées encore fraîches après tant de siècles , se détachant d'un encadrement doré dont on n'a pu que tout récemment imiter l'admirable perfection.
8. Il suffît quelquefois d'une seule étincelle pour enflammer un grand génie.
« Veux-tu vraiment , répartit Alfred avec » vivacité , le donner à celui d'entre nous » qui pourra le lire le premier ? — Oui », reprit la reine en souriant de joie. Avec quelle rapidité le jeune prince n'apprit-il pas à lire !
9. Tout aussitôt , il n'eut rien tant à cœur que d'apprendre le latin. Sa langue maternelle ne lui offroit pas d'autres trésors d'érudition que quelques sagas et
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quelques chants romantiques. Mais où trouver des maîtres ? où trouver des livres ? Il n'y avoit alors en Angleterre de livres latins que dans quelques monastères éloignés qui av oient échappé par hasard à la dévastation ; et le nombre des hommes en état de les comprendre étoit très circonscrit.
10. Plus tard Alfred regretta long-temps d'avoir manqué de maîtres quand il avoit tant de loisirs. Nous le verrons alors , au milieu de guerres qu'il dirigeoit avec une activité et une énergie étonnantes , devenir savant, grâce à un sage et méthodique emploi du temps , et éclairer un pays qu'il avoit arraché aux ténèbres.
II. Il devint de bonne heure habile dans tous les exercices du corps et à la chasse ^ .
' Asser.