CHAPITRE X. 20J
point, le fils du roi défunt n'auroit pu élever aucune prétention exclusive à la couronne. J'ai déjà remarqué que chez les Saxons comme chez les Francs , suivant l'antique coutume des Germains , le droit à la couronne résidoit bien dans la famille royale , raais ne compéloit pas nécessairement à l'héritier direct du monarque décédé. Jamais les Germains ne renoncèrent au droit d'élection qui leur paroissoit la prérogative essentielle d'un peuple libre ; mais par une sage sollicitude pour la tranquillité publique , ils en restreignoient l'exercice parmi les membres d'une seule famille.
4. Placer dans un moment semblable la couronne sur la tête d'un enfant, ou bien partager le royaume entre les deux fils du feu roi, eût été trahir le bien public ; et les deux enfants en eussent eux-mêmes été les premières victimes.
5. Tous les yeux se fixèrent donc sur Alfred, âgé en ce moment de 22 ans, et à qui ses brillantes qualités , le courage et l'expérience dont il avoit fait preuve à la guerre , et la générosité de son caractère , avoient acquis l'amour de toute la nation. Issu de la race royale ; à l'exception de ces deux foibles enfants, seul descendant direct de Wodan ; doué par la nature d'une foule de qualités heureuses , ce jeune prince se trouvait placé dans des circonstances propesà inspirer aux Saxons la ferme confiance qu'il avoit été prédestiné par la Providence à préserver l'Angleterre du joug humiliant des païens.
6. Alfred en douta seul. Quand l'évêque de Winchester et tous les chefs vinrent le sup plier de revendiquer ses droits pour le salut de la patrie , il résolut d'en référer avec le wittenagemot,