CHAPITRE XI
des bateaux de pécheurs ; il devoit se procurer des pilotes étrangers et un assez grand nombre de marins étrangers pour former ses Saxons à la manœuvre. Mais ce qui sans contredit étoit le plus difficile, et ce qui eût été impossible si son peuple n'avoit point eu en lui une entière confiance; il lui falloit à une époque désastreuse , quand la nation étoit menacée d'une ruine totale , encourager les Saxons à adopter un genre de vie qui leur étoit tout à fait étranger et les déterminer à attaquer ces mêmes Danois, qui les avoit vaincus tant de fois sur terre, sur un élément qui sembloit leur appartenir et qui faisoit leur gloire et leur orgueil.
19. Il n'y a que le courage d'un grand génie qui puisse triompher de telles difficultés. Le Roi des rois en avoit doué Alfred, et lui avoit en outre accordé le don bien plus précieux d'une pleine confiance dans sa toute -puissante misé-
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ricorde. C'est ainsi qu'il devint le sauveur de son pays et le plus grand prince que Dieu ait jamais suscité pour arracher un empire à sa ruine.
20. Quatre années après son avènement au trône (an 876) , Alfred se mit en iner avec les premiers v;iisseaux construits en Angleterre, livra bataille à six vaisseaux danois, en prit un et mit les autres en fuite.
21. Ce fut là l'aurore de cette gloire maritime de l'Angleterre qui , parvenue aujourd'hui à son apogée , brille dans toutes les mers de l'univers.
22. Après cinq ans de paix, les Danois entrèrent de nuit à Cambridge et envahirent les états d'Alfred. On dit que , dans cette armée , Alfred ne leur livra pas moins que sept batailles. Ils prirent d'assaut Wereham , forteresse du Dorsetshire , et établirent leur camp dans une position
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l'i. Ils conclurent cependant encore une fois la paix avec lui , s'engagèrent par serment à évacuer le \\'^essex , et lui donnèrent des otages pour g^ge de leur sincérité. Etoit-ce pour le mieux tromper , ou bien par suite de cette versatilité d'esprit ordinaire chez les Barbares ? c'est là ce qu'il seroiî difficile de décider. Le fait est que peu de temps après ils surprirent pendant la nuit la cavalerie vï^estsaxonne , qu'ils égorgèrent les hommes et emmenèrent les chevaux. Après cela ils prirent leurs quartiers d'hiver à Excester dans le Devonsliire.
24. Parmi les chefs danois qui avoient conclu la paix avec Alfred , Rolf (plus connu sous le nom français de Rollon) resta seul fidèle à son serment. C'étoit un guerrier puissant qui , attaqué injustement dans ses terres par le roi de Danemarck , s'étoit vaillamment défendu contre lui jusqu'à ce que la trahison et la perfidie l'eus-
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sent forcé de fuir sa patrie. Il s'étoît alors fait roi de mer et avolt pris part à la guerre contre l'Angleterre. A l'époque dont nous parlons , il s'embarqua pour la France dans l'avant-dernière année du règne de Charles-le-Chauve. Il ravagea la Neustrie ; et après la mort de cet empereur , dont le fils , Charles-le-Simple , devint roi de France , il se rendit si redoutable , que ce prince lui abandonna la plus grande et la plus belle partie de la Neustrie que depuis on appela Normandie , du nom de ses conquérants. Ce Rolf se convertit à la foi chrétienne, reçut le baptême et épousa Giselle , fille du roi ; il obtint en outre la Bretagne, à titre de fief de la couronne. Il régna avec sagesse et équité pendant vingt ans , puis abandonna le pouvoir à son fils, et vécut encore quelques années dans la solitude. Guillaume - le - Conquérant et toute une race de rois anglais descendent de ce prince. Son sang coule même encore