‹ Vie d'Alfred-le-Grand, roi d'AngleterreChapitre 148 sur 215 · CHAPITRE XI. 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 3o

décidèrent à abandonner leur patrie; ils se réfugièrent soit dans le pays de Galles, soit en France. D'autres cherchèrent un refuge au milieu des bois et des rochers ; quelques-uns , désespérant de la fortune d'Alfred , se soumirent aux Danois.

32. Alfred se vit abandonné de tout le monde. L'histoire ne nous apprend pas en quels lieux il mit en sûreté sa femme et ses enfants. Quant à lui , il fut réduit à errer çà et là, tantôt accompagné de quelques nobles et d'une poignée de guerriers , tantôt déguisé en paysan et seul , parce que sa foible escorte l'eût rendu suspect. Enfin il trouva un asyle chez un berger. On ignore s'il confia à son hôte qui il étoit ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'en tout cas la femme du berger n'étoit pas du secret. La tradition rapporte qu'obligé de cuire lui-même le pain que la pauvre famille vouloit bien partager avec lui , il arriva un jour qu'il le laissa brûler par négli-

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gence , et qu'il en fut puni par un déluge d'injures que lui adressa la femme du berger.

33. Je ne dois pas passer sous silence que de pieux contemporains ont regardé comme un châtiment de Dieu ce revers éprouvé par Alfred. On raconte que vain et présomptueux, ayant étudié plus de choses que n'en savoient les hommes les plus instruits de sa nation , il affichoit un mépris impolitique pour des intelligences moins cultivées que la sienne, et faisoit peu de cas delà prudence et de l'habileté du vrittenagemot, de ce conseil national de sages , dont l'avis, uni au sien , devoit être la loi du pays. Il paroît en outre qu'il usoit assez largement de l'arbitraire , et la tradition nous a conservé vaguement le souvenir de quelques condamnations à mort prononcées sans jugement contre des fonctionnaires infidèles ou des juges prévaricateurs. Cette sévérité expéditive pou-

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voit peut-être s'excuser par uire impérieuse nécessité ; on conçoit néanmoins qu'elle ait dû singulièrement choquer des esprits habitués à faire bien plus de cas de la vie d'un homme libre , que de la régularité dans les affaires publiques. D'ailleurs elle n'étoit point accompagnée de bienveillance pour les petils dont en toute occasion il repoussoit les plaintes avec autant de hauteur que de mépris. « Si l'on avoit besoin » de son aide , dit un historien contempo- » rain , soit pour des nécessités personnel- » les , soit contre l'oppression des puis- » sants , il dédaignoit d'accueillir et d'é- » coûter la plainte ; il ne prétoit aucun i) appui aux foibles et les estimoit » comme néant. » A ces différents griefs des Saxons contre leur jeune roi , se joignoit le scandale de ses mœurs privées. Exhorté à s'amender par son parent saint Neot , qui avoit été ermite pendant plusieurs années, et se trouvoit mainlen.int à

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la tête d'un monastère , Alfred méprisa les avis du pieux vieillard. Telle étoit la situation des esprits au commencement de l'année 878 , lorsque les Danois s'étant emparés à l'improviste de la forteresse de Chippenham , Alfred eut lieu d'appeler aux armes tous ses sujets. Mais vainement il envoya son messager de guerre par les villes et les hameaux , pour publier la vieille proclamation nationale à laquelle nul Saxon n'avoit jamais résisté : « Que » quiconque n'est pas un homme de rien , « soit dans les bourgs , soit hors des » bourgs , sorte de sa maison et vienne. >. Peu d'hommes se rendirent au lieu désigné. Alfred avoit aliéné le cœur de ses Saxons : quand arriva l'heure du danger, il se trouva seul '.

' Asser. ïurner's History of the Anglo» Saxons. Malth. VVestmiust. Wallingford's chron.

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