CHAPITRE XIV
trithings étoit divisé en centenneries , chaque centennerie en dizaineries composées chacune de dix familles. Chaque dizainerie étoit responsable de la conduite de ceux qui la composoient, sauf de justes exceptions. Personne ne pouvoit y être admis sans le consentement des chefs de famille de la dizainerie. Celui qui n'étoit membre d'aucune dizainerie étoit réputé vagabond, et n'obtenoit nulle part justice et protection.
12. Tout chef de famille étoit en outre responsable de la conduite de son hôte, dès que celui-ci avoit passé plus de deux nuits sous son toit.
i3. Le chef de chaque dizainerie s'appeloit dizninier. Il convoquoit les chefs de famille qui lui étoient subordonnés, pour juger de légers différends ou régler des affaires intéressant la communauté. Dans des cas importants, ou bien lorsqu'il y avoit conflit entre deux dizaineries, on en
appeloit à la décision de la centainerie qui se rassembloit tous les mois au nombre de douze membres sous la présidence du centainier et juroit de juger selon la loi et l'équité, sans faveur ni haine. C'est là, diton , l'origine du jugement par jurés.
i4- II étoit en outre tenu cliaque année une grande cour de justice des centaineries où l'on jugeoit les crimes, où l'on dénonçoit et corrigeoit les abus, où tout chef de famille étoit tenu de déclarer à quelle dizainerie il appartenoit.
i5. La cour suprême du comté se rassembloit deux fois l'an sous la présidence de l'évêque et du comte. Comme le comte eut facilement pu devenir trop puissant, en raison delà réunion entre ses mains des pouvoirs civil etmilitaire, Alfred lui adjoignit un shérif (magistrat municipal). On pouvoit appeler des tribunaux inférieurs à cette cour, et dos arrêts de celle-ci au roi. Celui-ci publia un code appelé the coinmon
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law , la loi commune. On peut juger les idées de ce prince en législation par ce fait ; il décerne la peine de mort contre l'assassinat , et ne punit la participation à une conspiration contre sa personne que d'une amende pécuniaire.
16. Le chef de chaque shire ou de chaque comté était un thane. Ce thane portoit le titre de comte ou d'alderman , et plus tard , sous les rois danois , celui de earl, dérivé du mot Scandinave y«//. C'étoit les thanes les plus puissants. Les thanes moins importants formoient la noblesse campagnarde et étoient subordonnés aux comtes.
17. Cette organisation étoit à la fois civile et militaire. Le comte commandoit à la guerre tout le contingent du comté. Les chefs des trithings, des centaineries et des dizaineries commandoient en sous-ordre et par degrés hiérarchiques. Il est vraisemblable que lorsqu'elle étoit appelée
VIE D ALFRKD-l,F-GRANn.
par le comte, la noblesse de campagne montoit à cheval et formoit la cavalerie.
18. Cette organisation fut-elle créée par Alfred , comme le prétendent la plupart des historiens; ou bien n'a-t-elle été attribuée à cet excellent roi , comme le pense Burke , qu'à cause de sa perfection ? C'est une question que je ne me permettrai pas de décider, puisque les Anglais eux-mêmes n'ont pas encore pu tomber d'accord à ce sujet.
19. Ce qu'on ne sauroit nier , c'est qu'Alfred accomplit et acheva une œuvre qui décèle des vues profondes et bien audessus de la portée de son siècle. C'étoit un véritable livre de cadastre , ou description détaillée des propriétés territoriales d'Angleterre, avec la liste de tous les propriétaires grands et petits , sous le titre de Rôle de Wintoji (ancien nom de la ville de Winchester). Guillaume -le- Conquérant en fit plus tard la base de son Doinesday- Book ,