CHAPITRE XVII
obligé de chasser des juges de leur siège , à cause de leur ignorance. Quelques vieux comtes qui n'avolent pas fait preuve d'improbité , mais seulement d'incapacité , obtinrent la permission de se faire remplacer dans leurs fonctions.
Il étoit inexorable , dès qu'il s'agissoitde punir des juges prévaricateurs. Comprenant touîa la gravité des résultats que pourroit avoir leur impunité, il en fit mettre plusieurs à mort*.
14. Quand les parties en appeloient à lui , il les écoutoit avec une patience inépuisable , examinoit l'affaire avec une consciencieuse attention , et décidoit avec une admirable équité.
i5. Un roi qui avoit arraché sa nation à l'esclavage de l'étranger , et à la barbarie dans laquelle , aprè§ des temps florissants , elle étoit tombée par suite des longues
* Miroir des justices.
guerres qu'elle a volt eu à soutenir contre les Danois ; qui travailloiî jour et nuit au bonheur et à la civilisation de son peuple ; qui, ayant été obligé de conquérir son propre royaume, auroit pu, d'après les idées du siècle , le considérer aussi comme une terre conquise et le gouverner despotiquement; qui auroit même pu s'imaginer que la sagesse et la prudence lui en imposoient l'obligation : un tel roi , dis-je , eût bien pu en vérité être porté à donner à son peuple une constitution despotique; d'autant plus que l'Angleterre , étant toujours exposée aux attaques des Normands , on pouvoit penser que la constitution despotique , parce qu'elle donne plus d'unité et plus de célérité à l'action du gouvernement, était la plus propre à mettre en cas de besoin la nation tout entière sous les armes. Mais combien Alfred étoit loin d'avoir de pareilles idées I Jamais Grec ou Romain ne fut plus jaloux que lui de la