CHAPITRE XIX
Dessein que forme Alfred de traduire en saxon toute l'Ecriture sainte.
I. Dans la dédicace de la traduction de la Pastorale de Grégoire-le-Grand, dont il a été question plus haut, Alfred paroît assez clairement exprimer le vœu que toute l'Ecriture sainte fût traduite en saxon. Ce vœu pieux est facile à concevoir de la part du grand homme qui étoit pénétré de respect et enflammé d'amour pour la parole de Dieu , et qui traduisit la
Pastorale dans la crainte que , son peuple venant à retomber dans la barbarie, il ne se trouvât des évêques qui ne sussent pas le latin.
2. Mais, quand bien même il n'auroit point eu cette inquiétude, celui dont toute la vie fut employée à améliorer et civiliser sa nation, et dont le zèle étoit si éclairé, dut nécessairement souhaiter que le livre divin, appelé par tous les peuples à juste titre et tout simplement la Bible , c'est-à-dire le livre par excellence, fut lu par les Anglais dans leur langue nationale, et fut pour eux la source de vie spirituelle.
3. Il est donc vraisemblable que celui qui traduisit tant d'ouvrages du latin, ait également voulu traduire l'Ecriture sainte, à la vérité seulement d'après le texte de la Vulgate ; car assurément il ne se trouvoit pas alors en Angleterre un seul homme capable de lire la Bible en hébreu ou en